Bayrou joue la résistance

Hier mardi 24 janvier Paris-Match confirmait François Bayrou à 13% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Tandis que ce 25 janvier, le Parisien publiait une nouvelle étude BVA selon laquelle le candidat du MoDem disposerait d’une importante marge de progression, évaluée à 36%.

Avec le verbe « résister« , comme refrain de son discours de Dunkerque du 19 janvier dernier, François Bayrou a illustré cette ascension. Il résiste à ceux qui ne le voient pas en troisième homme du premier tour de la présidentielle. Le candidat du made in France talonne à présent Marine Le Pen. OWNI a voulu savoir quels termes de ses discours avaient disparu ou au contraire apparaissaient, corrélé à sa position dans les sondages. Cliquez sur l’image ci-dessous pour prendre connaissance de cette cartographie du lexique Bayrou :

Évolution des termes utilisés par François Bayrou dans ses discours. Cliquez pour voir en plus grand

Changement de MoDem

Pour le premier discours que nous avons utilisé, celui de Giens du 18 septembre tenu à l’occasion de la clôture de l’université de rentrée du parti, les thématiques de l’école, de la production (industries et entreprises principalement) et l’écologie très présentes, leurs occurrences flirtant avec la trentaine. Quand il utilise 25 fois la thématique de l’école, celle de la production revient 27 fois. Et il n’oublie aucun type de production, allant jusqu’à évoquer celle culturelle :

Je parlerai de culture parce que je parlerai de création. Je n’ai jamais fait de différence. J’ai tout à l’heure commencé par l’enjeu de la production. Or, la production, c’est, à mes yeux, également sans distinction la production agricole, la production industrielle, la production scientifique, la production technologique, et la production culturelle. Tout cela relève de la même création et toutes ces productions s’imbriquent et se relaient. Le design, par exemple, le numérique, par exemple, le logiciel, par exemple. C’est à la fois de la culture, de la science, de la recherche et de la production, y compris industrielle, et de la commercialisation. Et, donc, si nous voulons reconstruire la création, il faut défendre et reconstruire toutes les créations, au premier rang desquelles la création culturelle.

Mais ce discours n’a pas donné à François Bayrou l’occasion de mettre à mal ses opposants principaux et les autres partis. Moins offensif envers la droite et la gauche que dans les discours suivants, il ne s’attaque pas encore à la responsabilité des différents partis – UMP et PS – dans la situation française. Puisque pas encore candidat. Cette scission entre Bayrou non-candidat et Bayrou candidat apparait rapidement lors du discours du 7 décembre, notamment avec l’augmentation de l’utilisation du terme de « responsabilité » : les autres partis ont chacun un rôle dans la crise vécue par la France, et par extension l’Europe.

François Bayrou, président du Modem au siège de celui-ci à Paris. ©Rafael Trapet/Aleph/PictureTank/2009

Dans les discours qui vont suivre sa candidature du 7 décembre, l’école ne réapparait plus, jusqu’au 19 janvier. Dans le même temps, la courbe des occurrences du terme « responsabilité » augmente sensiblement et de la même façon que le pourcentage d’intention de vote au premier tour. Alors qu’il pointe du doigts les précédents gouvernements et les différents candidats et partis, il récupère 5 % des intentions de vote, passant de 7 à 12 %. Et parallèlement à ce constat, les mots « France » et « pays » prennent de moins en moins de place.

Si la première scission dans le corpus de discours se situe au moment de sa candidature, la seconde intervient entre les discours du 10 et du 19 janvier. Là, certains termes et certaines thématiques reviennent sur le devant de la scène. Le 19 janvier, la thématique de la « production » (prononcée 22 fois), de « l’école« , de la « responsabilité » des dirigeants (16 fois), de la « langue » – seul candidat à évoquer la langue française et ses déclinaisons, le régionalisme de François Bayrou se retrouve – et de « l’écologie » (prononcée 3 fois mais occupant un long paragraphe de son discours). S’y ajoutent des thèmes jusque là jamais évoqués, tels que le « modèle« . Et le verbe « résister« , respectivement prononcés 17 et 19 fois au cours de son discours de plus d’une heure. Avec l’apparition du terme, un ensemble d’expressions sont associées, entre autres, la nécessité de réformer les modèles français en place, manière pour François Bayrou de montrer l’impact des choix des différents gouvernements et partis au pouvoir.

Alors, devant tant de recul, tant de démissions, tant de capitulation, il nous faut proposer aux Français dans cette élection une orientation nouvelle fondée sur deux volontés, deux esprits : l’esprit de résistance et l’esprit de reconstruction. Je dis reconstruction parce que tout ce que nous avons perdu, nous l’avions. Tout ce qui s’est éloigné, vous savez bien que c’était notre vie de tous les jours. Eh bien, je vous le dis, l’enjeu de cette élection, c’est que ce que nous avons perdu, ce qui s’est éloigné, ce qui a disparu, ce qui s’est égaré, mes amis, citoyens, nous allons le retrouver ! Nous allons à nouveau faire rimer le nom de France avec le beau mot de résistance !

F. Bayrou, discours au Zénith par Gueorgui Tcherednitchenko/Flickr/2007 CC-byncsa

Dissertation

Dans le premier discours du corpus, celui de Giens, il ratisse large et appuie fortement sur toutes les thématiques : « écologie« , « famille« , « démocratie« , « monde« , « école« , europe« , « enseignement« , « changement« , « éducation« , « production/produire« . Avec une proportion de termes se rapportant à l’école aussi conséquente que celle concernant la production française et le « produire français« .

Tous ses discours sont construits sous forme d’une démonstration mathématique ou d’une dissertation de philosophie. Agrégé de lettres classiques et trois fois ministre de l’Éducation nationale, François Bayrou n’a pas oublié sa formation première. Et à chaque introduction correspond un long passage de remerciements pour ses collaborateurs et proches.

Alors que les mots « France« , « français » apparaissaient de manière récurrente lors de ces discours précédents, à Dunkerque, François Bayrou s’est focalisé sur le mot peuple (46 fois). Dunkerque, ville industrielle, n’est pas choix anodin et fait écho à l’un des axes majeurs de sa campagne et le « Produire en France ». Si François Bayrou a mis du temps à se réveiller en proposant des discours très longs sans thème approfondi, il a adopté une cible précise pour son dernier discours qui lui permet de renforcer sa montée précipitée dans les sondages.


Photo de François Bayrou au siège du Modem à Paris en 2009 par Rafaël Trapet /Aleph  via Picture Tank © tous droits réservés

Photo de F. Bayrou, discours au Zénith en 2007 par Gueorgui Tcherednitchenko [cc-byncsa] via Flickr

Pour la récolte des données, nous avons utilisé le site du MoDem et le traitement infographique a été réalisé par Marion Boucharlat.

Les lobbyistes d’Areva à l’Assemblée

Le Premier ministre François Fillon a reçu un étonnant courrier daté du 23 décembre et signé par les députés Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve, dans lequel ces parlementaires l’invitent à mieux défendre les intérêts d’Areva. Bernard Cazeneuve a notamment été avocat pour August et Debouzy, entre 2006 et 2008, un cabinet ayant conseillé Schneider lors de son acquisition d’une importante filiale d’Areva – Areva Transmission et Distribution.

Dans la lettre, Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée, et Bernard Cazneuve député de la Manche (où est implantée l’usine de retraitement de La Hague, d’Areva) invoquent quelques responsabilités de l’État dans la situation fragile d’Areva. Voici des extraits de ce courrier très désintéressé, dont nous avons obtenu une copie.

Les responsabilités de l’État

[…] le gouvernement sous l’impulsion du Président de la République a refusé de recapitaliser Areva et contraint le groupe à céder sa branche TedD [la filiale Transmission et Distribution, NDLR] remettant ainsi en cause un modèle intégré qui avait fait ses preuves. Enfin, le gouvernement a laissé s’installer au sein de la filière nucléaire française, fleuron de notre industrie, une tension préjudiciable entre ses deux acteurs principaux, Areva et EDF.

Le laisser-aller du gouvernement aurait donc instauré, pour les deux députés, une fin de non recevoir entre les deux groupes – EDF et Areva – dont les relations n’ont jamais été très simples. En juin 2009, au conseil de surveillance d’Areva, la décision est prise de vendre la branche la plus rentable du groupe, toujours la même société Areva Transmission et Distribution – rachetée à Alstom sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy en 2004 alors ministre de l’Intérieur et aujourd’hui vendue au consortium français Alstom-Schneider à un prix plus faible que celui proposé par d’autres prétendants étrangers. Et avec les conseils avisés du cabinet August et Debouzy.

Dans le courrier des deux députés, à travers la remise en cause du modèle intégré d’Areva, ” qui avait fait ses preuves”, plane l’ombre de l’ancienne présidente du groupe, Anne Lauvergeon. Farouche opposante au démantèlement de l’entreprise qu’elle a développée, elle a été remplacée en juin 2011 par Luc Oursel, un proche de François Roussely, l’auteur du rapport de 2010 sur la filière nucléaire commandé par Nicolas Sarkozy. Un rapport notamment à l’origine de la filialisation des mines , amorçant une étape supplémentaire dans le schéma de démantèlement du groupe.

Mais les deux députés de gauche ne s’arrêtent pas seulement à la situation préoccupante de l’entreprise et au laisser-aller de l’État. Ils pointent également du doigt ”l’absence de stratégie industrielle du gouvernement” et l’opportunisme de ceux qu’ils ne nomment pas :

Au coeur de ce débat, l’absence de stratégie industrielle du gouvernement a opportunément rencontré la volonté farouche de certains acteurs de démanteler le groupe AREVA, de privatiser la filière et de substituer à une politique d’excellence une stratégie de “bas coût” qui expose la France à un risque de désindustrialisation. La stratégie actuellement à l’oeuvre pose d’importantes questions en termes de souveraineté et de sécurité.

Le système de gouvernance des entreprises de la filière nucléaire est mis à mal et étendu à la ”désindustrialisation” du territoire français. Le Maire de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, inquiet pour la situation de son bassin d’emploi de la Hague, où se situe l’usine de retraitement des déchets d’Areva, à moins d’une trentaine de kilomètres de son fief, ne mâche pas ses mots : dans le cas où Areva ne serait plus soutenue par le gouvernement et mis en plus grande difficulté qu’aujourd’hui, son département perdrait bon nombre d’emplois. 6 000 personnes travaillent à la Hague dont 3 000 directement pour Areva NC.

Obscur accord entre EDF et les Chinois

Mais la notion de ”stratégie actuellement à l’oeuvre [qui] pose d’importantes questions en termes de souveraineté et de sécurité” amène surtout sur la table l’accord qu’EDF aurait passé avec l’entreprise publique chinoise CGNPC :

Cet accord [protocole entre EDF et la China GUANGDONG nuclear power holding] valide en effet les prétentions de l’entreprise chinoise qui souhaite aprticiper auc nouveaux projets nucléaires d’EDF en France, accéder au retour d’expérience d’EDF en matière de centrale nucléaire sur le territoire national et participer à la RetD pour la 4ème génération. […] Cet accord soulève de vives inquiétudes pour l’avenir de la filière nucléaire et de l’industrie française. Il appelle de notre part plusieurs interrogations.
[…]
Areva sera-t-elle placée demain par son propre gouvernement en situation de concurrence, face à une entreprise publique chinoise qui aura bénéficié de transfert de technologies française ? Alors que l’Allemagne fait de la défense de son industrie le coeur de sa politique , la démarche engagée par le groupe EDF pourrait-elle aboutir à privilégier l’emploi industriel chinois en accélérant le déclin de l’industrie française ? Enfin nous souhaiterions comprendre s’il s’agit d’une industrie isolée du groupe EDF ou si nous devons l’analyser comme emblématique de la politique industrielle de notre gouvernement ?

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Mettre Areva sur la touche pour les deux députés serait contre-productif pour l’industrie française. L’entreprise chinoise moins couteuse que le prestataire d’EDF serait choisie au détriment du groupe français. La logique d’anticipation fait son oeuvre. Et le soupçon d’ingérence de l’Etat refait surface, comme le montrait la lette que Baroin avait envoyée à Areva, révélée par OWNI.

Épilogue de ces démarches très politiques, la ville de Bernard Cazeneuve n’a pas été privilégiée par Areva pour l’implantation des usines de fabrication des éoliennes offshore. Anne Lauvergeon, en son temps, s’y était engagée, mais les nouveaux dirigeants du groupe lui ont préféré Le Havre, laissant Cherbourg sur la touche.
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Article mis à jour ce 24 janvier à 18h30 et à 23h00. Suite à la publication de cet article, Bernard Cazeneuve, qui n’avait pas répondu à nos sollicitations lors de cette enquête, a contacté la rédaction d’OWNI pour préciser qu’il « n’est pas lobbyiste pour l’industriel ».


Illustrations par Marion Boucharlat pour Owni.fr (cc)

Le rapport qui amnistie Areva

Mine d'uranium
Un rapport daté de mars 2010 de la société de conseil suisse Assistance Petroleum International Capital, récemment découvert, dédouane la direction d’Areva à propos de l’acquisition de la société UraMin. Les commanditaires de ce document cherchaient à évaluer le bienfondé du rachat d’UraMin – une entreprise à capitaux canadiens mais immatriculée aux Îles Vierges britanniques, et dont le fondateur Stephen Dattels traîne une réputation de « spécialiste des coups en Bourse« . Selon ce rapport, un cadre supérieur d’Areva, dont le nom est cité plusieurs fois dans le dossier, serait seul responsable des mauvaises évaluations de la valeur d’UraMin.

Cet homme – ainsi que sa fille gérant une société minière basée à Dublin – a fait l’objet d’opérations de surveillance de la part d’Alp Services, la société de renseignements privée qui espionnait à la même période Anne Lauvergeon et son mari. Le cadre d’Areva aurait intentionnellement transmis de fausses informations à l’ex-présidente d’Areva pour provoquer cet achat.

À l’époque, Anne Lauvergeon avait besoin de sécuriser l’approvisionnement en uranium du groupe et cherchait un conseiller pour racheter des mines en Afrique. C’est là qu’en 2006, elle aurait recruté ce banquier franco-belge. Deux autres sociétés étaient également en lice pour être achetées, plus chères mais exploitées, contrairement à UraMin, qui ne disposait pas encore de permis d’exploitation pour certaines de ses mines.

Marc Goua, député du Maine et Loire et chargé par Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale d’enquêter sur les finances de la filière nucléaire française, avance à tâtons sur cette acquisition troublante d’UraMIn :

Ce qui parait probable, avec tout les bémols possibles, serait que [le responsable d’Areva en question] ait mené les négociations tout seul et que du côté d’Areva et de l’Agence des participations de l’État (APE), il y ait eu un manque de vigilance. L’APE avait refusé une participation dans une mine en Australie quelques années avant, alors que l’opération aurait pu être une belle opération.

Le dossier, truffé de fausses informations, transmis à Anne Lauvergeon pour l’acquisition de la petite société minière, n’est pas le seul point noir de cette affaire. Ainsi, rien n’explique encore pourquoi l’expertise faite par SRK Consulting à la demande d’UraMin pour convaincre Areva de la racheter, n’ait donné lieu à aucune contre-expertise, ni du côté d’Areva, ni du côté de l’APE, pourtant régulateur des acquisitions.

L’ancien patron d’UraMin, Stephen Dattels, déclarait dans un communiqué de presse, disponible sur le site du groupe Areva :

« Je voudrais remercier les membres du Conseil d’administration, le management et l’ensemble des collaborateurs d’UraMin pour leur extraordinaire contribution depuis la création de la société en 2006. Leur travail et leur vision ont permis la création de plus de 2,5 milliards d’US$ de valeur en un peu plus de deux ans, faisant ainsi d’UraMin l’un des plus grands succès du secteur minier ».

Depuis le rachat par Areva en 2007, le succès de la société minière est à relativiser : UraMin n’a toujours pas été en mesure de générer le moindre bénéfice, et elle ne le pourra probablement jamais le faire.


Tour de mine d’uranium par Gael Martin via Flickr cc-byncsa

Les cartes des voeux

Nous avons donc passé les vœux de Nicolas Sarkozy et de trois candidats à l’épreuve de logiciels d’analyse sémantique. Là, le président actuel (qui n’est pas officiellement candidat) s’avère moins proche de Marine Le Pen que cette dernière ne l’est de François Hollande. Le candidat du PS et celle du FN ont prononcé des vœux rédigés selon une trame semblable.

Tous deux privilégient la première personne du singulier et utilisent un dictionnaire plein d’optimisme. Tandis que Nicolas Sarkozy articule ce discours autour de la première personne du pluriel et d’un lexique pessimiste.

L’immigration a disparu chez Marine Le Pen

Dans les propos de Marine Le Pen, la France, les Français et les citoyens dominent, sans trop de surprise. Mais la thématique hautement symbolique de l’immigration a disparu. Par un habile changement de champ lexical, sa rhétorique sur le thème de l’étranger devient moins visible. Et le vocabulaire en la matière évolue au profit des termes “européens”, “protectionnisme” et “mondialisation”. Au cœur de ses vœux, l’”espoir”, la “vérité”, le “changement” et le “bonheur”, la notion de ré-industrialisation, les “solutions” et la “vérité”.

Son lexique accrédite l’idée qu’elle porterait à bout de bras les citoyens à qui elle s’adresse, qu’elle love au sein d’une brassée de mots et d’expressions positives. Sa posture de présidente des oubliés, amenée à l’occasion du précédent discours, s’affirme ici par un usage répété de descriptions de ces Français que Sarkozy délaisserait.

Quant à sa posture personnelle dans le discours, elle paraît maintenant endosser le costume de son père. Notamment en réutilisant la première personne du singulier, abandonnée lors de son discours du 11 décembre dernier. Le “je” revient en force avec 35% des pronoms qu’elle emploie.

Avec le « je » d’Hollande

Contre toute attente, le candidat socialiste a prononcé le discours le plus proche de Marine Le Pen – au regard des outils d’analyse de leur lexique. En premier lieu, avec sa façon d’employer la première personne. François Hollande comptabilise un pourcentage de première personne du singulier dépassant les 50%. De quoi faire frémir Marine Le Pen, au “je” habituellement plutôt facile.

Ses sujets et ses expressions sont surtout proches de celles de Marine Le Pen. Le vocabulaire positif qu’il adresse aux Français fleure bon l’espoir et la confiance : « changement », « redressement », « nouveau », « confiance », « égalité »

Sarkozy, l’économiste désabusé

Dans la continuité des discours de ces derniers mois, le président consacre une partie importante de ses vœux aux difficultés financières : « crise », « économie », « confiance », « finance », « marché », « compétitivité », « croissance » et « achat » pour ne citer que ces termes. Parmi eux, les seuls dénominateurs communs avec les discours des trois prétendants que nous avons choisis d’analyser : « crise » et « confiance ».

Mais son ton se différencie nettement de celui des autres candidats dont les expressions sont plus positives que les siennes : « grave », « gravité », « épreuves », « conséquences », « difficile » ponctuent ce discours de vœux prononcé le 31 décembre. Casquette de président ou casquette de candidat, ses propos sont ceux qui s’appuient le plus sur un lexique anxiogène.

Concernant les pronoms utilisés, il modère son utilisation excessive du « je » pour d’abord offrir à ses auditeurs et spectateurs une majorité de « nous » et de « vous ». Le collectif prime sur l’individuel, le différenciant là encore de Marine Le Pen et de François Hollande.

Mélenchon cherche

Le 4 janvier, depuis le siège de campagne du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon insiste dans ses vœux sur sa position fédératrice au sein de la gauche. Comme en témoigne la carte suivante.

Si l’analyse des mots qui ressortent comme « non », « traité », « pouvoir », « peuple », renvoie au vocabulaire classique de Mélenchon qui s’appuie sur le « Non » au traité constitutionnel européen de 2005 pour construire son argumentaire électoral, d’autres thèmes comme « l’écologie », « l’Europe » ou « monde » peuvent paraître moins fréquent. D’autres notions comme « plus », « seul », « grand » traduisent l’usage d’un vocable inhabituel pour un candidat qui se veut proche du « peuple ». Il compense cet effet par un emploi répété du pronom pluriel « tous » pour affirmer une dimension collective dans son discours.

Dans les pronoms les plus utilisés, il emploie bien plus le “il” que les autres pronoms pour désigner Nicolas Sarkozy. Contrairement aux autres candidats, il est également le seul à se servir de tous les pronoms de la langue française.

Des quatre candidats, Jean-Luc Mélenchon est celui qui cherche le plus son électorat et parle de tous et à tous. Alors que les trois autres paraissent connaître la population cible de leurs propos. Sans l’assurance toutefois d’être entendu.

Illustration Flickr Dalbera [CC BY]