Jeunes artistes : laissez-les chanter

Shaka Ponk, Yodelice, Lavilliers, Louis Chedid, Catherine Ringer, Keren Ann, Archive, BB Brune, AaRON, Katerine… tous vont se partager les scènes des différents festivals cette année. Leur notoriété semble plus importante que la découverte de jeunes pousses. Pourtant, les faire jouer coûte cher. Plus cher que de nouveaux talents.
Les tourneurs, qui organisent les tournées de ces artistes, expliquent cet état de fait par la notoriété du chanteur ou du groupe, qui permet le plus souvent aux programmateurs de rentrer dans leurs frais.

Aux Francofolies de la Rochelle, le ratio découverte/tête d’affiche est sensiblement le même chaque année: 15 pour 40. Les Premières Scènes Franco sont des scènes découvertes. Au nombre de douze environ cette année, ce sont des jeunes qui sortent du Chantier des Francos, inconnus du grand public. Du côté du festival, on affirme que :

Certains débutent dans le milieu et d’autres un peu moins mais, en général, il faut être curieux pour déjà les connaître ou les avoir entendus.

Entre la norme et la réalité parfois, il y a comme un grand écart. Au programme de cette édition 2011 des Francofolies, les Twin-Twin, qui bénéficient d’une certaine exposition, sont par exemple classés « découverte ». Mais aussi Mélanie Laurent, Zaz ou Ours, les deux derniers étant pour les programmateurs de “jeunes talents”, découverts l’an dernier au cours du festival. Le pari de lancer quelques jeunes talents semble dans ce cas réussi.

Et les retours sur investissement largement supérieurs à ceux escomptés. Sur les 130 concerts cette année, les artistes de la grande scène – ceux qui remplissent les salles le restant de l’année – vont jouer sur cinq scènes différentes par soir pendant quatre soirées. Pour le 14 juillet, ces privilégiés seront au nombre de six. Soit environ 26 chanteurs et/ou groupes mis en concurrence avec ces jeunes inconnus “à connaître”. Sans compter quelques artistes déjà plutôt médiatisés sur les quatre autres scènes. La programmation compte en effet plus de 40 chanteurs ou groupes dont la renommée est déjà faite et une quinzaine de véritables découvertes.

Money Money Money, must be funny

Parmi les artistes confirmés, les plateaux (salaires, cachet de l’artiste et les frais de route entre autres) sont élevés, sans que les artistes gagnent forcément des sommes pharamineuses. Un tourneur explique qu’avec un plateau évalué à 15.000 euros, il revient en moyenne 2.000 euros à l’artiste. Rien à voir avec le cachet que touche un débutant. Les prix de plateaux demandés par les tourneurs aux programmateurs de festivals sont “gonflés”. Sur l’ensemble des personnes contactées par OWNI, aucune ne donnera de montant précis: point de transparence pour les “grands” artistes.

Izia aux Solidays 2010

La raison principalement invoquée repose avant tout sur l’argument selon lequel“personne ne sait combien l’artiste touche pour un concert de tournée classique”. La négociation se joue alors sur le nombre de spectateurs potentiels. En effet, l’artiste se produisant en festival devant plusieurs milliers de personnes demandera à toucher plus qu’au cours des concerts du reste de l’année, ayant lieu le plus souvent dans des salles pouvant contenir beaucoup moins de spectateurs.

Come on, die young

Pour un jeune talent, le festival d’été est souvent le meilleur moyen de toucher beaucoup de monde d’un seul coup et, parfois, de lancer ainsi sa carrière. Le parcours des festivaliers en goguette permet souvent d’attirer l’attention de certains vers la scène découverte. Quitte ou double pour l’artiste en question. Son tourneur négocie sa présence le plus souvent en démarchant et en présentant son poulain. En amont des festivals, c’est lui qui invite les organisateurs aux dates de son artiste, qui envoie des mails et serre des mains lors des soirées, et ce bien longtemps avant la date d’ouverture des festivals. Parce qu’il y croit, il n’a pas forcément à l’esprit la rentabilité. Un booker – terme anglais désignant un tourneur – explique qu’il est “obligé de prendre 15 % mais que sa marge n’est pas vraiment très élevée”.

Prenant l’exemple d’un artiste – qu’il ne souhaite pas citer -, il estime qu’il “coûte” 2.500 euros au total. Pour une date de quatre musiciens dont un chanteur, et deux techniciens (un ingénieur du son et un régisseur), il propose à l’organisateur du festival un prix de plateau. Dans ce prix de plateau sont compris les salaires, le cachet de l’artiste et les frais annexes. Le tourneur explique que :

Parfois, tu es au delà de ce que tu vas pouvoir récupérer sur la date en elle-même puisque tu vas peut-être dépenser plus que ce que ça va te rapporter. C’est juste une indication pour l’organisateur du festival.

Ces 2.500 euros tiennent compte des 170 euros brut du cachet de l’artiste (environ 80 euros net). Un technicien lui “coûte” 100 euros net soit environ 210 en incluant les charges salariales. On arrive selon lui à près de 1.000 euros de masse salariale. Si on ajoute l’ensemble des frais liés à la logistique (location du camion, péage, nourriture), le pari de la jeune découverte l’endette – à court terme – de 2.000 euros.

Un pari risqué, donc. Se tourner vers les artistes côtés et reconnus représente l’assurance de ne pas perdre trop pour le tourneur et les programmateurs. S’investir pour faire découvrir un artiste se joue en amont du festival et implique un plan marketing visiblement plus complexe que pour une tête d’affiche. Il s’agit d’insister, de procéder avec méthode en partant du petit concert du coin au festival régional et enfin, à la gloire. Les festivals sont toujours vus comme des tremplins, l’idée étant pour les promoteurs de gérer le développement de leur artiste sur le long terme, pas de rentrer dans leurs frais dès le départ.

Mais entre les dépenses engendrées et l’assurance de pouvoir placer un artiste dont on sait qu’il va remplir l’espace ou le carré d’herbe devant la scène, le choix est fait. Celui de faire venir la foule. Et ce même si l’artiste plébiscité peut coûter cinq à dix fois plus cher que la jeune pousse enthousiaste.

> Illustrations Flickr CC J0k, Shugga

> Retrouver nos articles dans le dossier Festival : C’était mieux avant ?et Festivals cherchent finances

Image de Une Mick ㋡rlosky

Carto des déserts médicaux

Billet initialement publié sur le datablog d’OWNI

On connaissait déjà l’existence des déserts médicaux français, les régions « sinistrées ». Ces dernières années le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) estime que l’offre de soins s’est dégradée en quantité. 2 médecins généralistes s’installent quand 25 partent en retraite selon Patrick Romestaing, président de la section Santé Publique du CNOM.

Certaines régions ont vu la moitié de leurs cabinets fermer, notamment en région Nord-Pas-de-Calais. MGFrance, le premier syndicat de généralistes, explique dans un communiqué que si les conditions d’installation ne sont pas modifiées :

à l’horizon 2025 il y aura moins de 23 000 généralistes en cabinet contre 56 000 aujourd’hui.

Il s’avère que l’Atlas national du Conseil de l’Ordre des Médecins montre qu’il existe un ratio médecins entrants-médecins sortants de 0,24 (soit 1,8 médecins – toutes spécialités confondues – entrants pour 6,6 sortants). Le problème : l’activité libérale ne semble pas assez sexy pour les étudiants en médecine. 8,6% des nouveaux inscrits à l’Ordre entre janvier et décembre 2009 a choisi ce mode d’installation. Une étude du CNOM précise que :

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la recherche d’une rémunération conséquente ni celle de temps libre qui prime dans le refus de l’installation, mais bien les problèmes d’organisation du travail et le poids des charges administratives. Les médecins retraités remplaçants jouent un rôle important en matière de continuité des soins. Ils attirent cependant l’attention sur le niveau de leurs charges sociales.

L’hypothèse la plus répandue

Les généralistes fuient-ils les zones plutôt pauvres et accourent-ils vers les départements les plus riches ?
En se focalisant sur la médecine générale, les déserts médicaux corrélés avec la population, se retrouvent sur cette carte. Et il suffit de se balader sur la France en dessous (clic + scroll + clic) pour découvrir les coins abandonnés :

La Manche, l’Eure, l’Eure et Loir, la Haute Marne et la Corrèze sont les départements les plus désertés. Par exemple, l’Eure compte un médecin pour 2.728 patients contre un médecin pour 869 patients dans le Rhône. La moyenne nationale étant de 1.322 patients par médecin. Patrick Romestaing explique que :

Les zones où la densité médicale est basse, l’âge des médecins est généralement élevé et le nombre de femmes inférieur à la moyenne nationale. Mais l’augmentation de la densité ne veut pas forcément dire diminution de l’activité. En général, les personnes âgées sollicitent plus leur médecin.

Si l’on croise la population de généralistes avec le nombre de personnes âgées, les déserts sont-ils les mêmes ? Pas tout à fait puisqu’on retrouve la Manche, l’Eure, l’Eure et Loir, la Haute Marne et la Corrèze auxquels il faut ajouter la Nièvre, la Creuse et la Lozère.

Maintenant en regardant le revenu médian par département, la carte suivante montre que la corrélation « les médecins vont vers les zones riches » peut se vérifier pour certains départements :

Il faut alors croiser les différentes cartes pour constater que :

– La corrélation pauvreté et désert médical se vérifie pour la Manche, la Haute Marne et la Corrèze
– Celle entre la pauvreté relative des départements et la densité forte de généralistes se localise dans le Pas de Calais, la Somme et l’Hérault
– Et enfin le lien entre département plutôt riches et densité médicale importante est vérifié pour Paris et région parisienne, la Gironde, les Pyrénées Atlantiques et le Doubs

Le cas de l’Eure et celui de l’Eure et Loir est un mystère non élucidé à ce jour : deux départements plutôt aisés mais en pénurie de médecins. Toute explication est la bienvenue !

En mode méthodo …

– Trois tableaux Excel ont été construits à partir de trois sources différentes : les données INSEE de la démographie par département en 2009, celles sur le revenu fiscal médian et les chiffres du CNOM et de son atlas 2010 de la démographie médicale.

– La conversion de l’atlas en format PDF a été réalisée grâce à Abbyy Fine Reader pour récupérer les données en format Excel. Il a fallu corriger certains résultats (notamment en créant une colonne supplémentaire entre « hommes », « femmes » et « total » pour vérifier si le total de la transcription PDF correspondait à la formule créée dans la colonne ajoutée = hommes + femmes).

– Les cartes ont ensuite été « fabriquées » par TargetMap en uploadant les tableaux excel. La première est simple : une colonne département et une autre revenu médian. La deuxième est construite à partir du nombre de généralistes de l’atlas du CNOM croisé avec la population par département pour obtenir un ratio nombre de patients par médecin (et deux colonnes : les départements et la densité de généralistes). Et enfin la dernière carte est réalisée sur le même principe, en remplaçant la population totale par la population des plus de 60 ans fournie par l’INSEE.

– L’erreur fatale (à ne pas faire donc) : mélanger deux types de données. En reprenant l’atlas médical du CNOM, j’avais un nombre de médecins pour 100.000 habitants et par région. Pour obtenir le « un médecin pour X habitants et par département », un petit produit en croix suffit. Stupeur, ce que la carte dit et le résultat du produit en croix ne tenait pas. Après vérification, sur l’atlas du CNOM, l’analyse par région correspond aux médecins généralistes ET spécialistes. Et donc ne pouvait absolument pas correspondre.

Sinon, on peut croiser tout un tas de choses !


Illustration Flickr CC Zigazou76
Illustration de Une : Marion Boucharlat

Retrouvez les articles du dossier : Grossier clin d’oeil de l’UMP aux médecins et Où trouver l’hôpital le plus proche?

Les ghettos de riches mettent les pauvres au ban

En France, les ghettos de riches n’existeraient pas. Ou si peu. C’est le constat que vient de dresser un expert en urbanisme, Éric Charmes, directeur du laboratoire de Recherches Interdisciplinaires Ville Espace Société (Université de Lyon) et maître de conférence à l’École Nationale des Travaux Publics de l’État. Dans un travail publié le 29 mars, il estime qu’en France la formule « gated communities » (ghettos de riches) s’applique de manière abusive… Pourtant à côté de l’existence réelle de ces lotissements fermés (Domaine du Golf de Saint-Germain-lès-Corbeil, les Hauts de Vaugrenier de Villeneuve Loubet, la Villa Montmorency à Paris et d’autres encore) gravitent des espaces pavillonnaires pour le moins réservés à une clientèle aisée.

Des enfants qui jouent dans des rues sécurisées, un ballon au bout du pied, les parents enlacés, le regard attendri par les sauts d’un labrador sable sous l’arrosage automatique et derrière, le panneau du promoteur. La cible de ce dernier :  les familles aisées et les communes à faible mixité sociale. Saint-Nom-la-Bretèche (0% de logements sociaux), Boissy-sous-Saint-Yon (3%), Montfort-Lamaury (4%), Saint Arnoult en Yvelines (5%), Saint-Germain-lès-Corbeil ( 5%), Mandres les Roses (5%), Marcoussis (6%), Santeny (7,5%)…, autant de petites villes de la région parisienne où les classes aisées sont majoritaires. Ces familles font partie des contribuables qui participent le plus au fonctionnement financier des collectivités locales.

L’accession à la propriété est un but pour beaucoup de familles ou de couples français. 70% des achats entre 2002 et 2006 concernaient des maisons individuelles. Quand certains s’endettent sur trente ans à l’aube de leur existence d’adulte pour le bénéfice d’une simple maison, d’autres peuvent se permettre le luxe de rechercher l’entre-soi et la non-mixité, à n’importe quel prix. La catégorie socio-professionnelle CSP++, autrement dit la classe à fort capital économique, investit dans le parc résidentiel privé voire fermé. Leur profil varie très peu : cadres, dirigeants, professions libérales et autres hauts revenus. Le milieu résidentiel s’est calqué silencieusement sur le milieu socio-professionnel. Les riches se sont ghettoïsés.

Tous pareils ou presque, une seule différence sociale : l’âge des propriétaires. Renaud Le Goix, vice président de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre de Géographie-cités explique :

On peut avoir des pilotes atteignant la cinquantaine et de jeunes cadres de 35 ans. Ils ne gagnent pas tout à fait la même chose, mais le niveau socio-professionnel est le même. C’est ce qui compte. Et ces lotissements expriment une valeur “snob” qui leur permet de ressembler aux lotissements de la grande bourgeoisie de Saint Cloud ou de la Villa Montmorency dans le 16e.

Réparties en France, dans le sud et au sein de la grande couronne parisienne, les résidences ne connaissent pas de croissance exponentielle, après leur apparition dans les années 80 : l’entre-soi s’entretient mais ne se multiplie pas ou peu. Le cachet d’une villa, la relative sécurité d’une résidence de grand standing avec piscine ne sont pas les seuls facteurs convaincants pour les acquéreurs. Le chercheur précise les motivations des propriétaires :

Ils signent un contrat de copropriétaires, ils adhèrent en sachant que ce même contrat va protéger la valeur immobilière de leurs biens et le noyau familial, l’ambiance de la communauté, cet entre-soi garanti par les termes du cahier des charges.

Pour ces catégories sociales, la propriété des infrastructures par la copropriété – sous une forme associative – et la fermeture éventuelle des entrées permettent de conserver le contrôle de l’espace et l’exclusivité. On peut les voir de loin – et eux de penser que tous les envient – mais entrer dans une résidence nécessite de montrer patte blanche au vigile ou à la caméra de vidéosurveillance. Les étrangers “économiques” ne sont pas les bienvenus.

Luxe, calme et volupté

La banlieue chic est une ville-dortoir : l’absentéisme y est important, les propriétaires ont des amplitudes horaires très larges et sont fréquemment en déplacement. Mais, et ce qui n’est pas le cas des autres banlieues, la journée, ces résidences sont mortes. Monsieur et madame travaillent, les enfants sont à l’école ou chez la nounou, les commerces sont quasi inexistants. Ainsi dans l’une de ces villes, le maire a fait fermer le bar-tabac : trop bruyant et « désordre ». Seules les tondeuses des employés se manifestent au gré des massifs et des espaces verts majoritaires. Leur maison est une bulle protectrice. Tout comme leur voiture jusqu’à leur lieu de travail.

Une résidence privée est tenue par un cahier des charges plus strict encore que les règlements d’urbanismes municipaux puisqu’il définit la couleur des portes de garage et parfois, le maximum de décibels qu’un chien peut émettre… :

Tout occupant d’une maison individuelle devra arroser et tondre le jardin pour maintenir le gazon ras, à l’anglaise. ((extrait du cahier des charges [PDF] du Domaine du Pré Saint Nom de Saint Nom la Bretèche dans les Yvelines.))

Derrière les nouveaux lotissements ou ceux préexistants : Nexity, Kaufman and Broad et Bouygues Immobilier principalement. Les promoteurs n’ont qu’à démarcher un vivier de cadres dans un bassin d’emploi.

Promoteurs aux petits soins

Pour les 400 maisons du Domaine du Golf de Saint-Germain-lès-Corbeil, le promoteur Windsor serait ainsi directement allé à Orly faire de la publicité aux pilotes d’Air France et feu Air Inter. Un universitaire évoque même un « accord éventuel du promoteur avec la municipalité pour qu’elle construise le golf, amenant ainsi une nouvelle clientèle au sein d’un domaine fermé ». De son côté, la municipalité dément le démarchage direct du promoteur mais note tout de même que « la proximité de l’aéroport d’Orly fait qu’il y a eu beaucoup de pilotes et de commandants dans les premières résidences ».

À Magny Le Hongre en Seine-et-Marne, Kaufman and Broad aurait voulu négocier avec la municipalité pour faire en sorte que les rues des lotissements autour de Disneyland Paris soient des voies privées et fermées. Mais pour les quatre opérations du promoteur depuis 1992 sur la commune, la municipalité a refusé toutes les propositions de voirie : fermer les rues d’une résidence augmente la valeur des biens et donc la rente du promoteur mais les charges incombent à la co-propriété. Au bout de quelques années, lorsque les espaces privés sont rétrocédés de droit à la mairie, leur état est dégradé (usure naturelle, défaut d’entretien, etc.) et les charges trop lourdes à assumer pour une collectivité locale. « Alors que si la rétrocession est immédiate, l’entretien peut se faire au fur et à mesure », explique un conseiller municipal.

Certains promoteurs proposeraient de refaire les routes d’une municipalité contre l’accord de la mairie pour exploiter des terrains et construire une résidence de grand standing… En échange, on glane à droite et à gauche des services municipaux comme le ramassage des poubelles ou la tonte des pelouses. Les mairies se trouvent dégagées de facto des responsabilités de l’entretien des espaces collectifs.

Même constatation au domaine de Santeny. La ville, plutôt tranquille, de 3.657 habitants, qui a fait récemment l’acquisition de trois caméras de vidéo-surveillance pour 60.000 euros, possède un groupement de 400 pavillons : le domaine privé réunit bon nombre de “bons” contribuables, possède une piscine, des terrain de tennis et un code couleur de volets plutôt chic, le trio BCBG bleu-vert-bordeaux. Si le syndicat de copropriété est chargé des espaces verts et de l’entretien des différentes installations, il n’est pas censé interférer avec la mission de la municipalité au niveau de la voirie.

Et pourtant quand on pose la question en mairie, c’est le numéro de téléphone du syndicat – donc des habitants dont le maire – qui nous est donné « pour obtenir des informations ». Ils se renvoient la balle. « On ne comprend pas du tout l’objet de votre démarche. C’est une propriété privée, vous n’avez pas à savoir quoi que ce soit », précise Mme Floch, femme du vice-président de l’Association Syndicale Libre du Domaine de Santeny, en charge de la gestion du domaine qui refuse de répondre aux questions d’OWNI.

Secret défense dans ces lieux privilégiés ? Ce qui intéresse les acteurs immobiliers tient en trois mots, pour reprendre les termes de Renaud Le Goix : potentiel économique d’attractivité. Il arrive souvent que le cahier des charges de la future résidence soit établit en fonction du gain souhaité par le promoteur. Si les routes sont plus étroites, le nombre de maison à construire peut être augmenté ! De même, un promoteur inscrit la fermeture résidentielle à son cahier des charges pour vendre plus cher le lotissement.

Autant de couleuvres que les municipalités acceptent, bien contentes de voir arriver ces fameuses CSP++ et de les inscrire à leur fichier d’habitants : ceux qui s’installent vont payer plein pot la taxe foncière et la taxe d’habitation. Indirectement, ce sont les catégories sociales aisées qui refusent les logements sociaux : électeurs d’un maire, leur volonté de conserver leur cocon pèse plus que la menace d’une taxe sur le pourcentage de logements sociaux. C’est le prix à payer pour avoir l’impression d’être en sécurité. Et d’être heureux dans son jardin.

Crédits Photo FlickR by-nd-nc Ludovic Bertron

Vous pouvez retrouver l’ensemble du dossier logement avec Cherche HLM dans le 16e arrondissement, Se sentir « chez soi » à Paris et et Visite guidée d’une studette parisienne

Crédit photo Guillaume Lemoine CC-BY-NC-SA et design par Ophelia