[DATA] Les aides à la presse, version 2012

Les aides à la presse pour l’année 2012 ont été publiées sur le site du Ministère de la culture.

Pour un aperçu plus pertinent concernant les aides par titre, cliquez sur l’onglet « par exemplaire ».
À ce titre l’on découvre que l’Humanité, dont l’État vient d’annuler la dette (4 millions donc) est l’un des journaux les plus subventionnés : 53 cts par numéro pour l’année 2012 quand le numéro est à … 1,4 euro.
À relativiser avec d’autres titres compte tenu des tarifs de vente, exemple avec le Nouvel Observateur qui par numéro « reçoit » 34 cts pour un prix de vente à 3,80 euros. 2 euros pour Le nouvel économiste quand l’aide est de 80 cts.

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Une semaine de liens #8

C’est reparti pour une nouvelle semaine – qui comme d’habitude sur ce blog n’arrive jamais au même moment dans la semaine.

Point #InternetdansleTGV

Internet dans le TGV, on en rêve et … on est donc pas prêts de voir arriver une connexion stable en Wi-Fi dans nos chers trains. Le Thalys propose une offre comprise dans le prix de certains billets mais si les prix des billets pour les eurodéputés et autres clients du Paris-Bruxelles rentabilisent le cout, ce n’est pas le cas de tous les trajets « nationaux ».

Pourtant – c’est PcInpact qui le raconte très bien – en octobre 2010, la SNCF promettait monts et merveilles avec un magnifique pack de connexion à bord de ses trains. Expérimenté sur le TGV est, le service coutait 350.000 euros pour chaque TGV.

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Une semaine de liens #7

Cette semaine, un point sur les usages numériques qui évoluent encore – on le savait mais des chiffres sont toujours bienvenus et un autre sur la consommation de culture.

Point #culturenumérique à la Commission européenne

La Commission européenne est toujours – à peu près – active dans l’affaire qui les oppose à Google. Dernière demande en date : que les propositions de la firme US soient « soumises aux commentaires des plaignants ». L’étape avant de trancher, trois ans après ? Quoi qu’il en soit, Google risque une amende au maximum égale à 10% de son chiffre d’affaires.

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Une semaine de liens #6

Quinze jours sur Twitter ne veut pas dire plus de liens à insérer dans la revue de liens. La preuve avec un résumé de ces quinze derniers jours – dans lesquels j’ai volontairement exclu toute information relative à l’affaire Leonarda et à celle de Guillaume Pley.

Point métier de #journaliste

Commençons par un lien qui a déjà beaucoup tourné : l’interview express de Gilles Bourdouleix – député-maire de Cholet -, la plus courte de sa carrière politique certainement. Saluons aussi l’enregistrement de France 3 Pays de la Loire qui permet de montrer aussi face à quoi certains journalistes sont confrontés dans leur métier. Le refus sec et efficace d’un interlocuteur. Alors est-on toujours obligé de répondre aux questions de journaliste ? Vaut-il mieux ne jamais répondre – comme ça arrive tellement souvent – à un mail envoyé comme une bouteille à la mer ?

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Une semaine de liens #5

Au programme des liens de cette semaine, non pas que le reste soit à jeter, une réflexion autour de ce que pourrait donner l’Internet sans Google pour les utilisateurs, une autre sur un témoignage en réponse à un autre témoignage, une façon de voir le monde différemment et enfin un moyen génial pour regarder des films autrement.

#Internet sans #Google

Commençons par l‘intéressante aventure de Yann Guégan chez Rue89 : une semaine sans Google, donc sans Gmail, sans Drive, sans son Agenda et sans le moteur de recherche tout court – chose pour laquelle on connaissait Google à l’origine en fait.

Petit à petit, je prends conscience de tout ce qu’il me faut débrancher : mes deux adresses e-mail (une professionnelle et une personnelle), mon agenda donc, mon carnet d’adresses… J’ai l’impression d’être dans « 2001, L’Odyssée de l’espace », quand Bowman débranche HAL, l’ordinateur de bord.

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Une semaine de liens #4

Une nouvelle semaine va commencer. En attendant, voici les liens qui ont fait Twitter de lundi à vendredi.

Domaine #public et culture(s)

Et voilà ! Apollinaire rejoint les nombreux auteurs du domaine public.

De son côté Actualitté lançait sa web-TV et la Fnac fermait son magasin à Odéon. Ouvert en 2001 et réservé à l’origine à la vente de produits numériques, ses rayons s’étaient ouverts au livre. L’entreprise prévoit de transférer les activités d’Odéon dans le nouveau centre commercial de Beaugrenelle dans le 15ème. Stratégiquement parlant, elle se rapproche davantage du commerce que du service de proximité. Supputons : alors que Saint-Michel / Odéon / Saint-Germain permettait une implantation touristique et locale, Beaugrenelle, futur temple de la conso offrira sans doute de meilleures ventes. Fin des supputations.

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Une semaine de liens #3

On vient de terminer une semaine, encore une autre.

#detoutebeauté

On commence par une série de photos de danseurs de ballet dans des situations de la vie quotidienne (via Julien Ménielle). La série ressemble à ça :

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Et la suite est par là.

#Finances

Le PLF2014 est en ligne avec en vrac : baisse du taux de TVA sur les entrées des salles de ciné, un prélèvement exceptionnel – mais néanmoins régulier visiblement puisqu’il avait déjà eu lieu l’année passée – sur le fonds de roulement du CNC, augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d’avion et modification des modalités de calcul de l’aide aux collectivités et organismes gérant des aires d’accueil des gens du voyage. Entre autres.

Pas si imbitable que ça en a l’air.

#crowdfunding

Restons dans les finances et notamment celle de la recherche scientifique avec un papier à lire sur le crowdfunding et la science – commentaires documentés et intéressants inside. (Via Antoine Blanchard)

#publicité

Deux pubs cette semaine (enfin une et une série). Celles de la Smerep d’abord.

Non seulement les pubs de la Smerep sont sexistes mais en plus elles sont plutôt mauvaises. Plainte des Chiennes de garde + ministère du droit des femmes = le jury de déontologie publicitaire en a déduit qu’elles présentaient les femmes comme « futiles, irréfléchies, sottes voire agressives« . Les hommes ne sortent pas non plus grandis. Le Monde les résume parfaitement :

« Et toi, pourquoi t’as choisi la Smerep ? » « Moi, c’est pour la meuf, mec », répond Greg, l’étudiant « tombeur », qui s’empresse de sortir du champ pour suivre une nouvelle cible féminine. « Pour faire chier ma sœur », lance June « la vénère » ; « parce que je suis parisienne », rétorque Jeanne, assise à la terrasse d’un café bobo ; « J’ai pas vraiment choisi », avoue Thomas, avachi devant sa console de jeux ; tandis que Claire, « la blonde » ingénue en petite culotte, révèle qu’elle pensait recevoir un catalogue de tee-shirts et non une carte de sécurité sociale étudiante. »

Vous avez l’essentiel. Il vous reste à visionner au moins une des pubs pour vous apercevoir qu’aucune ne relève le niveau mais qu’en plus elles ne sont vraiment pas formidables.

La deuxième publicité polémique – parmi d’autres – ? Celle de Guerlain pour la légende de Shalimar. Longue, pénible à regarder avant un film, la majeure partie des spectateurs préfère nettement regarder les fruits Oasis ou les bandes annonces et alors que la pub Shalimar survient, on se surprend à regarder son voisin ou sa voisine, le regard triste et l’oeil morne, « non, pitié, pas ça« .

Faites-vous plaisir pour ceux qui ne l’auraient pas vue :

(Et qu’on m’explique les raisons qui font que la barque sur laquelle Natalia Vodianova découvre son nouvel appartement ne bouge pas alors que la chose sort de l’eau.)

Point #numérique

Dans la catégorie numérique cette semaine, pas d’ennui en vue. D’abord, alors que la 4G débarque dans Paris (entre autres) et qu’Orange ne permet plus de se géolocaliser sans que personne ne soit en mesure de répondre aux abonnés, au salon du e-commerce (e = électronique = Internet = réseaux pour faire court) impossible de se connecter en 3G ou d’envoyer des SMS. Un peu comme aux Solidays ou autres comme le Salon du livre à cette même porte de Versailles, dès qu’il y a plus de 12 personnes réunies à un même endroit, le réseau ne tient plus. Étrange mais compte tenu de la qualité de la 3G à Paris, on attend vraiment avec impatience la 4G (#oupas).

Autre point numérique – et pas des moindres – un bug Gtalk / Hangouts qui soulève la question de par où passent nos messages (mails ou autres) et qui les reçoit. Certains utilisateurs ont en effet reçu des messages Gtalk qui ne leur étaient pas adressés. Jeudi soir à 20 heures ZDNet rapportait que Google avait identifié puis réparé le problème, sans autres explications que celle-ci. Faut-il se sentir rassuré pour autant ?

Rien à voir avec Google ou presque, un texte de Benjamin Le Reilly raconte l’histoire assez chouette d’un auteur ayant opté pour l’autoédition aux US et qui récupéré par une maison d’édition classique / traditionnelle a négocié ses droits de façon à ne vendre que ses droits papier et conserver ses droits numériques.

« Le succès massif de Howey a attiré les éditeurs, qui lui ont proposé plus d’un million de billets contre les droits des lives. L’auteur, malin, aura privilégié un chèque à six chiffres contre la conservation de ses droits numériques. C’est-à-dire que l’éditeur papier n’est plus que ça, un éditeur de papier, et toutes les recettes tirées des versions Kindle part dans les poches de l’écrivain. »

Certes le marché est différent (et bien plus grand aux US) mais cette histoire a le mérite de démontrer que le système traditionnel a plutôt intérêt à évoluer d’un point de vue contrats numériques.

#Culture

Restons dans l’univers du livre mais papier celui-ci avec La Revue dessinée dont vous avez certainement déjà entendu parler. Après un premier tirage à plus de 15.000 exemplaires, la Revue repart en imprimerie et il faudra attendre une dizaine de jours pour recevoir les commandes. Une bien belle aventure pour le moment.

Lien de la #fin

La lettre de Nadejda Tolokonnikova, l’une des Pussy Riot, est disponible ici en anglais, via Delphine Mozin.

D’ici la semaine prochaine, passez un bon week-end.

Une semaine de liens #2

Une nouvelle semaine vient de se terminer. Une autre va commencer. En attendant, c’est le moment de faire le point sur ce qui a fait une semaine de réseaux sociaux (Le choix des liens et autres articles est non-exhaustif, mais faut bien choisir).

 Point #Europe

Cette semaine, Comment l’UE définit la neutralité du Net ? Comme ça :

« l’obligation pour les fournisseurs d’accès internet [FAI] de fournir une connexion sans entrave à tous les contenus, applications ou services accédés par les utilisateurs finaux, tout en régulant l’usage des mesures de gestion de trafic par les opérateurs pour ce qui est de l’accès général à Internet. Dans le même temps, le cadre légal pour les services spécialisés [gérés] est clarifié ».

L’article est long mais peut se lire en mode zen, nouveauté – ou chose ancienne que je n’avais pas encore testée – ô combien agréable.

Du côté de la saga « Google à la Commission européenne », c’est Electronlibre qui informe que le tribunal de commerce de Paris attend la décision de la Commission européenne avant de trancher dans l’affaire qui oppose 1PlusV à Google pour abus de position dominante. À suivre donc dans un prochain épisode.

Toujours dans les couloirs de la Commission européenne, une lutte commence autour des euphorisants légaux. « Le problème des euphorisants légaux en Europe ne cesse de s’aggraver et représente un risque majeur pour les jeunes. Le marché intérieur étant dépourvu de frontières, l’UE doit adopter des règles communes pour s’attaquer à ce fléau » déclarait Viviane Reding. En parlant de frontière(s), une carte des données de la drogue est disponible par ici.

#PointLOL

Si vous n’avez pas encore regardé cette vidéo des Guignols, foncez : la marionnette de François Hollande parodie Papaoutai de Stromae avec Emploioutai.

Et aussi, au cas, la déclaration d’amour d’Autolib à Vélib :

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Point #important société

On cherche à manger des choses saines et souvent pour pas (trop) cher. On croyait grâce aux publicités de la grande distribution que c’était possible. Naïvement. Et puis on a regardé Cash Investigation de cette semaine. Qui sont les petites mains qui préparent nos légumes bios et pas chers ? À revoir ici pendant encore quelques jours.

La conclusion ?

Et pendant que Barjot accorde une interview terriblement euh … Klaire explique pourquoi elle va lui faire un don et j’ai découvert, grâce à Bembellyle blog de Ervé, qui n’est pas né SDF mais qui l’est devenu.

Point #nucléaire

Le CEA vend une partie de sa participation dans le capital d’Areva pendant qu’une proposition de loi visant à renforcer les conditions d’accès aux installations nucléaires de base (INB) a été déposée. Sur fond de conférence environnementale :

Point #questionnaires et #listes

La bonne nouvelle de la semaine : pour certains (dont moi, certes), vous avez répondu aux questions de Génération quoi au moment de son lancement en version bêta en juillet dernier. Et bien on y est :

Joie pour ceux qui vont répondre aux questions nombreuses, dans un environnement graphique réussi.

Autre sujet, autre étude et c’est l’OBSWeb qui s’y colle avec un questionnaire sur l’usage des réseaux sociaux pour suivre et partager l’information. Rapide et efficace, y répondre c’est essayer de comprendre cet usage, par qui et pourquoi.

Aussi après avoir constitué une liste Twitter des 261 comptes à suivre, Erwann Gaucher a gentiment compilé les 25 blogs incontournables de la rentrée. Inspiration à prendre ici et là dans cette liste de sites francophones ou pas, avec pour ma part un coup de coeur pour le blog Making of de l’AFP.

#Vidéo de la semaine

Et on termine avec la vidéo de la semaine. Sans commentaire.

Une nouvelle semaine peut commencer.

Une semaine de liens #1

On rembobine la semaine, parce que parfois prendre du recul c’est important. Et ça fait donc une nouvelle rubrique ici.

On a bien commencé la semaine, avouons-le : 11 millions d’euros pour l’UMP. Et visiblement ce n’est pas terminé pour le parti qui accuse le coup des autres dettes – en sus des 11 millions donc. Libé s’en fait l’écho. 

#La semaine numérique

Pendant que la 4G semble débarquer, notamment à Paris, un abonné SFR s’est mis en grève de la faim :

« Le septuagénaire, résidant à Maisières Notre-Dame dans le Doubs (près d’Ornans), est privé de sa connexion internet SFR depuis le 23 juillet dernier. Après de multiples appels à la hotline de l’opérateur et un rendez-vous non honoré, cet abonné s’est mis en grève de la faim ce lundi. »

  Soyons rassurés, le retraité a retrouvé une connexion le 6 septembre et a recommencé à manger. Merci les médias. Taz is Geek a déniché une notice de Minitel.

 

Et dans la série interminable « Google à Bruxelles-ton-univers-impitoyable »le géant de la pub Internet a fait de nouvelles propositions que la Commission est en train d’examiner. On leur souhaite de trouver un accord. Un jour.

#Fiscalité

Google -> impôts, je n’y peux rien : association d’idées. Pendant que bon nombre de médias demandent aux contribuables « et vos impôts alors, ça vous fait quoi ? » – Julia, assistante de direction, 2500 euros sans jamais payer d’impôts, dévoile les coins et recoins de son porte-monnaie sur Rue89. En substance, la propriétaire de 36 ans place son argent et s’arrange pour utiliser les niches fiscales, encouragée par Facebook qui ne déclare que 2,5 % de son chiffre d’affaire en France

« Il n’y a pas d’objectif concret, c’est une façon de vivre. Je ne veux plus jamais payer d’impôts, j’en ai trop payé, cela n’arrivera plus. »

 

Sur Twitter, les réactions divergent mais beaucoup s’irritent de la position de la jeune femme : 36 ans, célibataire et sans enfant, elle dépense donc 93 euros par mois en ticket resto pour manger matin, midi et soir. Économies, économies.

Pour rester dans la fiscalité – c’est un peu mon dada depuis plus de deux ans – Arte a diffusé un excellent documentaire sur le plus grand fléau du siècle, à voir pendant encore quelques jours. Ça s’appelle « Evasion fiscale : le hold-up du siècle » et il est aussi bon que le Cash Investigation de la saison dernière. Entre le Delaware et les Caïmans, le coeur des nombreux évadés fiscaux balance. Aidez-les à choisir.

#Médias

Mardi, c’était le lancement de la version bêta de Contexte, le « journal des politiques publiques françaises et européennes« . Numérique, énergie, lobbying et budget pour les thématiques de cette semaine. Sortie de la version définitive prévue le 15 novembre, à suivre.

Sinon, Cash Investigation, le très bon magazine (?) a bien démarré pour la rentrée.

Et Libé qui vient de sortir sa version Libé week-end et une refonte totale de son site, plutôt réussie, explique par la voix de Fabrice Rousselot dans Télérama que tout n’est pas fini et que la presse peut s’en sortir :

« Et puis il y a deux facteurs encourageants qui prouvent qu’il y a toujours beaucoup d’appétit pour les infos. Le premier, c’est que dans la presse comme dans la musique et d’autres secteurs, la génération qui téléchargeait est prête à payer 10 euros pour s’offrir un abonnement à Spotify ou consulter un média. Le second, c’est une étude américaine du Pew Research Center qui montre que les 25-40 ans reviennent au papier le week-end, en prenant plus de temps. »

 

En un mot – ou plus – : se fondre dans le flux oui, mais prendre le temps de prendre le temps c’est bien aussi.

#LOL-culture

Sans commentaire.

 

Du côté « culture », si pour La Bande sonore, j’ai interviewé Girls in Hawaii – papier à venir – et tourné avec Diane Roudeix une session acoustique du québécois Peter Peter qui devrait faire parler de lui en France – les images sont en cours de montage – vous ne pouvez passer à côté de cet album de duo virtuel :

Et la vidéo de la semaine : Les Gobelins présentent Annie, un film d’étudiants. L’animation française a encore de beaux jours devant elle.

Bon week-end ! Et merci à Twitter : dans le prochain épisode, il y aura un merci pour chacune des sources, ce qui n’est pas le cas là aujourd’hui.

« Si on décide de ne pas bouger, là on est mort »

Michel Françaix en 2009 par Richard Ying (ccbyncsa) édité par Owni

Un mois après la publication par Owni du rapport de Michel Françaix, sur les aides à la presse pour la Commission des affaires culturelles et le projet de loi de finances 2013, le rapporteur a accepté de répondre à quelques questions. Sur le rapport mais aussi sur le point de vue qu’il a de l’état de la presse en France. Entretien sur fond d’assertion : si la presse n’évolue pas, elle meurt.

Ce rapport-là, le 3ème, est le plus médiatisé. En quoi est-il différent des autres et quel est votre constat ?

Michel Françaix

Celui qui se décrit comme fils de saltimbanque et neveu de saltimbanque a fait grincer des dents à plus d’un patron de presse. Brièvement, il est revenu pour Owni sur pourquoi il est à l’origine d’un tel rapport : son intérêt pour l’écrit remonte à ”toujours” et c’est aux côtés de François Mitterrand en 1981 qu’il devient chargé de mission sur l’écrit, les radios et la presse locale.

Depuis cette période, il reste sur ce sujet de prédilection. ”Quand vous êtes dans l’opposition, vous vous y intéressez pour faire des envolées lyriques à deux heures du matin mais vous savez que ça ne sert à rien. Et là dans la mesure où nous sommes dans la majorité et qu’il y a peu de parlementaires qui s’intéressent à l’écrit en général — ils sont plus télévision/audiovisuel — je n’ai pas eu à batailler pour récupérer ce rapport, qui est déjà le troisième.”

[Twitter]

Il est différent des autres parce que c’est la première fois depuis 1981 qu’un ministre de la Culture me parle pendant 20 minutes de l’écrit avant de parler ensuite de l’audiovisuel. Avant celui-là, on se rendait compte à deux minutes de la fin des auditions qu’il fallait dire un mot sur RFI et sur l’écrit. Peut-être que cette année, la Ministre ((Aurélie Filippetti, ndlr)) a été provoquée par ce qu’il se passait avec Presstalis.

Maintenant à mon âge je sais comment les choses se passent : le soufflé peut totalement retomber. Mon objectif c’est de dire début février, “chère Aurélie, est-ce que tu penses que tu as fait le tour du dossier ou est-ce qu’il faut faire évoluer ou faire de profondes modifications ?”. Si on ne peut pas faire tout ce que j’ai écrit, ce que j’entends très bien, est-on prêts à avancer ? Ou avec un tour de passe-passe, quinze jours avant dire qu’on va tout ré-équilibrer ? Si on a la détermination pour avancer, je veux bien réfléchir avec d’autres pour faire évoluer. Mais je veux pas m’enquiquiner à faire le budget pour que finalement rien n’avance. On est pas au bout de nos peines et nos difficultés. Avec notamment la prise en compte de la presse en ligne et le fait qu’elle doit avoir plus d’importance.

La presse écrite, de toute façon, ne pourra plus vivre sur le même tirage dans les années à venir, mais elle peut être l’élément moteur permettant aussi le développement de la presse en ligne. Il faut donc réfléchir : on ne pourra pas donner des millions à Presstalis, donner un taux de TVA à la presse en ligne à 2,10%, donner à tous ceux qui le demandent des aides au portage qu’ils n’ont pas encore, le tout sans faire de coupes sombres quelque part. Ou alors on fait semblant de donner un tout petit peu à tout le monde donc à personne. Je suis plutôt sur l’idée de fixer des priorités.

Donc vous n’êtes pas juste l’auteur du rapport poil-à-gratter et pensez permettre de faire bouger les lignes ?

En ce moment la presse y croit encore et elle a peur qu’il puisse se passer quelque chose : je vais prendre 30 kg ! Je suis invité à déjeuner par tous les syndicats pour expliquer que leur cas est un cas génial… donc oui, le rapport fait un peu peur. La ministre elle-même et le budget ne sont pas totalement insensibles parce qu’il faut dépenser de l’argent mais à coût constant ((en faisant des économies ailleurs, ndlr)). Objectivement ce rapport au niveau du gouvernement a été plutôt bien pris.

Il faudrait que les choses puissent changer rapidement ? Sinon la presse pourrait « mourir » ?

J’espère qu’on ne refera pas le prochain budget des aides à la presse en septembre de la même façon. Ma position est de dire que rien n’a bougé avec les États généraux de la presse. Maintenant si on doit faire trois ans en disant “on a tout fait”, je serai obligé de constater qu’on reproduit les mêmes politiques depuis 15 ans et qu’on va droit dans le mur. On va essayer de faire en sorte de ne pas être obligés d’en arriver là. Ça dépendra d’un certain nombre de choses, des priorités, de la crise mais mon rôle va être de ne pas faire redescendre le soufflé. Et puis à travers ce rapport, je ne veux pas être la mouche du coche qui ne sert à rien !

Si on décide de ne pas bouger, là, on est mort. L’immobilisme en période de crise et de mutation c’est dire “on ne voit rien des mutations à faire” y compris pour la presse en ligne. Sauf qu’on n’aura pas toujours la prouesse de trouver l’argent. Est-ce que la presse va mourir ? Je ne crois pas, mais elle est condamnée à évoluer sinon sans ça vous pourriez avoir raison : elle va mourir. Mais la grande force, c’est qu’il n’y a pas un seul gouvernement qui accepterait de pouvoir dire qu’il a contribué à tuer toute forme de presse. Sauf si la presse sur papier n’intéresse plus personne dans 20 ans. Et qu’on considère que Facebook et Twitter sont suffisants pour avoir de l’information…

Nous sommes devant des choses évolutives et au dernier moment “On” attend que l’État intervienne. Et il finit par dépenser des sommes folles qu’il n’aurait pas dépensées s’il y avait eu une anticipation ((des problématiques, ndlr)).

De mettre sur la table la mutation numérique, c’est anticiper ce qu’il va se passer ?

Oui et même plus loin, ce n’est plus anticiper après-demain c’est anticiper demain ! Ce n’est d’ailleurs pas une très grande anticipation, nous allons avoir le nez dans le guidon très rapidement. En fait, nous ne pourrons pas passer notre vie à faire des rafistolages plus ou moins intelligents. Je crois savoir que j’ai une bonne collègue qui devant la crise de Sud Ouest va sûrement poser une question à la ministre comme « qu’est ce que vous faites pour Sud Ouest ? » Qu’est ce que vous voulez qu’elle réponde ? Ma première réaction c’est de penser tout de suite : c’est l’État qui fait un chèque ? Et où passe la liberté de la presse ? Il y a forcément des députés qui se font engueuler par des journalistes de Sud Ouest. Vous avez affaire à un parlementaire comme il défendrait sa sidérurgie à tel endroit.

Mais de quel droit on donnerait de l’argent à Sud Ouest et pas au groupe Hersant ? Sur quels critères ? Le seul critère qui puisse exister, c’est de faire une aide à la réorganisation des entreprises et recourir à des formes de concentration à condition qu’en contrepartie on conserve le pluralisme. La pire des choses, c’est d’aider Sud Ouest à ne pas mourir et que finalement, il soit un journal qui n’apporte rien comme espace de liberté. Ce n’est pas le cas mais il faut se fixer des objectifs.

Mais la publicité, ce n’est pas se priver d’un espace de liberté ? Pourquoi opposer toujours la presse papier avec support en ligne et les pure players ?

La réalité de la publicité, c’est qu’ils prennent ça dans la figure en même temps que le reste : la presse perd 5 ou 6% de lectorat tous les ans et perd en ce moment 12 à 13 % de recettes publicitaires en même temps. C’est aussi une difficulté qui prouve que le modèle de la presse en ligne n’est pas le bon puisqu’on ne récupère pas ces recettes sur ce type de presse. Les pure players sont dans un autre état d’esprit, plus avant-gardiste. Ils sont plus modernes et plus dynamiques, plus innovants.

Ce n’est pas une question de génération, mais on voit bien quand même que la presse papier qui s’intéresse à la presse en ligne, c’est parce que c’est l’idée : “on ne peut pas faire autrement et il faut qu’on s’y intéresse”. Quand ceux qui abandonnent le papier en disant “voilà un nouveau projet”, c’est leur bébé. Pour le papier c’est un bébé de récupération qui dirait « il faut trouver un moyen ». On voit bien qu’ils préfèrent leur presse papier.

Il y a des réussites sur le numérique : Libération, Le Figaro ont quasiment plus de gens qui regardent le numérique. Ils se sont fait une place, leur marque existe sauf qu’ils n’arrivent pas à ce qu’elle soit payée.

Et la PQR ((Presse Quotidienne Régionale)) ?

Je pense qu’on terminera avec 5 ou 6 journaux, 7 ou 8, de presse régionale. Nous ne pouvons plus empêcher les concentrations de presse – même si on peut les regretter. Ces concentrations de presse ne peuvent intéresser les pouvoirs publics que pour différentes raisons : un journal ce sont des journalistes, une charte de déontologie. S’il ne reste qu’une demi-page de création, ce n’est plus du domaine des pouvoirs publics. Il faut aussi conserver les espaces de liberté. J’accepte la concentration si elle n’entre pas en contradiction avec le pluralisme.

Si la paie se fait à un seul endroit des 15 journaux accrochés, je peux l’entendre. Mais si on me dit que l’éditorial sera le même dans Sud Ouest que dans La Charente libre et qu’à Pau, il n’y aura plus de spécificités régionales. Est-ce au contribuable de payer ces évolutions-là ?

Contrairement à d’autres amis de ma sensibilité, je crois que c’est de l’arrière-garde de dire qu’il n’y aura pas de concentration et qu’il faut les refuser. Parce qu’à chaque refus, le journal finit par mourir. Simplement, il faut des contreparties garantissant le pluralisme. Aujourd’hui c’est le cas dans l’est autour du Crédit mutuel et dans le groupe Hersant tel qu’il est en train de se reconstituer en Normandie. Il faut juste donner de l’argent au bon endroit. La presse quotidienne nationale a reçu beaucoup pour le portage et nous ne savons pas à quoi ils l’ont utilisé ! J’ai quelques idées dans le domaine : on ne peut plus continuer à faire de l’enrichissement sans cause ((dans la PQR, ndlr)) sur du portage qui n’est pas suivi des faits.

Le constat est assez pessimiste. D’où viennent les principaux problèmes ?

La presse fançaise est plus aidée que la plupart des presses étrangères et avec un milliard d’euros on arrive à des résultats catastrophiques. On peut se dire que notre ciblage doit pouvoir être amélioré. Puisque c’est sur le milliard d’euros, la presse récréative et des tas de forme de presse en bénéficient pour les deux tiers. Est-ce normal que la presse des programmes télévisés touche autant ? Mon idée, c’est aider bien davantage la presse dite citoyenne à condition de cibler et voir ce qu’ils en font. En retirer aux uns pour donner à d’autres dans des contrats très clairs. En gros, se demander s’il est judicieux de conserver une imprimerie intégrée qui coûte X millions et de ne plus croire ceux qui nous disent que l’argent pour tel ou tel portage a permis d’augmenter le portage de 10% alors qu’il n’a même pas augmenté d’1%.

À partir du moment où on ne vérifie pas, chacun essaye de profiter des effets d’aubaine. Et puis on ne peut pas aider à la fois le portage et la poste pour un même titre ! Par contre peut-être que la presse médicale, c’est à eux qu’il faut donner beaucoup pour la Poste mais aussi leur dire “vos 5% de portage allez voir chez les Grecs !”. Puisque, quand on aide — mal — le kiosquier, le portage et la Poste, on aide trois méthodes qui se concurrencent. Une solution : que chacun vienne nous préciser ce qui l’intéresse pour qu’on puisse l’aider sur un domaine en cessant de verser les aides sur les autres. Parce qu’aujourd’hui, il faut savoir qu’on continue, y compris sur ceux dont l’objectif est le portage, d’aider à la Poste pour 10 ou 20%.

Des « pour » ? Des « contre » ?

De toute façon, il y a beaucoup de gens qui sont pour cet immobilisme : l’immobilisme est en marche et rien ne l’arrêtera ! C’est la formule typique de ceux qui ont intérêt à ce qu’il ne se passe rien en se disant que les pouvoirs publics auront la trouille et finiront toujours par donner des sous à un moment donné. Et pendant ce temps-là, on n’aura rien fait pour réfléchir et se moderniser.

Mais j’espère être capable de mettre de mon côté un certain nombre de personnes. Et comme je suis un pessimiste positif je veux positiver et dire que je n’en aurai pas besoin. C’est vrai aussi que si je fais une conférence de presse en disant que, comme rien ne bouge, je ne fais pas le prochain rapport, je peux avoir quelques appuis.

Presstalis a l’air d’être le déclencheur ou en tout cas la catalyseur d’une forme de problème au sein de la presse française. Quelle solution pourrait être apportée ?

Une seule coopérative, c’est suffisant. Les MLP ((Messageries de presse lyonnaises, ndlr)) se battent beaucoup sur le sujet, donc la première année il n’y aura pas fusion. Il faut voir si les rapprochements sont assez intelligents pour faire des économies. Mais l’idée que les MLP seraient en très bonne santé alors que Presstalis ne l’est pas est fausse : c’est bien plus compliqué que ça. Et puis ils ont pris ce qui était à peu près rentable en laissant aux autres ce qu’il ne l’était pas… Maintenant je suis prêt à reconnaitre que comme les PME il y a plus de souplesse et de choses intelligentes et qu’ils n’ont pas les problèmes historiques de 30 ans qu’ont les autres. Je ne remets pas en cause cette forme de gestion.

En fait certains éditeurs ayant menacé de passer chez MLP, Presstalis a baissé de 10% ses tarifs et on est en train de revenir — éventuellement — au prix de ce qui était avant, dans une période où il n’y aurait pas eu de concurrence. Deux coopératives en concurrence c’est aberrant. Sinon c’est un système d’entreprises. La fusion des deux, je la pense et la présente comme ça pour affoler tout le monde, mais il faut s’approcher vers ça, avec quand même quelques problèmes notamment au niveau des salaires : les salariés de MLP ne gagnent pas la même chose que ceux de Presstalis. Ils gagnent beaucoup moins et n’ont aucun avantage social. Si on fusionne ou on rapproche, on peut comprendre que les MLP soient affolées de se dire qu’il faudra s’aligner pour les salariés sur le prix le plus haut plus que le plus bas.

Et l’écrémage possible en cas de fusion ?

Si on décide que ce sont deux métiers différents, l’un pour la presse quotidienne et l’autre pour les autres formes de presse, à ce moment-là comme c’est la presse quotidienne qui coûte le plus, on aide les uns et pas les autres. Ou alors on fusionne, on réorganise et à terme il faudra peut-être supprimer 30% de l’addition des deux… Il y a plusieurs pistes. La plus mauvaise c’est de ne rien faire et de dire que ça peut continuer comme ça.

Dans l’ensemble, quelles sont vos priorités ?

Je reste persuadé qu’on ne peut pas laisser mourir la presse papier et que les aides doivent obligatoirement aller vers la presse que j’appelle citoyenne, c’est-à-dire pas forcément celle de l’IPG ((Information politique et générale, ndlr)), mais une partie de la presse quotidienne, la presse hebdomadaire et 2 ou 3 mensuels qui peuvent jouer un rôle dans la réflexion et dans la pensée. Je dis tout le temps — et ça fait hurler — mais pour Gala et Voici par exemple et toute une forme de presse récréative — au demeurant fort intéressante — je comprends moins que le contribuable soit obligé de payer. Ma revue de tennis, les yachts, c’est génial si ce sont vos centres d’intérêts. Je reste persuadé qu’on pourra sauver la presse, aider au portage, au kiosquier, aux marchands de journaux, si les sommes qu’on a là, on les donne un peu moins à d’autres.

Ce qui ennuie mes détracteurs, c’est qu’ils savent que ce sont des dossiers qui m’intéressent depuis longtemps et qu’on ne peut pas me faire avaler n’importe quoi. Une des grandes théories de ces gens-là, c’est de dire que de toute façon on ne pourra pas différencier les formes de presse. Pourtant en 1982 il y avait un taux à 2,10% et un autre à 4. Deux taux différents au sein même de la presse. Ce qui a pu être fait à un moment donné pourra l’être aussi même si c’est plus compliqué. Si Elle vient me voir aujourd’hui en me disant “je considère qu’on a des pages citoyennes” c’est plus difficile de dire non qu’à une période où les choses étaient plus classées. Il n’empêche que pour la presse spécialisée, la presse télévisuelle, cette presse récréative ce sera très simple. Parfois, il faudra qu’il y ait une commission pour trancher.

Ce taux de 2,1% pour l’appliquer à la presse en ligne c’est aussi possible et ce n’est pas une perte de substances pour l’État puisqu’aujourd’hui ça ne représente presque rien. Si ça peut même permettre au développement de la presse en ligne sachant qu’elle coûtera toujours moins chère que la presse papier, alors…

L’objectif, c’est pas de faire la révolution mais une évolution révolutionnaire. Le rôle de l’État c’est d’aider au passage d’une forme de presse à une autre forme de presse sans faire de césure trop importante. On l’a bien compris, il faudra aider encore une presse qui ne correspond plus tout à fait à la réalité mais si on continue à n’aider que les corporatismes pour que rien ne bouge ça ne me paraît pas la bonne solution.


Portrait de Michel Françaix en 2009 par Richard Ying (ccbyncsa) et édité par Owni.

La presse prend cher

Mercredi matin à l’Assemblée, le député Michel Françaix présentait les conclusions de ses travaux sur les médias et la situation de la presse française, dans le cadre des auditions et votes du projet de loi de finances 2013. L’occasion pour Owni de dévoiler le contenu de son rapport (dont une copie est présente en intégralité au bas de cet article). Critique à l’égard des aides, caustique sur les journaux papiers, il est aussi tourné vers l’avenir, qui pour le député se joue sur le numérique.

Obsolète

Sur les trois sections de la mission, le rapport sur la presse est donc à la fois le plus dense et le plus véhément. Michel Françaix est catégorique :

La mutation vers le numérique s’accélère pour toutes les familles de presse, y compris pour la PQR, qui s’y trouve d’ailleurs concurrencée et dont les recettes sur Internet atteignent désormais 10% du chiffre d’affaires. […] Dans le contexte de révolution industrielle que vit la presse, le rôle des pouvoirs publics ne doit pas être d’empêcher mais d’accompagner une mutation irréversible.

Pour le député de l’Oise, présent à la troisième journée du la presse en ligne : « l’ancien monde n’arrive pas à mourir quand le nouveau n’arrive pas à naître. » Comprendre à travers cette citation d’Antonio Gramsci (membre fondateur du Parti communiste italien, écrivain et théoricien politique), la presse papier et le régime de coopération sont obsolètes. Pour autant, la presse française est la plus soutenue.

Seulement, les aides ne permettent pas à un nouveau système viable pour la presse d’émerger et sur les 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires de la presse, 11% provient des aides à la presse. Et dans ce milliard, l’essentiel des ressources est à destination du modèle ancien, « indépendamment de toute réflexion sur leur finalité, leur pertinence et leur viabilité ». L’utilisation de l’argent des contribuables dans ce cadre laisse songeur. Le député cite l’exemple du versement des 50 centimes par exemplaire pour « retarder la mort de France Soir » et aux milliers d’euros dépensés pour permettre au groupe Hersant de garder la tête hors de l’eau.

En somme, les contribuables, par le biais des aides directes versées à la presse (hors TVA à 2,10 % pour la presse écrite, considérée comme aide indirecte), n’ont pas réussi à sauver France Soir et ont dépensé des sommes considérables pour … rien.

Ainsi, selon le parlementaire, les aides à la presse, vaste manne financière pour les journaux, en majorité papier, sont à remettre à plat et à redistribuer. Pour évaluer ce qu’elles représentent de nos jours, voici un aperçu de leur ventilation, le fonds stratégique de modernisation de la presse (FSMD) étant budgété à hauteur de quelques 33,5 millions d’euros pour 2013 :

On apprend également que certains titres bénéficient de l’aide au maintien du pluralisme dont L’humanité (3,08 millions d’euros en 2012), La Croix (2,94 millions) et Libération (2,87 millions) ; un pluralisme qui en 2012 se limiterait donc encore à l’offre du papier. Mais parmi ces aides, il en est une encore plus absurde et mal ciblée que les autres. L’aide au transport postal des journaux de presse écrite. Le député précise que « le coût de ce moratoire représente pour quatre titres de presse télévision ((Télé 7 jours, Télé star, Télé loisirs et Télé Z, ndlr)) deux fois plus que pour la totalité des titres de la presse quotidienne nationale ».

La Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) a répertorié dans un tableau en pages 28 et 29 du rapport ce que chacun touchait (passez le curseur sur les rectangles de couleur pour faire apparaître les montants précis) :

Subventions à la presse (2011)
en euros

Autre constat, les aides directes ne prennent pas en compte le super taux réduit de TVA pour la presse papier à 2,1%. Pour Michel Françaix, la répartition de la contribution publique par “famille de presse” hors aide postale et aide directes, soit les aides fiscales, bénéficient le plus à la presse magazine (35% des bénéficiaires) contre 24% pour la PQR et 15% pour la PQN. L’idée ? Cibler davantage et attribuer un taux de TVA réduit sur “la presse d’information citoyenne”. Autrement dit ni Gala ni Voici ni les magazines de golf, qualifié par le rapporteur de presse de loisirs ou ”presse récréative” et de fait pour lesquels le taux de TVA à 2,1% n’est pas justifié. Le député précise :

Le principe de solidarité qui sous-tend le système coopératif de distribution de la presse trouve déjà sa contrepartie dans l’application de tarifs postaux préférentiels qui bénéficient encore largement à la presse magazine.

Les taux de TVA différentiels appliqués en fonction de l’objet du journal, pourquoi pas. Même Bruxelles ne pourrait avoir à notifier la France d’un infraction au droit communautaire : la Belgique applique déjà un taux à 0% pour les quotidiens d’information générale et 6% sur les autres publications. Ce serait donc possible de taxer Voici à 7% quand Libération resterait à 2,1%.

Mutation

Mais le député ne se contente pas dans son rapport de parler de presse écrite et il souligne l’importance du passage au numérique pour une partie de la presse :

Il faut en avoir conscience, d’ici une dizaine d’année, peut-être moins, la presse quotidienne papier sera distancée par la presse en ligne. L’hypothèse actuellement retenue de diminution de la vente au numéro pour les quatre prochaines années est de 25%.

L’optimisme de Françaix pour le numérique fait chaud au coeur et il continue sur sa lancée d’une ode à la presse en ligne, en taclant au passage la presse papier : ”Trop occupé à tenter de préserver l’existant, le secteur oublie d’innover et de consentir les nécessaires investissements d’avenir”. Dommage pour les pros du secteur mais il est possible d’enfoncer le clou un peu plus loin en expliquant que les aides à l’investissement sont ”trop souvent des aides déguisées au fonctionnement”. 20 millions d’euros sur presque 1,2 milliards d’aides pour l’aide au développement de la presse en ligne. Un tout petit rien.

Parmi les obstacles restant, la TVA à 19,6 pour la presse en ligne est l’un des points qui vaut l’ire de Michel Françaix. Le même contenu sur un support différent devrait être taxé de la même manière, par souci de ”neutralité technologique”, explique le député.

Le fonds stratégique, grand lésé

Considéré par le rapporteur comme étant l’élément clé de la réforme des aides à la presse, le fonds stratégique n’est que que la fusion de « de trois fonds au sein d’un fonds, qui comporte trois sections correspondant aux fonds fusionnés ». Effectivement, pour une réforme de grande ampleur, soulignée en juin 2009 par le rapport Cardoso à la suite des États généraux de la presse, la fusion manque d’envergure.

Le fonds d’aide au développement de la presse en ligne fait partie des plus lésés du projet de loi de finances 2013 mais, si le bilan est mitigé, le ciblage des aides est ”très discutable”. Manque de transparence dans les critères d’attribution de l’aide selon le rapporteur sur le projet de loi de finances 2011 et ouverture du fonds SPEL en 2009 avec une enveloppe de 20 millions d’euros ”sans aucune réflexion préalable, ni sur son montant, ni sur son ciblage”. De quoi calmer les ardeurs des défenseurs des subventions sous perfusion, puisque le député assassine clairement le fonds et son fonctionnement :

Il en est résulté un guichet supplémentaire et un saupoudrage inéluctable des crédits. Surtout […] les dépenses éligibles comprenaient des dépenses de fonctionnement, en particulier les salaires bruts des journalistes affectés au numérique. Ont ainsi été inclus dans le champ des dépenses éligibles des salaires de rédactions entières “réaffectées” du “papier” vers le “web”, ce qui a donné lieu à un important effet d’aubaine et gâchis d’argent public.

Avec son rapport, on dirait bien que Françaix compte mettre un coup de pied dans la fourmilière. Reste à voir si la portée des constats est à la hauteur des attentes du député. Et d’une partie de la presse.


Plf 2013


Photo du kiosque par Raph V. [CC-byncsa] remixée par Ophelia Noor pour Owni /-)

Petite presse en ligne deviendra grande (#oupas)

La journée de la presse en ligne du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) commence tout juste ce matin et compte bien mettre sur la table l’inutilité des aides et subventions à la presse, notamment à travers un manifeste pour un nouvel écosystème de la presse numérique. Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, était quant à elle auditionnée mercredi sur le projet de loi de finances 2013 (PLF 2013) à la Commission des affaires culturelles. Et si beaucoup des questions et des réponses ont tourné autour de l’avenir de France Télévisions ou du budget rogné de la Hadopi, seul Michel Françaix, le rapporteur de la mission Médias, Livre et industrie culturelle, option rapport sur les médias, glissait quelques mots sur « le problème de la presse en ligne ». Et expliquait que la presse (en général) rencontrait des difficultés depuis 30 à 35 ans, quand les aides, elles, augmentaient de plus en plus. « On a jamais donné autant d’argent par rapport au nombre de journaux vendus cette année », expliquait le rapporteur.

Petite presse en ligne dans le PLF 2013

L’idée pour Michel Françaix : recentrer les aides vers ceux qui en ont besoin et redéfinir le taux de TVA selon les types de presse, qu’elle soit citoyenne ou qu’elle soit « autre ». Avant que le rapporteur ne livre ses conclusions la semaine prochaine, nous avons épluché le volet « aides à la presse » du projet de loi de finance 2013. Le principe des aides à la presse, en ligne ou papier, repose sur une volonté du gouvernement précisée dans le projet de loi de finances 2013 :

S’agissant du secteur de la presse, la stratégie de l’État poursuit deux objectifs fondamentaux : le développement de la diffusion de la presse et la préservation de son pluralisme et de sa diversité.

Aider la presse à coups de versements d’aides et de crédits de quelques millions d’euros pourrait être l’intention la plus louable possible. Seulement comme Vincent Truffy (journaliste pour Mediapart) le montrait sur Owni en décembre 2010 dans l’application « Le juste pris », deux ans après les états généraux de la presse écrite, des députés constatent que les éditeurs de journaux se sont, le plus souvent, contentés d’aller à la pêche aux subventions sans remettre en question leur fonctionnement.

Faire l’économie d’une remise en question du fonctionnement est sans doute plus simple pour les éditeurs de presse. La presse, qu’elle soit papier ou numérique, est notamment aidée par les injections de milliers d’euros du fonds stratégique de développement de la presse, le FSDP. (( Réunion du fonds d’aide à la modernisation de la presse – FDM – et du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne – SPEL – ))

En 2013, ce sont donc 516 millions d’euros en autorisations d’engagement et en crédits de paiement qui sont budgétés (( Paiement effectif des dépenses engagées par une administration une fois que la prestation est réalisée )), les aides directes étant 22% plus élevées après les États généraux de la presse de 2011.

Dans le détail, l’AFP recevra 119,6 millions d’euros (en hausse de 2 millions par rapport à 2012). S’ajoutent 19,7 millions pour accompagner la modernisation sociale de la fabrication de la presse quotidienne et 4 millions pour la modernisation des diffuseurs. Et encore 18,9 millions pour l’aide à la distribution. Le plus gros poste : 320 millions d’euros pour le plan d’aide au développement du portage, l’aide à la SNCF pour le transport de quotidiens et 12 millions pour le pluralisme des quotidiens nationaux à faibles ressources. Dans ces 320 millions, il faut aussi compter sur les 249 millions pour l’aide au transport postal de la presse dont une compensation du manque à gagner pour La Poste de 32,4 millions.

Les 33,5 millions pour la modernisation et la presse en ligne paraissent bien petits dans les répartitions.

L’ancien fond SPEL, aujourd’hui section II du FSDP, va donc profiter de quelques milliers d’euros pour aider la presse en ligne. Ce qui pour Maurice Botbol, président du Spiil – qui organise aujourd’hui la 3e journée de la presse en ligne – et fondateur du groupe de presse Indigo (publiant entre autres La lettre A) n’est pas le problème de fond. La position du Spiil sur le sujet est claire, il faut supprimer les aides directes (subventions) qui sont, selon lui :

contre-productives, inefficaces et qui n’ont jamais été aussi élevées, comparées au nombre de lecteurs. Le système est à bout de souffle et il faut le réadapter. Inutile de continuer les aides sous perfusion.

Pure players dans la jungle

« Le fonds SPEL, en 2012, c’est un peu moins de 10 millions d’euros, les aides à la presse en ligne ne représentent presque rien, quand l’ensemble avoisine le milliard », précise le fondateur d’Indigo. Et dans ce même fond, moins de 5% des aides est distribué aux pure players, c’est aussi parce « qu’ils n’ont pas l’habitude de remplir des dossiers d’aides contrairement à la presse traditionnelle ». Le montant maximum des subventions d’un pure player ? 200 000 euros. Contre 1 million à 1,5 million pour la presse papier.

Autre cause de cette moindre attribution, les délais de réponse. « Les délais sont longs par rapport au rythme du numérique. Et les demandes peuvent se dérouler sur 6 à 8 mois parfois ». Dernier frein mais non des moindres, le fonds SPEL refuse de subventionner le développement interne :

Ils exigent que le développement logiciel soit sous-traité. Or ne pas faire appel à un prestataire est rédhibitoire. Sauf que les pure players ne vont pas faire appel à des SSII alors qu’il est possible de le faire en interne !

Au FSDP, on confirme, « les dépenses internes n’ont jamais été prises en compte ».En plus de ce fossé entre le fonctionnement d’un pure player et l’administration chargée de distribuer les subventions, il reste ce petit détail de l’application de la TVA à 19,6 pour les pure player contre 2,1 pour le papier. Taxer différemment un contenu parce que le support de lecture n’est pas le même, une des meilleures façons d’appuyer ce que pérorent les réfractaires au journalisme web ou comment dire : si c’était vraiment la même chose, sous-entendu « aussi bien », il n’y aurait aucune différence.

Rappelons qu’Aurélie Filippetti déclarait dans Polka en juillet dernier :

Si la presse abandonne la qualité, il n’y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n’est éditorialisé.

Selon les administrations, ces aides indirectes – un taux très bas pour la presse papier – ne pourraient pas être applicables à la presse en ligne. Nicolas Sarkozy, lors des États Généraux de la presse en janvier 2009, déclarait que la France « allait poursuivre le travail de conviction engagé de ses partenaires européens pour que les taux réduits de TVA soient étendus à la presse en ligne ». Une directive européenne de novembre 2006 [pdf] précise que les taux de TVA ne peuvent être inférieur à 15% au sein de l’Union européenne, à quelques exceptions près notamment le taux de TVA à 2,1% de la presse papier. Ou le livre à 5,5 ou 7%.

En novembre 2011, la Commission européenne attirait la France vers le taux réduit pratiqué sur le livre numérique (le même que pour les livres papiers). Début juillet 2012, la Commission ouvrait une procédure contre la France et le Luxembourg pour infraction au droit communautaire. Taxer différemment un même contenu selon le support sur lequel il est lu semble pour certains éditeurs de presse (Arrêt sur images, Médiapart et Indigo) assez aberrant pour appliquer le taux réduit à 2,1% sur les ventes de leurs productions numériques. Avec pour argument les principes de neutralité fiscale et technologique. Maurice Botbol explique : « deux produits équivalents ne peuvent pas subir deux taux de TVA différents ». Raison pour laquelle il applique le taux de TVA réduit.

Mais visiblement, du côté des députés français, on s’active et un amendement au PLF 2013 [pdf] a été déposé le 4 octobre dernier. Il a notamment pour objet :

de faire bénéficier la presse en ligne du taux « super-réduit » de TVA actuellement appliqué à la presse imprimée. Actuellement, le taux de TVA appliqué à la presse imprimée est de 2,1 %, tandis que les services de presse en ligne se voient appliquer le taux « normal » de 19,6 %. Or, l’égalité de traitement fiscal est nécessaire pour accompagner la migration de la presse imprimée sur les supports numériques ainsi que l’émergence d’une presse exclusivement en ligne.

Un moyen de réduire la fracture entre la presse en ligne et presse papier.


Photo de Visualpun.ch [CC-bysa] et photo d’Aurélie Filippetti par Richard Ying [CC-by-nc-sa] remixées ~~~=:) ONoor