Le rapport qui amnistie Areva

Les affaires d'espionnage d'Areva et de sa présidente dépassent la simple récupération de factures détaillées. Et une autre enquête met à mal un cadre de la société lors du rachat d'UraMin.

Mine d'uranium
Un rapport daté de mars 2010 de la société de conseil suisse Assistance Petroleum International Capital, récemment découvert, dédouane la direction d’Areva à propos de l’acquisition de la société UraMin. Les commanditaires de ce document cherchaient à évaluer le bienfondé du rachat d’UraMin – une entreprise à capitaux canadiens mais immatriculée aux Îles Vierges britanniques, et dont le fondateur Stephen Dattels traîne une réputation de « spécialiste des coups en Bourse« . Selon ce rapport, un cadre supérieur d’Areva, dont le nom est cité plusieurs fois dans le dossier, serait seul responsable des mauvaises évaluations de la valeur d’UraMin.

Cet homme – ainsi que sa fille gérant une société minière basée à Dublin – a fait l’objet d’opérations de surveillance de la part d’Alp Services, la société de renseignements privée qui espionnait à la même période Anne Lauvergeon et son mari. Le cadre d’Areva aurait intentionnellement transmis de fausses informations à l’ex-présidente d’Areva pour provoquer cet achat.

À l’époque, Anne Lauvergeon avait besoin de sécuriser l’approvisionnement en uranium du groupe et cherchait un conseiller pour racheter des mines en Afrique. C’est là qu’en 2006, elle aurait recruté ce banquier franco-belge. Deux autres sociétés étaient également en lice pour être achetées, plus chères mais exploitées, contrairement à UraMin, qui ne disposait pas encore de permis d’exploitation pour certaines de ses mines.

Marc Goua, député du Maine et Loire et chargé par Jérôme Cahuzac, président de la Commission des finances de l’Assemblée Nationale d’enquêter sur les finances de la filière nucléaire française, avance à tâtons sur cette acquisition troublante d’UraMIn :

Ce qui parait probable, avec tout les bémols possibles, serait que [le responsable d’Areva en question] ait mené les négociations tout seul et que du côté d’Areva et de l’Agence des participations de l’État (APE), il y ait eu un manque de vigilance. L’APE avait refusé une participation dans une mine en Australie quelques années avant, alors que l’opération aurait pu être une belle opération.

Le dossier, truffé de fausses informations, transmis à Anne Lauvergeon pour l’acquisition de la petite société minière, n’est pas le seul point noir de cette affaire. Ainsi, rien n’explique encore pourquoi l’expertise faite par SRK Consulting à la demande d’UraMin pour convaincre Areva de la racheter, n’ait donné lieu à aucune contre-expertise, ni du côté d’Areva, ni du côté de l’APE, pourtant régulateur des acquisitions.

L’ancien patron d’UraMin, Stephen Dattels, déclarait dans un communiqué de presse, disponible sur le site du groupe Areva :

« Je voudrais remercier les membres du Conseil d’administration, le management et l’ensemble des collaborateurs d’UraMin pour leur extraordinaire contribution depuis la création de la société en 2006. Leur travail et leur vision ont permis la création de plus de 2,5 milliards d’US$ de valeur en un peu plus de deux ans, faisant ainsi d’UraMin l’un des plus grands succès du secteur minier ».

Depuis le rachat par Areva en 2007, le succès de la société minière est à relativiser : UraMin n’a toujours pas été en mesure de générer le moindre bénéfice, et elle ne le pourra probablement jamais le faire.


Tour de mine d’uranium par Gael Martin via Flickr cc-byncsa

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