Vidéo futur et la Fnac, une même cible mais deux stratégies

Le numérique a l’air d’avoir tué bon nombre de choses. Amazon truste ainsi les ventes physiques des libraires et le piratage amoindrie les ventes de films en DVD. Sauf que si la première assertion peut de défendre – article un jour à venir – la seconde beaucoup moins. De nombreux exemples permettent de corroborer la chose. À commencer par ceux de la Fnac et de Vidéo futur. Leur point commun ? Les deux entreprises arrivent tard sur deux marchés déjà bien occupés par d’autres acteurs. Leurs différences ? Le premier a toutes les chances de réussir et a un bon timing alors que le second – on espère pour lui que ça va marcher – a tardé à communiquer.

La FNAC surfe sur le streaming

La FNAC propose depuis peu Fnac Jukebox, un abonnement du type Deezer ou Spotify, aux ménagères et bons pères de famille. Malin puisque l’enseigne en sérieuse perte de vitesse et obligée de vendre des aspirateurs dans ses rayons jusqu’alors dévolus aux produits culturels est en train de se servir de sa base de fidèles acheteurs – en magasin ou via Internet – pour développer une activité dérivée directement de ce qu’elle vend.

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Deux types d’abonnements sont proposés et ce à des prix similaires a ceux du marché : l’un simple est à 2 euros pour 200 titres et l’autre grimpe à 4,99 euros pour de l’illimité. Un ajout de 5 euros est nécessaire pour pouvoir apprécier la mobilité. Classique en terme de prix donc. Non seulement elle ne souhaite pas casser les prix déjà bas des concurrents (une poignée d’euros associés a un forfait téléphonique chez Orange par exemple) mais en plus elle arrive tard. De loin ça ressemble a un double handicap duquel on pourrait rire. Sauf que parmi la population combien de non abonnés à de la musique en streaming connaissent Deezer ? Et combien connaissent la FNAC ? La cible de l’enseigne n’est vraisemblablement pas la même. Certes elle arrive tard, mais sur le marché il lui reste a conquérir les non-initiés. Et c’est ici que c’est « malin » Le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) chiffre le marché français à 35,8 millions d’euros et – seulement ! – un million d’abonnés streaming. La Fnac avec ses « quelques 3,5 millions de personnes qui possèdent une carte Fnac, qui sont des clients réguliers de l’enseigne, dont les goûts musicaux sont parfaitement connus, représentent une cible toute trouvée pour cette offre » à de quoi voir venir.

Retard à l’allumage pour Vidéo futur

Autre configuration pour Vidéo futur qui semblait pourtant détenir une solution pour convertir ses abonnés ou initiés physiques en numérique : la même stratégie que la Fnac mais version DVD. Présent dans de nombreuses villes et petites villes, Vidéo futur est une enseigne qu’on aurait tort de sous-estimer en tant que marque. Pourtant un certain nombre de points de vente physique (sur les 400 en 2002ont fermé les uns après les autres. 497588307_9f4e7e4ea7_z Depuis 2009, Vidéo futur semblait proposer un catalogue de streaming et location de vidéo en ligne mais a souhaité sortir une box – putain de bonne idée ! – au moment où Netflix parle de débarquer vraiment (en dehors de rumeurs qui circulaient depuis un moment) sur le territoire national. Une réaction à ou une simple coïncidence ? On ne le saura jamais. Pour autant, la trace de l’offre – solide – de Vidéo future remonte à juin 2011 : le Pass Duo à 6,99 euros par mois proposait de la VOD et aux DVD à la location (une enveloppe affranchie suffisait à retourner le DVD). En somme Netflix en France il y a trois ans.

Nombreux sont ceux qui pourtant dans la cible ont l’air d’avoir appris l’existence de cette offre longtemps après sa mise en service. Mauvaise communication ? Technique pas au point ? Volonté d’attendre le « bon moment mais on sait pas encore lequel » ?

On espère que ceux qui dans les petites villes étaient familiers du Video futur du dimanche soir seront plus sensibles à Vidéo futur qu’à Netflix, à catalogue et service identique. Ou ils se seront vraiment plantés et ce malgré leur changement de slogan : en 2013, « N’attendez pas que ça passe à la télé !  » est devenu « Toute la presse en parle ». On espère.

(contacté, Vidéo Futur n’a pas encore répondu)

Illustration Paternité Certains droits réservés par mikebaird et Michael Dawes

[DATA] Les aides à la presse, version 2012

Les aides à la presse pour l’année 2012 ont été publiées sur le site du Ministère de la culture.

Pour un aperçu plus pertinent concernant les aides par titre, cliquez sur l’onglet « par exemplaire ».
À ce titre l’on découvre que l’Humanité, dont l’État vient d’annuler la dette (4 millions donc) est l’un des journaux les plus subventionnés : 53 cts par numéro pour l’année 2012 quand le numéro est à … 1,4 euro.
À relativiser avec d’autres titres compte tenu des tarifs de vente, exemple avec le Nouvel Observateur qui par numéro « reçoit » 34 cts pour un prix de vente à 3,80 euros. 2 euros pour Le nouvel économiste quand l’aide est de 80 cts.

Lire la suite de « [DATA] Les aides à la presse, version 2012 »

Internet, ce sacré couteau suisse

Il y a peu de temps l’Internaute – l’utilisateur d’Internet donc – pouvait lire que « notre mai-68 numérique » était devenu « un grille-pain fasciste ». Internet, en dehors d’être la tartine au milieu du grille-pain ou le grille-pain lui-même, #quandjaicompris, est aussi une sorte de gigantesque couteau suisse multifonctions. Or, il s’avère que selon l’endroit où l’on se trouve le couteau suisse n’a pas les mêmes fonctions et, pire, quand vous voyagez au sein même de l’Union européenne, le tire-bouchon peut ne plus fonctionner tout court. Parce que vous avez dépassé les frontières légales de l’utilisation de votre couteau suisse. Retirons à ça quelques fonctions non ternies par les frontières, à savoir votre boite mail Gmail ou Yahoo entre autres et les réseaux tels que Facebook, Twitter etc. Qui malgré le mercantile de la chose, restent la lime à ongle ou le cure-dent dudit couteau.

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La plupart du temps, vous ne vous rendez pas compte que les frontières rendent certaines fonctions de votre couteau suisse inutilisable. C’est en étant amené à vadrouiller hors des frontières physiques qu’on se rend compte que oui, Internet a aussi des frontières DIGITALO-NUMÉRIQUES.

Clips partout, argent nulle part !

Quelles fonctions a ce couteau suisse ? Il vous permet de faire des recherches d’itinéraires piétons ou métro ou bus. Il vous permet de communiquer avec vos proches quand ils sont loin. Il vous permet aussi d’acheter sur Le bon coin un téléphone portable quand le votre vient de rendre l’âme. Aussi, il vous permet de vous distraire. En somme il vous facilite quelque peu la vie.

Imaginons. Vous passez quelques temps à la frontière française. Prenons la Belgique. Vous voulez regarder un super clip qu’un de vos amis vous a pingué sur Twitter (pour ma mère : un copain m’a envoyé un lien qui, quand on clique dessus, m’amène à un morceau de musique sur Youtube). Vous avez Y chances sur X = Z, Z étant la probabilité, de tomber sur un clip non géo-bloqué. Soit si Y = 1 et X 3, Z=0,33. En restant simple, une chance sur trois de pouvoir lire le lien. Sauf que votre outil n’est pas configuré par vous-même mais par des ayants droit d’ayants droit.

Vous ne déterminez jamais tout seul votre chance de pouvoir ouvrir cette bouteille avec ce tire-bouchon du couteau suisse. Déçu vous êtes obligé de mettre un marque page sur merveilleux clip pour penser à y revenir au moment de votre retour en France. Certains trouveront ça normal. D’autres pas. Ces « d’autres pas » ont trouvé des moyens de contourner les frontières de votre couteau suisse. On peut connaitre les ficelles, mais s’en servir reste parfois complexe.

Peut-être que l’impression d’absence de frontières n’aide pas à prendre conscience des droits territoriaux, sans doute même. Mais dans ce cas, puisque nous n’avons individuellement aucune prise sur la négociation de ces mêmes droits, il manque une mention « Attention profitez-en, on a négocié des droits avec untel ou unetelle, on sait pas qui paye et on sait pas qui va être payé tellement le système est complexe, et du coup c’est valable seulement en France ».

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Non seulement l’accès  à votre outil est géré par d’autres personnes que vous mais en plus on vous accuserait presque d’être « obligé » de pirater : la récente décision de bloquer Allostreaming en France et de le déréférencer du Google.fr est symptomatique. Vous n’avez pas accès au même contenu que vous soyez ici ou là. Votre couteau suisse utilise (enfin vous utilisez une fonction moteur de recherche) quelque chose qui là encore n’est pas configuré par vous mais par une entreprise. Google souvent pour les moteurs de recherche, mais aussi Yahoo! et Bing. Pourtant, il existe des équivalents, peut-être un peu moins séduisant que l’algorithme de Google, certes. Mais là encore, les récentes ou moins récentes modifications des fameux géants du web font que la sérendipité n’existe plus : logué sur votre compte Gmail / Google, vos résultats sont déterminés en fonction de qui vous êtes et de vos précédentes recherches. L’ensemble des modifications tend à refroidir certains et certaines mais pas encore suffisamment.

Votre couteau suisse est un véritable outil de travail et de loisir : vous prenez des notes sur votre bloc-notes numérique, vous communiquez avec des collègues via mails ou chat, vous mettez votre playlist musicale à l’apéro le vendredi soir et vous surfez sur les réseaux à la recherche d’articles intéressants à lire. L’ensemble est fabriqué par les internautes – vous êtes le produit, le contenu, les données – et modelé par les états et entreprises. Vous vouliez regarder le dernier clip d’Untel ? C’est presque mort.

Et ma grand-mère, blablabla.

Là où fondamentalement la distorsion entre le marché (Internet aujourd’hui) et l’outil devient terrible pour Internet, c’est que soit on ne s’en rend pas compte soit on contourne ces limites. Finalement quelle est la meilleure solution ? Être obligé de passer par des chemins détournés ou laisser tomber.

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Ne pas s’en rendre compte, c’est ne pas essayer d’aller chercher une série US en streaming parce qu’elle sort deux ans après en France. C’est aussi ne pas aller en pays francophone et frontalier pensant avoir accès aux mêmes choses que vos petits camarades en France. Ne pas s’en rendre compte c’est ne pas avoir eu l’occasion de se confronter à un système ubuesque pour lequel vous payez des droits que vous ne pouvez pas embarquer avec vous. C’est comme le bon vieux temps des CD musicaux ou DVD que vous ne pouviez (pouvez ?) plus lire dans votre lecteur graveur de DVD ou ordi avec lecteur graveur parce que le CD ou DVD étaient protégé contre la gravure. On ne sait jamais avec l’internaute, dès fois qu’il voudrait faire un marché noir de La petite sirène offert à sa nièce pour quand elle est chez lui. C’est un peu laisser tomber mais pas parce qu’on a pas envie, plus parce qu’on ne sait pas.

Passer par des chemins détournés suppose de s’y connaitre a minima. Arrêtons de croire que, comme le fameux « hacker » du sondage du Grand Soir 3, nos grand-mères pourraient le faire.

Dans dix ans peut-être que les grands-mères pourront. Ou peut-être pas. Notre vision est déformée par l’endroit où nous vivons et le milieu dans lequel nous vivons. Donc passer par des chemins détournés suppose soit d’être très curieux et d’avoir du temps, soit d’appartenir déjà à un milieu qui s’y connait. Pensez-vous vraiment qu’en dehors des milieux urbains CSP/CSP+ les internautes se posent la question de savoir qui a décidé quoi et comment ?

Pour que l’ensemble des internautes, et de fait l’ensemble de la population française, ayant un accès à Internet, ait l’impression que son couteau suisse est universel et qu’il peut effectivement s’en servir partout, il faut qu’il soit informé, sensibilisé. Comment, je n’en sais fichtrement rien. Mais ça suppose d’être didactique et de montrer, chacun, nous, pourquoi c’est important de laisser le moins possible aux plus puissants à la fois nos données et  la fois la configuration de notre couteau suisse. Ça implique que quand on est face à un problème, qu’on fasse appel à un ami qu’il nous montre et qu’on fasse ensuite circuler l’information. Un peu comme quand vous allez vérifier deux ou trois trucs sur certains forums et que vous parvenez à sauter par dessus l’obstacle. Et là, peut-être qu’Internet tel que je l’ai connu il y a 17 ans redeviendra ce qu’il a été à ce moment-là : un formidable outil d’ouverture et de communication – établir une relation avec autrui.

Illustrations FlickR CC By-nc-sa Bulbocode909 et Elsa

Relecture attentive @Reguen

Une semaine de liens #9

Une nouvelle semaine s’achève. Chargée et riche en informations – vivement la trêve des confiseurs. Au programme de cette semaine de liens, une étude sur le taux de pénétration de Twitter à travers le monde, un point sur la technique utilisée pour la séquence de Stromae au Grand Journal, un autre encore sur l’utilisation du terme tireur fou par les médias et autres intervenants et enfin une vidéo à voir sur la 4G et les opérateurs téléphoniques. Sans oublier une interview de Pierre Coffin, un nouveau blog sur Paris et une mise au point sur la bande dessinée sur la pêche en eaux profondes.

Point #Twitter

PeerReach pour Mashable vient de livrer une étude sur le taux de pénétration de Twitter dans le monde : nombre de personnes qui twittent au moins une fois par mois ramené à celui de la population connectée. Rappelons qu’un être humain sur cinq utilise un réseau social. Et grande surprise, c’est l’Arabie Saoudite qui se retrouve en première place avec un taux à 33%. Pour les États-Unis, ce taux est de 11%, derrière les Pays-Bas, la Grande Bretagne, L’Argentine et l’Indonésie entre autres. La France est à 4% et a du chemin à faire.

Point #Stromae

La prestation de Stromae au Grand Journal a déclenché une salve de partages sur Facebook et Twitter (peut-être ailleurs, certes) et 7sur7.be raconte comment dans La nouvelle édition le tournage a été raconté. Quatre heures de tournage et trois jours de montage ont permis à Stromae de se dédoubler. Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

 

La performance de Stromae n’est pas sans rappeler celle de Guillaume Gallienne dans « Les garçons et Guillaume à table », par ailleurs à voir.

Paris n’est pas toujours magique

Un nouveau né dans l’univers des blogs dédiés à la Capitale et à ses moyens de manger (pour cher), avec une ligne éditoriale inverse à celle de la plupart des autres sites : Paris est à chier dissèque les endroits où il ne faut pas aller. En termes de droits, risques, etc etc, on ne sait pas si l’auteur peut se retrouver en procès pour diffamation mais l’idée est assez bonne. Après tout, on encense les uns pourquoi pas descendre les autres ?

Point #tireurfou

La semaine dernière, un tireur qui a depuis été arrêté donc, s’en était pris à BFM puis à Libération et enfin s’était retrouvé devant le siège de la Société Générale à la Défense. Prise d’otage puis volatisé dans Paris, il a fait les couvertures de médias pendant au moins trois jours. Pascal Riché remet à plat et questionne la notion d’appellation « Tireur fou » avec notamment une remarque :

Si le type avait été arrêté, on ne parlerait pas de « tireur fou », mais simplement du « tireur de Libération ». Dans « tireur fou », il y a l’idée qu’il court dans les rues, qu’il tire au hasard et qu’il peut tuer n’importe qui. Vous par exemple, qui lisez ces deux mots. Ensuite, « tireur fou » laisse penser que le comportement de cet homme n’a pas de cause, n’a pas d’explication. Il est supposé blanc : est-ce pour cela qu’on ne lit jamais le mot « terroriste » (qui n’aurait pas été plus approprié) ? Le mot « fou » gomme tout contexte.

Point #minion

Pierre Coffin, l’homme qui a co-réalisé « Moi, moche et méchant », opus 1 et 2, et qui est à l’oeuvre pour sortir « Les minions », a accordé une interview à Télérama.

Cette popularité instantanée couronna un savant brainstorming. « Au départ, les Minions étaient des trolls, une armée de gros balèzes, raconte Pierre Coffin. Mais nous avons préféré nous éloigner de la ressemblance humaine. Nous sommes passés par tous les stades, jusqu’au crapaud jaunâtre à grosses lunettes. Finalement, j’ai pensé qu’il fallait se concentrer sur l’expression, les yeux et la bouche. Et c’est devenu ce bonhomme très simple, un peu à la japonaise. »

Point ONG-Bande dessinée

Vous n’avez pas pu passer à côté : Pénélope Bagieu illustrant les données de l’ONG Bloom sur la pêche en eaux profondes. Gros succès, la pétition associée à la bande dessinée de la blogueuse recueille aujourd’hui près de 600.000 signatures. Bon coup de pub pour le combat de Bloom. Et pourtant, quelque chose titille, quelque chose qui dirait : le partage des données d’une ONG – un lobby donc – doit être fait en toute conscience que ce sont des données partielles. Brutes, elles n’ont été vérifiées ni même contredites. Après, il ne s’agit pas d’un travail journalistique (vérification de chacun de faits et confrontation des propos des acteurs sur le sujet) mais n’empêche ça manque d’un logo de Bloom en haut et en bas de la bande dessinée. TerraEco s’est interrogé sur les différentes données de la BD. À découvrir.

La vidéo de la semaine

Sans conteste la vidéo de la semaine c’est celle de Complément d’enquête « Téléphones portables : l’envers du réseau » sur la 4G et la qualité des réseaux. Pas plus de teasing, elle est très instructive et commence à confirmer ce que beaucoup pensent.

Sur ce, bon dimanche soir !

Illustrations Flickr CC By-nc-sa par Garett Heath

 

Une semaine de liens #8

C’est reparti pour une nouvelle semaine – qui comme d’habitude sur ce blog n’arrive jamais au même moment dans la semaine.

Point #InternetdansleTGV

Internet dans le TGV, on en rêve et … on est donc pas prêts de voir arriver une connexion stable en Wi-Fi dans nos chers trains. Le Thalys propose une offre comprise dans le prix de certains billets mais si les prix des billets pour les eurodéputés et autres clients du Paris-Bruxelles rentabilisent le cout, ce n’est pas le cas de tous les trajets « nationaux ».

Pourtant – c’est PcInpact qui le raconte très bien – en octobre 2010, la SNCF promettait monts et merveilles avec un magnifique pack de connexion à bord de ses trains. Expérimenté sur le TGV est, le service coutait 350.000 euros pour chaque TGV.

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Une semaine de liens #7

Cette semaine, un point sur les usages numériques qui évoluent encore – on le savait mais des chiffres sont toujours bienvenus et un autre sur la consommation de culture.

Point #culturenumérique à la Commission européenne

La Commission européenne est toujours – à peu près – active dans l’affaire qui les oppose à Google. Dernière demande en date : que les propositions de la firme US soient « soumises aux commentaires des plaignants ». L’étape avant de trancher, trois ans après ? Quoi qu’il en soit, Google risque une amende au maximum égale à 10% de son chiffre d’affaires.

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Twitter affiche les photos dans le flux

Les dernières évolutions visuelles de « l’outil de microblogging » ont été plus ou moins visibles pour chacun des utilisateurs et utilisatrices du réseau. Après les lignes rouges entres les différentes réponses à une même conversation – auxquelles on se fait tellement qu’on finit par ne plus les voir – voici venues les photos visibles par défaut directement dans la TL.

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Avant, on pouvait cliquer ou non sur le lien selon qu’on avait envie de cliquer ou pas. Maintenant, la mention #NSFW ou autres ne sert plus à rien puisque de toute façon si vous parcourez votre TL sur Twitter.com, les photos sont affichées d’emblée.

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Et c’est aussi parfois très chargé. (capture d’écran : toute la page, de haut en bas)

Outre le côté maintenant très imagé de Twitter et les nombreuses infos sous un seul et même tweet qui peuvent amener à perdre un peu de vue l’origine du site – « un tweet, 140 caractères » = du texte, un lien (photos ou articles ou autres) » -, ça pose vraiment la question de l’affichage des photos sans consentement de celui qui déroule sa TL. À moins que Twitter ne les filtre ?

De la 3G congestionnée à la 4G ?

La 4G arrive, on l’entend ramper le long des ruelles sombres des grandes villes françaises et elle promet monts et merveilles. Longtemps que la médiatisation d’une nouvelle offre n’avait pas eu lieu. Juin 2000 en Allemagne et janvier 2001 en France, on parlait de la téléphonie du futur et de l’Internet mobile, c’était la 3G ou les licence UMTS (la 4G était déjà brièvement évoquée par les Japonais). Concernant la 4G, il est encore un peu tôt pour se prononcer. En revanche, dans les zones comme Paris, c’est bien le moment de parler de la qualité assez mauvaise du réseau 3G et téléphonique.

Paysage en croissance

Depuis une dizaine d’années, le paysage des consommateurs de data sur portable a radicalement changé : 10 millions d’abonnés 3G en décembre 2004, 14 millions en 2009, 21 millions en 2011 et 33,4 millions au premier trimestre 2013. Le nombre d’abonnés 3G a été multiplié par trois en dix ans. Selon le régulateur français des télécoms, l’ARCEP, la couverture par les trois opérateurs historiques est proche de 100%. Mais en pratique le constat est tout autre, la couverture théorique est là oui, le reste « ça dépend ».

Paris, Avenue Secrétan le 1er octobre

D’une ville à l’autre et d’un quartier à l’autre – voire d’une rue à l’autre -, le même réseau est capté différemment selon la couverture. Question de nombre d’antennes, donc de congestion : les cellules chargées de faire transiter les signaux des appareils ne sont plus en mesure dans les grandes villes, en tout cas dans Paris, d’absorber la totalité des demandes, notamment en ce qui concerne la 3G.

Historiquement les opérateurs à culture majoritairement telcos ont fonctionné dans une culture de circuit et de communication de personne à personne, majoritairement la voix. Le mode par défaut du GSM ? Le circuit switched data pour envoyer des SMS et surfer sur Internet en WAP. Un débit très faible – 9,6 KBits – qui a ensuite évolué vers le HSCSD utilisé pour la connexion en Edge et UMTS (3G). Le défi relevé du passage à la 3G / GPRS a amorcé le fonctionnement par paquet et, de fait, a montré à quel point les opérateurs pouvaient être au niveau : le système est complexe à mettre en place.

Alors que les consommateurs le ressentent à peine, les appels sont à présent passés grâce à un système de voix en haute défintion (AMRWB) avec lequel la largeur de bande est étendue. Idée majeure : élever la qualité c’est aussi limiter l’impression de dégradation de la qualité en cas de problème sur le réseau. Logique implacable.

Bascule technologique et changement des modes de consommation

Et la sortie du premier iPhone bouscule tout : 2G en 2007 aux États-Unis et quelques autres pays dans le monde – novembre de la même année en France -, il est rapidement suivi d’un iPhone 3G-compatible en juillet 2008. Une vraie bascule technologique pour Yann Rousse, professionnel des technologies mobiles, qui raconte :

Un ingénieur de RIM a récemment témoigné de ce qu’ils avaient ressenti au moment de l’annonce de la sortie de l’iPhone. De l’incrédulité. À l’époque, aucun fabricant ne pensait qu’Apple serait capable de faire ça.

Un plus grand nombre de gens a eu accès au réseau 3G. Pour Yann Rousse, “Il faut se rappeler que la 3G n’avait été initialement lancée qu’avec, comme critère différenciant pour les opérateurs, les appels en visiophonie et une vague augmentation des débits”.

Les consommateurs sont datavores même quand ils n’ont pas leur smartphone dans la main, sur Androïd comme sur iPhone.

Paris, Gare du Nord le 30 septembre

Et les antennes actuellement installées sont équipées de cellules suffisamment grandes pour couvrir un grand nombre de personnes sans avoir énormément de cellules à poser. Pour Free par exemple, une centaine d’antenne peuplent Paris quand elles sont un peu moins de 400 pour Orange qui sert aussi aux clients du premier.

Des macro cells – forte puissance – sur les toits de Paris absorbent toute la consommation mais dans certaines zones denses aux heures de pointes ou tout au long de la journée – les gares et autres lieux de passages – ne disposent plus d’une capacité efficace. Dans les zones d’ombres ? Des picocells qui permettent aux ondes de se propager d’une cellule à l’autre. “Quand les cellules 3G reçoivent de trop nombreuses demandes de connexions data, elles se contractent et émettent moins fort” précise Yann Rousse qui ajoute :

Après toutes ces années, il est regrettable que l’impératif (légal, vis-à-vis du régulateur) de couverture ne ce soit pas accompagné d’une prise en considération plus empressée de la nécessité d’accroitre la capacité du réseau 3G à absorber les pics de consommation. Même si des efforts ont été fait, le schéma initial de déploiement de la 3G a été fait avec les usages que l’on connaissait de la 2G, avec donc un principe de consommation somme toute modeste et ponctuel.

Pierre Col, auteur d’un excellent blog sur ZDNet expliquait sa mésaventure lors du salon du e-commerce Porte de Versailles. Sans réseau 3G, impossible de communiquer. Le comble pour un salon du e-commerce :

“VIParis a permis aux opérateurs mobiles d’installer des micro-cellules à l’intérieur de tous ses halls du Parc des Expositions de la Porte de Versailles. […] Selon VIParis, les opérateurs mobiles ont alors la capacité, par une intervention logicielle, d’accroître la capacité de leurs bornes, en nombre de connexions simultanées, et la bande passante sortante à destination de leur réseau. C’est ce qu’ils font, mais les réseaux arrivent rapidement à saturation tout simplement parce que les prévisions de trafic réalisées il y a quelques années sont aujourd’hui dépassées, et le nombre de bornes désormais insuffisant.”

Il aurait fallu pour que ça fonctionne : augmenter le nombre de cellules – comme dans Paris à certains endroits – ou basculer le réseau 3G des opérateurs sur le Wi-Fi de VIP Paris, ce que les opérateurs ont donc refusé.

Ajouter des cellules, oui mais, il faut pouvoir gérer politiquement et socialement l’installation de nouvelles antennes. Le problème concerne aussi bien les zones denses temporairement comme des salons ou autre grand rassemblement que les zones dans lesquelles il n’y a quasi aucune infrastructure installée. Yann Rousse explique :

Quand on est sur Spotify ou Deezer en mobile, à un moment donné, il est possible de passer en Edge, à cause d’un trou ou un problème de configuration. Les cellules ont une liste de cellules environnantes à transmettre au terminal pour une prise de relais. Quand la cellule est limitée, le terminal regarde la plus proche et un passage de relai – handover – se fait entre les deux cellules. Sauf si la seconde est elle aussi saturée.

Et, visiblement, les cellules ont à présent du mal à communiquer. Celles en cuivre – d’ancienne génération – suffisaient initialement alors qu’elles avaient à gérer 4 à 5 personnes ne surfant pas de façon synchronisée. Mais aujourd’hui, les smartphones envoient des alertes en permanence (les push de l’iPhone en sont un exemple) et ils communiquent sans cesse. Pour le spécialiste : “pour contrer la congestion, on sectorise de façon de plus en plus fine et on met des fouets de picocells attachés à une macrocell, dont le fonctionnement est différent des small cells [d’une puissance intermédiaire, NDLR] et ont cet avantage d’être connectées directement au réseau contrairement à la picocell”. Et paradoxalement, “la commercialisation de la 4G renforce ce phénomène” ajoute Yann Rousse puisque la technologie qui bénéficie des investissements des opérateurs, c’est la 4G.

Le déploiement de la 4G passe donc par l’ajout de cellules, soit nouvellement fibrées, soit sur un pylône déjà câblé en cuivre, un peu moins performant. Et en déployant la 4G, à supposer que les consommateurs se ruent sur les offres proposées par les opérateurs, la 3G devrait se décongestionner sans être améliorée. #oupas

 

Une semaine de liens #6

Quinze jours sur Twitter ne veut pas dire plus de liens à insérer dans la revue de liens. La preuve avec un résumé de ces quinze derniers jours – dans lesquels j’ai volontairement exclu toute information relative à l’affaire Leonarda et à celle de Guillaume Pley.

Point métier de #journaliste

Commençons par un lien qui a déjà beaucoup tourné : l’interview express de Gilles Bourdouleix – député-maire de Cholet -, la plus courte de sa carrière politique certainement. Saluons aussi l’enregistrement de France 3 Pays de la Loire qui permet de montrer aussi face à quoi certains journalistes sont confrontés dans leur métier. Le refus sec et efficace d’un interlocuteur. Alors est-on toujours obligé de répondre aux questions de journaliste ? Vaut-il mieux ne jamais répondre – comme ça arrive tellement souvent – à un mail envoyé comme une bouteille à la mer ?

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Une semaine de liens #5

Au programme des liens de cette semaine, non pas que le reste soit à jeter, une réflexion autour de ce que pourrait donner l’Internet sans Google pour les utilisateurs, une autre sur un témoignage en réponse à un autre témoignage, une façon de voir le monde différemment et enfin un moyen génial pour regarder des films autrement.

#Internet sans #Google

Commençons par l‘intéressante aventure de Yann Guégan chez Rue89 : une semaine sans Google, donc sans Gmail, sans Drive, sans son Agenda et sans le moteur de recherche tout court – chose pour laquelle on connaissait Google à l’origine en fait.

Petit à petit, je prends conscience de tout ce qu’il me faut débrancher : mes deux adresses e-mail (une professionnelle et une personnelle), mon agenda donc, mon carnet d’adresses… J’ai l’impression d’être dans « 2001, L’Odyssée de l’espace », quand Bowman débranche HAL, l’ordinateur de bord.

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Une semaine de liens #4

Une nouvelle semaine va commencer. En attendant, voici les liens qui ont fait Twitter de lundi à vendredi.

Domaine #public et culture(s)

Et voilà ! Apollinaire rejoint les nombreux auteurs du domaine public.

De son côté Actualitté lançait sa web-TV et la Fnac fermait son magasin à Odéon. Ouvert en 2001 et réservé à l’origine à la vente de produits numériques, ses rayons s’étaient ouverts au livre. L’entreprise prévoit de transférer les activités d’Odéon dans le nouveau centre commercial de Beaugrenelle dans le 15ème. Stratégiquement parlant, elle se rapproche davantage du commerce que du service de proximité. Supputons : alors que Saint-Michel / Odéon / Saint-Germain permettait une implantation touristique et locale, Beaugrenelle, futur temple de la conso offrira sans doute de meilleures ventes. Fin des supputations.

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Une semaine de liens #3

On vient de terminer une semaine, encore une autre.

#detoutebeauté

On commence par une série de photos de danseurs de ballet dans des situations de la vie quotidienne (via Julien Ménielle). La série ressemble à ça :

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Et la suite est par là.

#Finances

Le PLF2014 est en ligne avec en vrac : baisse du taux de TVA sur les entrées des salles de ciné, un prélèvement exceptionnel – mais néanmoins régulier visiblement puisqu’il avait déjà eu lieu l’année passée – sur le fonds de roulement du CNC, augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d’avion et modification des modalités de calcul de l’aide aux collectivités et organismes gérant des aires d’accueil des gens du voyage. Entre autres.

Pas si imbitable que ça en a l’air.

#crowdfunding

Restons dans les finances et notamment celle de la recherche scientifique avec un papier à lire sur le crowdfunding et la science – commentaires documentés et intéressants inside. (Via Antoine Blanchard)

#publicité

Deux pubs cette semaine (enfin une et une série). Celles de la Smerep d’abord.

Non seulement les pubs de la Smerep sont sexistes mais en plus elles sont plutôt mauvaises. Plainte des Chiennes de garde + ministère du droit des femmes = le jury de déontologie publicitaire en a déduit qu’elles présentaient les femmes comme « futiles, irréfléchies, sottes voire agressives« . Les hommes ne sortent pas non plus grandis. Le Monde les résume parfaitement :

« Et toi, pourquoi t’as choisi la Smerep ? » « Moi, c’est pour la meuf, mec », répond Greg, l’étudiant « tombeur », qui s’empresse de sortir du champ pour suivre une nouvelle cible féminine. « Pour faire chier ma sœur », lance June « la vénère » ; « parce que je suis parisienne », rétorque Jeanne, assise à la terrasse d’un café bobo ; « J’ai pas vraiment choisi », avoue Thomas, avachi devant sa console de jeux ; tandis que Claire, « la blonde » ingénue en petite culotte, révèle qu’elle pensait recevoir un catalogue de tee-shirts et non une carte de sécurité sociale étudiante. »

Vous avez l’essentiel. Il vous reste à visionner au moins une des pubs pour vous apercevoir qu’aucune ne relève le niveau mais qu’en plus elles ne sont vraiment pas formidables.

La deuxième publicité polémique – parmi d’autres – ? Celle de Guerlain pour la légende de Shalimar. Longue, pénible à regarder avant un film, la majeure partie des spectateurs préfère nettement regarder les fruits Oasis ou les bandes annonces et alors que la pub Shalimar survient, on se surprend à regarder son voisin ou sa voisine, le regard triste et l’oeil morne, « non, pitié, pas ça« .

Faites-vous plaisir pour ceux qui ne l’auraient pas vue :

(Et qu’on m’explique les raisons qui font que la barque sur laquelle Natalia Vodianova découvre son nouvel appartement ne bouge pas alors que la chose sort de l’eau.)

Point #numérique

Dans la catégorie numérique cette semaine, pas d’ennui en vue. D’abord, alors que la 4G débarque dans Paris (entre autres) et qu’Orange ne permet plus de se géolocaliser sans que personne ne soit en mesure de répondre aux abonnés, au salon du e-commerce (e = électronique = Internet = réseaux pour faire court) impossible de se connecter en 3G ou d’envoyer des SMS. Un peu comme aux Solidays ou autres comme le Salon du livre à cette même porte de Versailles, dès qu’il y a plus de 12 personnes réunies à un même endroit, le réseau ne tient plus. Étrange mais compte tenu de la qualité de la 3G à Paris, on attend vraiment avec impatience la 4G (#oupas).

Autre point numérique – et pas des moindres – un bug Gtalk / Hangouts qui soulève la question de par où passent nos messages (mails ou autres) et qui les reçoit. Certains utilisateurs ont en effet reçu des messages Gtalk qui ne leur étaient pas adressés. Jeudi soir à 20 heures ZDNet rapportait que Google avait identifié puis réparé le problème, sans autres explications que celle-ci. Faut-il se sentir rassuré pour autant ?

Rien à voir avec Google ou presque, un texte de Benjamin Le Reilly raconte l’histoire assez chouette d’un auteur ayant opté pour l’autoédition aux US et qui récupéré par une maison d’édition classique / traditionnelle a négocié ses droits de façon à ne vendre que ses droits papier et conserver ses droits numériques.

« Le succès massif de Howey a attiré les éditeurs, qui lui ont proposé plus d’un million de billets contre les droits des lives. L’auteur, malin, aura privilégié un chèque à six chiffres contre la conservation de ses droits numériques. C’est-à-dire que l’éditeur papier n’est plus que ça, un éditeur de papier, et toutes les recettes tirées des versions Kindle part dans les poches de l’écrivain. »

Certes le marché est différent (et bien plus grand aux US) mais cette histoire a le mérite de démontrer que le système traditionnel a plutôt intérêt à évoluer d’un point de vue contrats numériques.

#Culture

Restons dans l’univers du livre mais papier celui-ci avec La Revue dessinée dont vous avez certainement déjà entendu parler. Après un premier tirage à plus de 15.000 exemplaires, la Revue repart en imprimerie et il faudra attendre une dizaine de jours pour recevoir les commandes. Une bien belle aventure pour le moment.

Lien de la #fin

La lettre de Nadejda Tolokonnikova, l’une des Pussy Riot, est disponible ici en anglais, via Delphine Mozin.

D’ici la semaine prochaine, passez un bon week-end.

Une semaine de liens #2

Une nouvelle semaine vient de se terminer. Une autre va commencer. En attendant, c’est le moment de faire le point sur ce qui a fait une semaine de réseaux sociaux (Le choix des liens et autres articles est non-exhaustif, mais faut bien choisir).

 Point #Europe

Cette semaine, Comment l’UE définit la neutralité du Net ? Comme ça :

« l’obligation pour les fournisseurs d’accès internet [FAI] de fournir une connexion sans entrave à tous les contenus, applications ou services accédés par les utilisateurs finaux, tout en régulant l’usage des mesures de gestion de trafic par les opérateurs pour ce qui est de l’accès général à Internet. Dans le même temps, le cadre légal pour les services spécialisés [gérés] est clarifié ».

L’article est long mais peut se lire en mode zen, nouveauté – ou chose ancienne que je n’avais pas encore testée – ô combien agréable.

Du côté de la saga « Google à la Commission européenne », c’est Electronlibre qui informe que le tribunal de commerce de Paris attend la décision de la Commission européenne avant de trancher dans l’affaire qui oppose 1PlusV à Google pour abus de position dominante. À suivre donc dans un prochain épisode.

Toujours dans les couloirs de la Commission européenne, une lutte commence autour des euphorisants légaux. « Le problème des euphorisants légaux en Europe ne cesse de s’aggraver et représente un risque majeur pour les jeunes. Le marché intérieur étant dépourvu de frontières, l’UE doit adopter des règles communes pour s’attaquer à ce fléau » déclarait Viviane Reding. En parlant de frontière(s), une carte des données de la drogue est disponible par ici.

#PointLOL

Si vous n’avez pas encore regardé cette vidéo des Guignols, foncez : la marionnette de François Hollande parodie Papaoutai de Stromae avec Emploioutai.

Et aussi, au cas, la déclaration d’amour d’Autolib à Vélib :

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Point #important société

On cherche à manger des choses saines et souvent pour pas (trop) cher. On croyait grâce aux publicités de la grande distribution que c’était possible. Naïvement. Et puis on a regardé Cash Investigation de cette semaine. Qui sont les petites mains qui préparent nos légumes bios et pas chers ? À revoir ici pendant encore quelques jours.

La conclusion ?

Et pendant que Barjot accorde une interview terriblement euh … Klaire explique pourquoi elle va lui faire un don et j’ai découvert, grâce à Bembellyle blog de Ervé, qui n’est pas né SDF mais qui l’est devenu.

Point #nucléaire

Le CEA vend une partie de sa participation dans le capital d’Areva pendant qu’une proposition de loi visant à renforcer les conditions d’accès aux installations nucléaires de base (INB) a été déposée. Sur fond de conférence environnementale :

Point #questionnaires et #listes

La bonne nouvelle de la semaine : pour certains (dont moi, certes), vous avez répondu aux questions de Génération quoi au moment de son lancement en version bêta en juillet dernier. Et bien on y est :

Joie pour ceux qui vont répondre aux questions nombreuses, dans un environnement graphique réussi.

Autre sujet, autre étude et c’est l’OBSWeb qui s’y colle avec un questionnaire sur l’usage des réseaux sociaux pour suivre et partager l’information. Rapide et efficace, y répondre c’est essayer de comprendre cet usage, par qui et pourquoi.

Aussi après avoir constitué une liste Twitter des 261 comptes à suivre, Erwann Gaucher a gentiment compilé les 25 blogs incontournables de la rentrée. Inspiration à prendre ici et là dans cette liste de sites francophones ou pas, avec pour ma part un coup de coeur pour le blog Making of de l’AFP.

#Vidéo de la semaine

Et on termine avec la vidéo de la semaine. Sans commentaire.

Une nouvelle semaine peut commencer.

Une semaine de liens #1

On rembobine la semaine, parce que parfois prendre du recul c’est important. Et ça fait donc une nouvelle rubrique ici.

On a bien commencé la semaine, avouons-le : 11 millions d’euros pour l’UMP. Et visiblement ce n’est pas terminé pour le parti qui accuse le coup des autres dettes – en sus des 11 millions donc. Libé s’en fait l’écho. 

#La semaine numérique

Pendant que la 4G semble débarquer, notamment à Paris, un abonné SFR s’est mis en grève de la faim :

« Le septuagénaire, résidant à Maisières Notre-Dame dans le Doubs (près d’Ornans), est privé de sa connexion internet SFR depuis le 23 juillet dernier. Après de multiples appels à la hotline de l’opérateur et un rendez-vous non honoré, cet abonné s’est mis en grève de la faim ce lundi. »

  Soyons rassurés, le retraité a retrouvé une connexion le 6 septembre et a recommencé à manger. Merci les médias. Taz is Geek a déniché une notice de Minitel.

 

Et dans la série interminable « Google à Bruxelles-ton-univers-impitoyable »le géant de la pub Internet a fait de nouvelles propositions que la Commission est en train d’examiner. On leur souhaite de trouver un accord. Un jour.

#Fiscalité

Google -> impôts, je n’y peux rien : association d’idées. Pendant que bon nombre de médias demandent aux contribuables « et vos impôts alors, ça vous fait quoi ? » – Julia, assistante de direction, 2500 euros sans jamais payer d’impôts, dévoile les coins et recoins de son porte-monnaie sur Rue89. En substance, la propriétaire de 36 ans place son argent et s’arrange pour utiliser les niches fiscales, encouragée par Facebook qui ne déclare que 2,5 % de son chiffre d’affaire en France

« Il n’y a pas d’objectif concret, c’est une façon de vivre. Je ne veux plus jamais payer d’impôts, j’en ai trop payé, cela n’arrivera plus. »

 

Sur Twitter, les réactions divergent mais beaucoup s’irritent de la position de la jeune femme : 36 ans, célibataire et sans enfant, elle dépense donc 93 euros par mois en ticket resto pour manger matin, midi et soir. Économies, économies.

Pour rester dans la fiscalité – c’est un peu mon dada depuis plus de deux ans – Arte a diffusé un excellent documentaire sur le plus grand fléau du siècle, à voir pendant encore quelques jours. Ça s’appelle « Evasion fiscale : le hold-up du siècle » et il est aussi bon que le Cash Investigation de la saison dernière. Entre le Delaware et les Caïmans, le coeur des nombreux évadés fiscaux balance. Aidez-les à choisir.

#Médias

Mardi, c’était le lancement de la version bêta de Contexte, le « journal des politiques publiques françaises et européennes« . Numérique, énergie, lobbying et budget pour les thématiques de cette semaine. Sortie de la version définitive prévue le 15 novembre, à suivre.

Sinon, Cash Investigation, le très bon magazine (?) a bien démarré pour la rentrée.

Et Libé qui vient de sortir sa version Libé week-end et une refonte totale de son site, plutôt réussie, explique par la voix de Fabrice Rousselot dans Télérama que tout n’est pas fini et que la presse peut s’en sortir :

« Et puis il y a deux facteurs encourageants qui prouvent qu’il y a toujours beaucoup d’appétit pour les infos. Le premier, c’est que dans la presse comme dans la musique et d’autres secteurs, la génération qui téléchargeait est prête à payer 10 euros pour s’offrir un abonnement à Spotify ou consulter un média. Le second, c’est une étude américaine du Pew Research Center qui montre que les 25-40 ans reviennent au papier le week-end, en prenant plus de temps. »

 

En un mot – ou plus – : se fondre dans le flux oui, mais prendre le temps de prendre le temps c’est bien aussi.

#LOL-culture

Sans commentaire.

 

Du côté « culture », si pour La Bande sonore, j’ai interviewé Girls in Hawaii – papier à venir – et tourné avec Diane Roudeix une session acoustique du québécois Peter Peter qui devrait faire parler de lui en France – les images sont en cours de montage – vous ne pouvez passer à côté de cet album de duo virtuel :

Et la vidéo de la semaine : Les Gobelins présentent Annie, un film d’étudiants. L’animation française a encore de beaux jours devant elle.

Bon week-end ! Et merci à Twitter : dans le prochain épisode, il y aura un merci pour chacune des sources, ce qui n’est pas le cas là aujourd’hui.

Ados et parents ne se parlent pas Net

Les enfants et adolescents ne communiquent pas avec leurs parents, enfin pas sur le numérique. C’est ce que constate Marie Derain, défenseure des enfants, qui a rendu son rapport hier, le 20 novembre. En substance, elle observe dans « Enfants et écrans : grandir dans le monde numérique » [PDF] une scission entre les utilisateurs (les plus jeunes) et les régulateurs familiaux (les parents la plupart du temps) :

Le contraste est frappant entre la vision méfiante, voire diabolisante, que peuvent avoir les adultes de l’usage du numérique par les adolescents, qui, eux, voient ces vecteurs de communication comme un élément banal de leur quotidien. […] Les adolescents ne seraient pas conscients des risques de divulgation et de perte de contrôle de leurs informations personnelles. Pourtant, les jeunes adolescents ne sont pas si démunis. Au contraire, ils semblent agir en connaissance de cause, quitte à courir ces risques. […] Les incertitudes et les angoisses, les interrogations sur son avenir se dissolvent dans un univers virtuel où il reprend la main, qu’il maîtrise via son avatar numérique. Aux confins du réel et du virtuel, du présent et du possible, c’est l’aventure sans risque, la prise de risque sans conséquence, l’expérimentation sans trace ni témoin, du moins l’adolescent veut-il le croire. L’exposition de la vie privée prend alors un autre sens.

La défenseure a conscience de l’ambivalence que peut représenter Internet pour les plus jeunes et elle précise que l’idée générale du rapport veut montrer qu’il est nécessaire de « rapprocher Internet de la famille ». En soulignant que :

Porteurs d’un potentiel d’enrichissement social et individuel encore mal évalué car évolutif, facteurs indéniables de lien social et de dépassement des barrières, ces médias qui s’avèrent aussi vecteurs de connaissances et d’éducation pour tous, ne sont pourtant pas sans risques pour les enfants.

Le manque de paroles

Selon le baromètre « Enfants et Internet » de 2011 de l’opération nationale de sensibilisation « Génération numérique », 87% des 15-17 ans déclarent connaître les paramètres de confidentialité (ils sont 22% de cette tranche d’âge à ne pas protéger leurs informations personnelles sur les réseaux sociaux), contre 56% des 13-15 ans et 42% des 11-13 ans. Bien peu donc pour la défenseure au regard de ce que les enfants postent à droite et à gauche sur le web. Selon ce même baromètre, 20% des 15-17 ans, 28% des 13-15 ans et 22% des 11-13 ans parlent avec leur proche de leur utilisation du Net. Mais de quoi parlent-ils ? Du temps passé sur la Toile (55% des 8-17 ans selon une enquête de la TNS Sofres). Dans le temps de connexion, il n’y a pas de place à l’utilisation des réseaux et autres sites de partage, vecteurs de lien social — et par conséquent de dépôt de photos qu’on aimerait pas forcément retrouver distillées un peu partout.

Certes. Pour la défenseure :

Il convient de trouver le juste équilibre entre la prévention des risques et la limitation des possibilités.

Mais ce juste milieu aristotélicien pourrait être alors trouvé grâce à des programmes de régulation du Net ? Pas si l’on tient compte de la constitution même du réseau « difficile voire impossible à réguler ». Le seul moyen de réguler Internet n’est autre qu’une forme de discussion entre les acteurs, de l’internaute aux FAI et… de rendre possible — « afin de lutter contre les comportements qui viennent d’être évoqués [pédopornographique, ndlr] » — le signalement plus rapide de ces comportements.

Formation des profs et des proches

Le dialogue à instaurer avec les acteurs de la socialisation des enfants (la famille et l’école) est l’une des solutions complémentaires à la répression ou la régulation, « difficile voire impossible » donc. Quand les classes sont abreuvées de matériel technologique alors même que les professeurs ne sont pas tous enclins à s’en servir, c’est une difficulté.

Assurer une formation effective aux TICE ((Technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement)) des principaux acteurs intervenant auprès des enfants (professeurs, éducateurs, animateurs…) — abordant aussi bien la sensibilisation aux risques, les informations sur les systèmes de protection, que l’accès à la culture et à la connaissance. Trop d’initiatives coûteuses voulant mettre en œuvre les ressources numériques à l’école, dans le monde de la culture, de la santé, des loisirs, achoppent faute d’une formation adaptée réellement dispensée aux intervenants, contribuant ainsi à une image de confusion et à la mauvaise utilisation de ces ressources pourtant considérables.

Et si l’Éducation nationale semble prendre conscience progressivement de l’importance que revêt Internet aujourd’hui pour les enfants – et leurs parents – Marie Derain explique que « si les expériences locales foisonnent, l’impulsion institutionnelle est difficile à repérer ».

D’autant que ces dernières s’emmêlent et se renvoient la balle : les ordinateurs distribués aux élèves de sixième du Val-de-Marne seront gérés par des enseignants dont la formation devrait être assurée par… le rectorat. Soit l’académie de Créteil, distincte du Conseil Général du Val-de-Marne à l’origine du programme.

Pourtant, l’enthousiasme est là :

Partout en France, à partir d’engagement personnel des enseignants ou sous l’impulsion d’un recteur dynamique, les outils sont testés, les pédagogies qui s’appuient sur le numérique sont formalisées, faisant émerger quelques orientations.

À souhaiter que le relais soient pris par les enseignants, en complément des parents, pour permettre aux enfants d’appréhender le Net en évitant de vouloir à tout prix une régulation impossible. Pour aider à maitriser l’extimité ((Concept du psychiatre Serge Tisseron pour parler de l’intimité exposée sur le web, distinct de l’exhibitionnisme)) des enfants ? Le droit à l’oubli numérique pour garantir « la paix et la cohésion sociale ».

Alex Türk, alors président de la Cnil, déclarait en 2009, dans le rapport d’activités, qu’il était « inacceptable et dangereux que l’information mise en ligne sur une personne ait vocation à demeurer fixe et intangible, alors que la nature humaine implique, précisément, que les individus changent, se contredisent, bref, évoluent tout naturellement ». Tout adolescent devenu adulte devrait pouvoir alors « obtenir la suppression de données personnelles qu’il a lui-même mises en ligne » selon ledit rapport. Parce que la diffusion de l’information « est large » mais aussi et surtout parce que

la vie « virtuelle » de l’enfant n’est désormais plus dissociable de sa vie « réelle », elle en fait partie.

Préconiser l’oubli et l’effacement est une solution qui ne règlerait rien d’autre que l’absence de réflexion au moment de poster sur Facebook une photo à demi-nu. Le droit au déréférencement permettrait aussi « à la personne concernée de demander et d’obtenir la suppression du référencement des informations en question, dans les moteurs de recherche par exemple. Ainsi les données devenues indésirables disparaîtraient non seulement du site où elles ont été initialement introduites, mais aussi de tous les sites qui les ont reprises et diffusées » :

Intégrer le droit au déréférencement au règlement européen actuellement en préparation. Faire reconnaître aux mineurs le droit à une protection renforcée de leur vie privée — droit à l’oubli, droit au déréférencement. En janvier 2012, la Commission européenne a rendu publique une proposition de règlement européen, réformant le cadre de la protection des données personnelles, qui propose plusieurs avancées dans la protection des enfants. En effet, le droit actuel de la protection des données est limité en ce qui concerne les enfants.

Le droit à l’oubli, maille d’un nouvel arsenal juridico-legislatif pour encadrer et « protéger ». Et pallier, sans doute, l’absence ou la pauvreté du dialogue entre ceux qui éduquent et ceux qu’on veut éduquer. Reste à déterminer si les uns ne devraient pas, finalement, être éduqués avant les autres.


Illustration par Soosay [CC-by]

« Si on décide de ne pas bouger, là on est mort »

Michel Françaix en 2009 par Richard Ying (ccbyncsa) édité par Owni

Un mois après la publication par Owni du rapport de Michel Françaix, sur les aides à la presse pour la Commission des affaires culturelles et le projet de loi de finances 2013, le rapporteur a accepté de répondre à quelques questions. Sur le rapport mais aussi sur le point de vue qu’il a de l’état de la presse en France. Entretien sur fond d’assertion : si la presse n’évolue pas, elle meurt.

Ce rapport-là, le 3ème, est le plus médiatisé. En quoi est-il différent des autres et quel est votre constat ?

Michel Françaix

Celui qui se décrit comme fils de saltimbanque et neveu de saltimbanque a fait grincer des dents à plus d’un patron de presse. Brièvement, il est revenu pour Owni sur pourquoi il est à l’origine d’un tel rapport : son intérêt pour l’écrit remonte à ”toujours” et c’est aux côtés de François Mitterrand en 1981 qu’il devient chargé de mission sur l’écrit, les radios et la presse locale.

Depuis cette période, il reste sur ce sujet de prédilection. ”Quand vous êtes dans l’opposition, vous vous y intéressez pour faire des envolées lyriques à deux heures du matin mais vous savez que ça ne sert à rien. Et là dans la mesure où nous sommes dans la majorité et qu’il y a peu de parlementaires qui s’intéressent à l’écrit en général — ils sont plus télévision/audiovisuel — je n’ai pas eu à batailler pour récupérer ce rapport, qui est déjà le troisième.”

[Twitter]

Il est différent des autres parce que c’est la première fois depuis 1981 qu’un ministre de la Culture me parle pendant 20 minutes de l’écrit avant de parler ensuite de l’audiovisuel. Avant celui-là, on se rendait compte à deux minutes de la fin des auditions qu’il fallait dire un mot sur RFI et sur l’écrit. Peut-être que cette année, la Ministre ((Aurélie Filippetti, ndlr)) a été provoquée par ce qu’il se passait avec Presstalis.

Maintenant à mon âge je sais comment les choses se passent : le soufflé peut totalement retomber. Mon objectif c’est de dire début février, “chère Aurélie, est-ce que tu penses que tu as fait le tour du dossier ou est-ce qu’il faut faire évoluer ou faire de profondes modifications ?”. Si on ne peut pas faire tout ce que j’ai écrit, ce que j’entends très bien, est-on prêts à avancer ? Ou avec un tour de passe-passe, quinze jours avant dire qu’on va tout ré-équilibrer ? Si on a la détermination pour avancer, je veux bien réfléchir avec d’autres pour faire évoluer. Mais je veux pas m’enquiquiner à faire le budget pour que finalement rien n’avance. On est pas au bout de nos peines et nos difficultés. Avec notamment la prise en compte de la presse en ligne et le fait qu’elle doit avoir plus d’importance.

La presse écrite, de toute façon, ne pourra plus vivre sur le même tirage dans les années à venir, mais elle peut être l’élément moteur permettant aussi le développement de la presse en ligne. Il faut donc réfléchir : on ne pourra pas donner des millions à Presstalis, donner un taux de TVA à la presse en ligne à 2,10%, donner à tous ceux qui le demandent des aides au portage qu’ils n’ont pas encore, le tout sans faire de coupes sombres quelque part. Ou alors on fait semblant de donner un tout petit peu à tout le monde donc à personne. Je suis plutôt sur l’idée de fixer des priorités.

Donc vous n’êtes pas juste l’auteur du rapport poil-à-gratter et pensez permettre de faire bouger les lignes ?

En ce moment la presse y croit encore et elle a peur qu’il puisse se passer quelque chose : je vais prendre 30 kg ! Je suis invité à déjeuner par tous les syndicats pour expliquer que leur cas est un cas génial… donc oui, le rapport fait un peu peur. La ministre elle-même et le budget ne sont pas totalement insensibles parce qu’il faut dépenser de l’argent mais à coût constant ((en faisant des économies ailleurs, ndlr)). Objectivement ce rapport au niveau du gouvernement a été plutôt bien pris.

Il faudrait que les choses puissent changer rapidement ? Sinon la presse pourrait « mourir » ?

J’espère qu’on ne refera pas le prochain budget des aides à la presse en septembre de la même façon. Ma position est de dire que rien n’a bougé avec les États généraux de la presse. Maintenant si on doit faire trois ans en disant “on a tout fait”, je serai obligé de constater qu’on reproduit les mêmes politiques depuis 15 ans et qu’on va droit dans le mur. On va essayer de faire en sorte de ne pas être obligés d’en arriver là. Ça dépendra d’un certain nombre de choses, des priorités, de la crise mais mon rôle va être de ne pas faire redescendre le soufflé. Et puis à travers ce rapport, je ne veux pas être la mouche du coche qui ne sert à rien !

Si on décide de ne pas bouger, là, on est mort. L’immobilisme en période de crise et de mutation c’est dire “on ne voit rien des mutations à faire” y compris pour la presse en ligne. Sauf qu’on n’aura pas toujours la prouesse de trouver l’argent. Est-ce que la presse va mourir ? Je ne crois pas, mais elle est condamnée à évoluer sinon sans ça vous pourriez avoir raison : elle va mourir. Mais la grande force, c’est qu’il n’y a pas un seul gouvernement qui accepterait de pouvoir dire qu’il a contribué à tuer toute forme de presse. Sauf si la presse sur papier n’intéresse plus personne dans 20 ans. Et qu’on considère que Facebook et Twitter sont suffisants pour avoir de l’information…

Nous sommes devant des choses évolutives et au dernier moment “On” attend que l’État intervienne. Et il finit par dépenser des sommes folles qu’il n’aurait pas dépensées s’il y avait eu une anticipation ((des problématiques, ndlr)).

De mettre sur la table la mutation numérique, c’est anticiper ce qu’il va se passer ?

Oui et même plus loin, ce n’est plus anticiper après-demain c’est anticiper demain ! Ce n’est d’ailleurs pas une très grande anticipation, nous allons avoir le nez dans le guidon très rapidement. En fait, nous ne pourrons pas passer notre vie à faire des rafistolages plus ou moins intelligents. Je crois savoir que j’ai une bonne collègue qui devant la crise de Sud Ouest va sûrement poser une question à la ministre comme « qu’est ce que vous faites pour Sud Ouest ? » Qu’est ce que vous voulez qu’elle réponde ? Ma première réaction c’est de penser tout de suite : c’est l’État qui fait un chèque ? Et où passe la liberté de la presse ? Il y a forcément des députés qui se font engueuler par des journalistes de Sud Ouest. Vous avez affaire à un parlementaire comme il défendrait sa sidérurgie à tel endroit.

Mais de quel droit on donnerait de l’argent à Sud Ouest et pas au groupe Hersant ? Sur quels critères ? Le seul critère qui puisse exister, c’est de faire une aide à la réorganisation des entreprises et recourir à des formes de concentration à condition qu’en contrepartie on conserve le pluralisme. La pire des choses, c’est d’aider Sud Ouest à ne pas mourir et que finalement, il soit un journal qui n’apporte rien comme espace de liberté. Ce n’est pas le cas mais il faut se fixer des objectifs.

Mais la publicité, ce n’est pas se priver d’un espace de liberté ? Pourquoi opposer toujours la presse papier avec support en ligne et les pure players ?

La réalité de la publicité, c’est qu’ils prennent ça dans la figure en même temps que le reste : la presse perd 5 ou 6% de lectorat tous les ans et perd en ce moment 12 à 13 % de recettes publicitaires en même temps. C’est aussi une difficulté qui prouve que le modèle de la presse en ligne n’est pas le bon puisqu’on ne récupère pas ces recettes sur ce type de presse. Les pure players sont dans un autre état d’esprit, plus avant-gardiste. Ils sont plus modernes et plus dynamiques, plus innovants.

Ce n’est pas une question de génération, mais on voit bien quand même que la presse papier qui s’intéresse à la presse en ligne, c’est parce que c’est l’idée : “on ne peut pas faire autrement et il faut qu’on s’y intéresse”. Quand ceux qui abandonnent le papier en disant “voilà un nouveau projet”, c’est leur bébé. Pour le papier c’est un bébé de récupération qui dirait « il faut trouver un moyen ». On voit bien qu’ils préfèrent leur presse papier.

Il y a des réussites sur le numérique : Libération, Le Figaro ont quasiment plus de gens qui regardent le numérique. Ils se sont fait une place, leur marque existe sauf qu’ils n’arrivent pas à ce qu’elle soit payée.

Et la PQR ((Presse Quotidienne Régionale)) ?

Je pense qu’on terminera avec 5 ou 6 journaux, 7 ou 8, de presse régionale. Nous ne pouvons plus empêcher les concentrations de presse – même si on peut les regretter. Ces concentrations de presse ne peuvent intéresser les pouvoirs publics que pour différentes raisons : un journal ce sont des journalistes, une charte de déontologie. S’il ne reste qu’une demi-page de création, ce n’est plus du domaine des pouvoirs publics. Il faut aussi conserver les espaces de liberté. J’accepte la concentration si elle n’entre pas en contradiction avec le pluralisme.

Si la paie se fait à un seul endroit des 15 journaux accrochés, je peux l’entendre. Mais si on me dit que l’éditorial sera le même dans Sud Ouest que dans La Charente libre et qu’à Pau, il n’y aura plus de spécificités régionales. Est-ce au contribuable de payer ces évolutions-là ?

Contrairement à d’autres amis de ma sensibilité, je crois que c’est de l’arrière-garde de dire qu’il n’y aura pas de concentration et qu’il faut les refuser. Parce qu’à chaque refus, le journal finit par mourir. Simplement, il faut des contreparties garantissant le pluralisme. Aujourd’hui c’est le cas dans l’est autour du Crédit mutuel et dans le groupe Hersant tel qu’il est en train de se reconstituer en Normandie. Il faut juste donner de l’argent au bon endroit. La presse quotidienne nationale a reçu beaucoup pour le portage et nous ne savons pas à quoi ils l’ont utilisé ! J’ai quelques idées dans le domaine : on ne peut plus continuer à faire de l’enrichissement sans cause ((dans la PQR, ndlr)) sur du portage qui n’est pas suivi des faits.

Le constat est assez pessimiste. D’où viennent les principaux problèmes ?

La presse fançaise est plus aidée que la plupart des presses étrangères et avec un milliard d’euros on arrive à des résultats catastrophiques. On peut se dire que notre ciblage doit pouvoir être amélioré. Puisque c’est sur le milliard d’euros, la presse récréative et des tas de forme de presse en bénéficient pour les deux tiers. Est-ce normal que la presse des programmes télévisés touche autant ? Mon idée, c’est aider bien davantage la presse dite citoyenne à condition de cibler et voir ce qu’ils en font. En retirer aux uns pour donner à d’autres dans des contrats très clairs. En gros, se demander s’il est judicieux de conserver une imprimerie intégrée qui coûte X millions et de ne plus croire ceux qui nous disent que l’argent pour tel ou tel portage a permis d’augmenter le portage de 10% alors qu’il n’a même pas augmenté d’1%.

À partir du moment où on ne vérifie pas, chacun essaye de profiter des effets d’aubaine. Et puis on ne peut pas aider à la fois le portage et la poste pour un même titre ! Par contre peut-être que la presse médicale, c’est à eux qu’il faut donner beaucoup pour la Poste mais aussi leur dire “vos 5% de portage allez voir chez les Grecs !”. Puisque, quand on aide — mal — le kiosquier, le portage et la Poste, on aide trois méthodes qui se concurrencent. Une solution : que chacun vienne nous préciser ce qui l’intéresse pour qu’on puisse l’aider sur un domaine en cessant de verser les aides sur les autres. Parce qu’aujourd’hui, il faut savoir qu’on continue, y compris sur ceux dont l’objectif est le portage, d’aider à la Poste pour 10 ou 20%.

Des « pour » ? Des « contre » ?

De toute façon, il y a beaucoup de gens qui sont pour cet immobilisme : l’immobilisme est en marche et rien ne l’arrêtera ! C’est la formule typique de ceux qui ont intérêt à ce qu’il ne se passe rien en se disant que les pouvoirs publics auront la trouille et finiront toujours par donner des sous à un moment donné. Et pendant ce temps-là, on n’aura rien fait pour réfléchir et se moderniser.

Mais j’espère être capable de mettre de mon côté un certain nombre de personnes. Et comme je suis un pessimiste positif je veux positiver et dire que je n’en aurai pas besoin. C’est vrai aussi que si je fais une conférence de presse en disant que, comme rien ne bouge, je ne fais pas le prochain rapport, je peux avoir quelques appuis.

Presstalis a l’air d’être le déclencheur ou en tout cas la catalyseur d’une forme de problème au sein de la presse française. Quelle solution pourrait être apportée ?

Une seule coopérative, c’est suffisant. Les MLP ((Messageries de presse lyonnaises, ndlr)) se battent beaucoup sur le sujet, donc la première année il n’y aura pas fusion. Il faut voir si les rapprochements sont assez intelligents pour faire des économies. Mais l’idée que les MLP seraient en très bonne santé alors que Presstalis ne l’est pas est fausse : c’est bien plus compliqué que ça. Et puis ils ont pris ce qui était à peu près rentable en laissant aux autres ce qu’il ne l’était pas… Maintenant je suis prêt à reconnaitre que comme les PME il y a plus de souplesse et de choses intelligentes et qu’ils n’ont pas les problèmes historiques de 30 ans qu’ont les autres. Je ne remets pas en cause cette forme de gestion.

En fait certains éditeurs ayant menacé de passer chez MLP, Presstalis a baissé de 10% ses tarifs et on est en train de revenir — éventuellement — au prix de ce qui était avant, dans une période où il n’y aurait pas eu de concurrence. Deux coopératives en concurrence c’est aberrant. Sinon c’est un système d’entreprises. La fusion des deux, je la pense et la présente comme ça pour affoler tout le monde, mais il faut s’approcher vers ça, avec quand même quelques problèmes notamment au niveau des salaires : les salariés de MLP ne gagnent pas la même chose que ceux de Presstalis. Ils gagnent beaucoup moins et n’ont aucun avantage social. Si on fusionne ou on rapproche, on peut comprendre que les MLP soient affolées de se dire qu’il faudra s’aligner pour les salariés sur le prix le plus haut plus que le plus bas.

Et l’écrémage possible en cas de fusion ?

Si on décide que ce sont deux métiers différents, l’un pour la presse quotidienne et l’autre pour les autres formes de presse, à ce moment-là comme c’est la presse quotidienne qui coûte le plus, on aide les uns et pas les autres. Ou alors on fusionne, on réorganise et à terme il faudra peut-être supprimer 30% de l’addition des deux… Il y a plusieurs pistes. La plus mauvaise c’est de ne rien faire et de dire que ça peut continuer comme ça.

Dans l’ensemble, quelles sont vos priorités ?

Je reste persuadé qu’on ne peut pas laisser mourir la presse papier et que les aides doivent obligatoirement aller vers la presse que j’appelle citoyenne, c’est-à-dire pas forcément celle de l’IPG ((Information politique et générale, ndlr)), mais une partie de la presse quotidienne, la presse hebdomadaire et 2 ou 3 mensuels qui peuvent jouer un rôle dans la réflexion et dans la pensée. Je dis tout le temps — et ça fait hurler — mais pour Gala et Voici par exemple et toute une forme de presse récréative — au demeurant fort intéressante — je comprends moins que le contribuable soit obligé de payer. Ma revue de tennis, les yachts, c’est génial si ce sont vos centres d’intérêts. Je reste persuadé qu’on pourra sauver la presse, aider au portage, au kiosquier, aux marchands de journaux, si les sommes qu’on a là, on les donne un peu moins à d’autres.

Ce qui ennuie mes détracteurs, c’est qu’ils savent que ce sont des dossiers qui m’intéressent depuis longtemps et qu’on ne peut pas me faire avaler n’importe quoi. Une des grandes théories de ces gens-là, c’est de dire que de toute façon on ne pourra pas différencier les formes de presse. Pourtant en 1982 il y avait un taux à 2,10% et un autre à 4. Deux taux différents au sein même de la presse. Ce qui a pu être fait à un moment donné pourra l’être aussi même si c’est plus compliqué. Si Elle vient me voir aujourd’hui en me disant “je considère qu’on a des pages citoyennes” c’est plus difficile de dire non qu’à une période où les choses étaient plus classées. Il n’empêche que pour la presse spécialisée, la presse télévisuelle, cette presse récréative ce sera très simple. Parfois, il faudra qu’il y ait une commission pour trancher.

Ce taux de 2,1% pour l’appliquer à la presse en ligne c’est aussi possible et ce n’est pas une perte de substances pour l’État puisqu’aujourd’hui ça ne représente presque rien. Si ça peut même permettre au développement de la presse en ligne sachant qu’elle coûtera toujours moins chère que la presse papier, alors…

L’objectif, c’est pas de faire la révolution mais une évolution révolutionnaire. Le rôle de l’État c’est d’aider au passage d’une forme de presse à une autre forme de presse sans faire de césure trop importante. On l’a bien compris, il faudra aider encore une presse qui ne correspond plus tout à fait à la réalité mais si on continue à n’aider que les corporatismes pour que rien ne bouge ça ne me paraît pas la bonne solution.


Portrait de Michel Françaix en 2009 par Richard Ying (ccbyncsa) et édité par Owni.

Nous, les autistes du web

Les présents à la table ronde Parlement européen : Jean-Marie Cavada (Nouveau Centre), membre de la commission parlementaire culture et éducation ; Marie-Christine Vergiat (Front de Gauche), également membre de cette commission ; Louise Ferry, assistante de Malika Benaba-Attou (Europe-Écologie les Verts) ; Laurent Cotillon, directeur d’édition du Film français ; Juliette Prissard-Eltejaye, Déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants), ; Georges Bermann, producteur (de Michel Gondry notamment) ; Eric Vicente, programmateur chez Sophie Dulac) et Yvon Thiec (Co-fondateur du Prix Lux et délégué général d’Eurocinema).

Pour les professionnels du cinéma, Internet incarne de plus en plus le mal absolu, comme nous avons pu le constater le 8 novembre dernier, lors d’une réunion tenue dans l’enceinte du cinéma parisien L’Arlequin, avec une poignée de spécialistes du septième art rassemblée pour discuter financement et diffusion (c’est-à-dire chronologie des médias).

Cette table ronde organisée par le Parlement européen avait lieu dans le cadre du festival Lux Film day. Dans un contexte un peu particulier : la Commission européenne a récemment décidé de mobiliser 2 millions d’euros pour tester la sortie simultanée de 20 longs métrages d’art et essai, projetés pour la première fois en VOD, télévision, Internet et évidemment en salles. Une expérience pas très orthodoxe pour la profession.

Le débat, fort de passion et d’Amour de l’art, n’a pas été animé seulement au nom de l’importance que revêt le cinéma pour les différents protagonistes présents, ni pour la trentaine de personnes qui avaient pris place dans la salle rénovée de L’Arlequin.

Il a surtout montré qu’Internet était – aux yeux de certains – un danger pour la culture. Le mythe de la gratuité y est trop souvent présenté comme l’argument faisant basculer l’internaute, jamais prêt à payer, du côté des acteurs du piratage de la création.

Globalement, plus de la moitié des échanges a tourné autour de la relation entre Internet et le cinéma. Juliette Prissard-Eltejaye, déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), a été l’une des premières à affirmer cette problématique :

J’ai une remarque sur un programme soutenu sur la sortie simultanée en salle et en VOD. Ça a fait couler beaucoup d’encre. […] L’endroit qui doit être privilégié de façon exclusive et pour un temps suffisant doit être prioritairement dans la salle et nous déplorons que face à la difficulté qu’ont certains pays d’équiper les salles en numérique, la solution proposée soit la sortie simultanée. Que l’accent soit mis sur l’entretien des salles me parait cohérent. Mais dire aujourd’hui pour ceux qui n’ont pas accès au cinéma alors on va vous proposer la VOD… nous pensons que c’est un précédent qui sera dommageable pour le secteur et nous sommes assez inquiets.

Confondre

La salle applaudit, un peu, puis beaucoup. La voix tremblante de la responsable du SPI a fait résonner chez les présents quelque chose qu’ils comprennent et appréhendent sûrement à longueur de temps.

En attendant, Jean-Marie Cavada, pour qui l’Union européenne a pour finalité non pas « une monnaie stable, ni une libre circulation mais le bien vivre ensemble” n’a pu qu’acquiescer. Et la défense de la salle avant toute chose a dépassé le stade de la lubie – somme toute logique, le cinéma est l’art de la salle et de l’écran blanc, des fauteuils en velours rouge et de l’émotion d’un public – : ”Je suis pour discuter des modalités d’extension ou de rétrécissement à la marge mais je trouve qu’un cinéma et un film c’est d’abord être au contact du public en salle. Je ne suis pas d’accord pour confondre toutes les étapes de l’après-salles et notamment de la VOD parce que je pense que c’est une façon stupide d’étouffer une économie naissante dans ces différentes étapes.”

Un à un les arguments se tiennent, frôlent “l’Internet #saymal” et pour des raisons de priorité, on l’aura compris, les films sont faits pour être vus en salle. Pour le combat de la diversité, il faut être force de proposition, “y compris chez des gens qui n’iraient pas voir un Béla Tarr (( Béla Tarr : réalisateur, scénariste et producteur de cinéma hongrois qui a reçu l’Ours d’argent au festival de Berlin 2011 pour Le Cheval de Turin. )) et un Béla Tarr ne mérite pas de sortir en VOD : c’est un film précieux qui a le droit d’être exclusivement en salle”, assène la déléguée générale du SPI.

Il y aurait donc des films que les cinéphiles ne pourraient voir que dans les salles, même si on aurait pu penser que le voir sur plusieurs supports soit aussi enrichissant. Pourtant non, assène Cavada :

Ce n’est pas le même film dans une salle que sur un écran. C’est comme si un livre avait des caractères différents. C’est un art le cinéma, il est fait pour les salles. L’émotion est soulevée par des gens autour de vous et vous emmène. Ce que vous n’auriez pas vécu sur votre écran. C’est pas la même chose !

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=8MQ55R1HcXg[/youtube]

Jupe

Pas la même chose peut-être. Mais en quoi serait-ce incompatible ? En mémoire, “La journée de la jupe” avec Isabelle Adjani et Denis Podalydès. De Jean-Paul Lilienfeld, diffusé le 20 mars 2009 sur Arte et sorti dans 50 salles, 5 jours plus tard. Produit par Arte France, Fontana Film et Mascaret Films, il obtient 2,2 millions de téléspectateurs, pour un peu moins de 10% de part de marché en télé le soir de sa diffusion.

L’expérience est mal accueillie par les exploitants. La première semaine, il compte pourtant 40 000 entrées au cinéma, malgré une diffusion télé en amont. Pourquoi ces réticences et inquiétudes de la part des créateurs et diffuseurs ? Pourquoi le bouche-à-oreille pour la recommandation d’un film fonctionnerait en salle avec des journalistes mais pas en avant-première en télévision ou sur Internet ?

Parce que pour Jean-Marie Cavada et Juliette Prissard-Eltejaye, le film a besoin de la salle pour faire sa réputation, “autant que les millions que vous pouvez mettre en presse radio et télé pour le marketing” précise le député européen.

Donc les avant-premières gratuites en salle pour les journalistes, c’est bon pour la réputation d’un film. En revanche, la table familiale et les discussions qui peuvent émerger sur les réseaux sociaux après la diffusion d’un film en avant-première sur YouTube (en partenariat avec réalisateurs et autres), c’est mal.

Multiplier les recommandations, oui, mais seulement avec des professionnels. Surtout pas avec les internautes lambda. Pourtant plutôt efficaces dans le bouche-à-oreille concernant Intouchables – l’exemple cité par Jean-Marie Cavada – non ?

Mais pour certains, Internet dévalue les films où seraient diffusées les avant-premières et c’est le consommateur-pirate-internaute qui serait à l’origine de cette dévaluation. Jusqu’au moment où une voix s’est élevée dans le public :

On est au stade de l’humanitaire là, de penser pouvoir réduire des avant-premières de film à une diffusion sur Internet. Des réalisateurs, des producteurs qui doivent se rémunérer, c’est un travail considérable ! Pourquoi on serait dévalués ? En termes de politique culturelle, on tient vraiment à ce que le cinéma reste un espace de forum. La pratique culturelle n’est pas la même, entre un consommateur autiste devant son écran Internet et l’idée du spectacle d’une salle de cinéma.

Jungle

« Un consommateur autiste devant son écran Internet ». Dans le public on trépigne. Exprimant sa détresse face à la chronologie des médias qui semble faire si peur à l’ensemble de la chaîne du cinéma, une femme se lance et malmène à la fois les informations sur la déprogrammation dans 12 salles sur 15 du film brésilien “Les paradis artificiels” suite à une diffusion en avant-première sur Dailymotion et mélange VOD, jungle d’Internet et piratage :

Par rapport à ce qu’il se passe en France, c’est très simple. Vous allez passer directement un film en VOD, vous avez la moitié des salles qui déprogramment le lendemain, ça se fait régulièrement, là ce qui vient de se faire, sur un film, 15 salles derrière sur les 17 ont déprogrammé, on a eu le même problème avec un film passé sur Arte ((La journée de le jupe, ndlr)), les salles ne programment pas ces films-là donc de fait vous excluez les films de toute possibilité de bouche à oreille, mais aussi de succès d’estime ou de critique. […] Les publics existent, […] des gens nous disent, “je n’ai plus le temps d’aller voir des films”, déjà le temps de savoir qu’il existe parce qu’on en parle pas. Des films n’ont pas toujours les moyens de faire de la promotion. En même temps, les films qui ont du mal à exister en salle, comment on va les faire vivre et exister dans la jungle de la VOD et dans la jungle d’internet ? […] Je vous avoue, si parfois on était piraté, on sauterait de joie, tant mieux ça veux dire que les gens savent qu’il existe et ils vont aller le chercher sur Internet mais c’est une super nouvelle.

Internet ? La jungle ? Pire, des internautes. Owni a tenté d’évoquer l’alternative d’une avant-première diffusée en streaming, rebondissant sur la question de la déprogrammation du réalisateur brésilien.

Je voudrais rebondir un peu sur l’alternative qui pourrait avoir lieu, à savoir une avant-première en streaming sur Dailymotion, quelle est le risque pour la culture cinématographique de le permettre pour un certain nombre de personnes ? N’est-ce pas un autre bouche-à-oreille, avec effet boule de neige ?

Juliette Prissard-Eltejaye (plutôt en colère) : Je voulais vous répondre en vous disant pourquoi ce serait une diffusion intégrale du film ? Pourquoi ce serait pas du marketing à travers des bandes annonces, à travers du buzz sur Internet puisque la question est de savoir comment renouveler le marketing et la prescription sur Internet telles qu’elles existaient aujourd’hui en papier ? Aujourd’hui les modes de consommation évoluent, donc il faut avoir son article dans Internet (sic). Pourquoi on ne parle pas de promo ? Pourquoi on dit il faut le donner gratuit (sic) à 6 000 personnes ? Et pourquoi pas plus demain ? Alors même qu’elle pourrait faire l’objet de 6 000 tickets ? Pourquoi ce serait intégral et gratuit ? Quelle est cette idée que ça doit être absolument nécessaire de le donner gratuitement en entier à tout le monde à un moment donné ? C’est-à-dire que nous on comprend pas d’une certaine façon la dimension industrielle et entrepreunariale : j’ai fait un film, j’en suis fière et j’aimerais qu’il y ait des gens qui payent leurs tickets pour le voir parce que c’est de ça dont je vis. Et pourquoi on devrait sur une logique de la gratuité faire ce buzz sur Internet ?

J’ai parlé d’avant-première, pas de diffusion gratuite, ce qui est assez différent.

Juliette Prissard-Eltejaye : L’avant première, elle est faite pour les professionnels qui après prescrivent à leur tour. Moi aujourd’hui quand un producteur fait une avant-première, il invite la presse qui ensuite va faire de la prescription. Ou alors elles sont payantes. Mais l’avant-première, elle est faite pour multiplier les prescriptions.

* * *

Décupler les prescriptions, oui, mais encore une fois seulement avec des professionnels. Pas avec “un consommateur autiste devant son écran internet”. Belle réduction de la consommation culturelle à l’heure du numérique.

Même avec l’intervention de Louise Ferry – qui, comme d’autres, ne comprend pas l’image de l’autiste encouragé à la paresse – le mot est lâché, violent, dans une salle où se mélangent certainement des producteurs d’images et d’histoires mais visiblement pas d’internautes cinéphiles. Internet ne peut servir qu’au buzz marketing, point. La question du web dans sa globalité divise toujours autant les producteurs de contenus. Pour différentes raisons.

Les acteurs du web, le mal incarné

Peut-être à commencer par la crainte que Google, Apple et Amazon ne viennent contrôler un système de diffusion et de distribution de la culture que les réalisateurs, les producteurs et les distributeurs dits classiques ne maîtrisent pas. C’est Marie-Christine Vergiat qui le chuchotera : les questions en suspens sont celles du financement et de la rémunération des acteurs de la chaîne du film.

Derrière toute la chaîne de distribution, il y a effectivement beaucoup de professionnels à financer. Il y a des gens qui ont besoin de vivre de leur art. Donc diffuser gratuitement sur Internet comme ça, avec accès à la culture pour tous, est une réponse qui ne me satisfait pas. Je suis toujours frustrée dans ces débats on s’envoie tous des trucs à la tête. On n’est pas au pays des Bisounours et derrière Internet, il y a des géants et notamment à Bruxelles où c’est toujours les même qu’on voit.

Les choses sont dites. Le problème n’est pas forcément l’internaute mais c’est aussi celui qui ne finance pas ce dont il se servirait. À savoir les géants des télécoms qui, pour Yvon Thiec, sont dans une logique d’alimentation des réseaux qu’ils ont construits et pour qui derrière cette tentative de dérégulation de la chronologie des médias se trouve un cheval de Troie, “parce qu’il n’y a pas que des gens innocents et généreux”. Et le cheval de Troie sonne enfin comme l’hypothèse la plus crédible de cette peur du Net.

Un peu comme une thérapie de groupe pendant laquelle le fond sortirait après un flot libérateur de paroles, la table ronde prend une tournure qu’on ne soupçonnait plus.

La sortie simultanée d’un film en salles, en VOD, en télévision et sur Internet ne serait que la façon permettant aux majors du web, Google, Apple et Amazon, de prendre le pouvoir sur la culture et d’enterrer l’exception culturelle française. Il faut “faire face aux multinationales américaines qui sont en train de tout bouffer sur le territoire de l’Union européenne” lâche Marie-Christine Vergniat. #Saydit.

Nuances

Malgré tout, dans ce conservatisme à la limite parfois de l’anti-internaute – qui finance lui aussi le cinéma en y allant au même titre que le non-internaute – la position d’Éric Vicente, programmateur chez Sophie Dulac est bien plus nuancée et avouons-le montre timidement les avancées qui peuvent être faites au sein même de la corporation du cinéma. Sur la distribution :

C’est compliqué pour un exploitant de dire quels sont les films en trop, est-ce qu’il y a des films en trop mais on peut se poser la question avec certains films distribués dont les scores sont très compliqués. Il est important que la diversité continue mais il faut se poser la question de comment faire pour qu’un film soit vu : les salles d’art et essai font cette promotion et cette diversité mais parfois il y a une absence de public. Comment faire pour que vous ne passiez pas x années devant un film qui ne sera pas vu ? Est-ce qu’un distributeur peut passer trois mois de sa vie pour 1 000 spectateurs même si c’est important ? Je n’ai pas de religion en la matière, ce sont juste des interrogations.

Sur le terrain des concessions il est rejoint par Louise Ferry, qui se demande si on ne peut pas créer une exception pour les acteurs les plus modestes du marché du cinéma :

Je me demande en quoi c’est un problème de sortir les films d’art et essai de la chronologie des médias dans la mesure où ce sont des films qui restent très peu de temps et où il y a très peu de copies. C’est très peu diffusé, ils sont boudés par le grand public. Surtout dans la mesure où cette offre légale en ligne n’est pas importante en plus.

Ce n’est pas tant l’envie de culture qui manquerait aux spectateurs, mais de moins en moins de curiosité d’une partie du public. Un film d’auteur dans une seule salle à Paris à deux séances par jour, est-ce suffisant pour permettre à un grand nombre d’aller voir ce film ? Est-ce un film mauvais ou simplement un film qui manque sérieusement de moyens, de plateaux télés et de promotion dans le métro. En tête, Camille redouble, le dernier film de Noémie Lvovski, dont le matraquage télévisuel et radiophonique a dû nécessiter un budget publicitaire considérable.

Donner une chance aux petits en bouleversant la chronologie des médias. Utiliser Internet comme support de promotion et de recommandation. Faire confiance aux internautes. L’autisme est une « attitude mentale caractérisée par le repliement sur soi-même, un mode de pensée détaché de la réalité ». Choisir ses mots, avec autant de précaution qu’on choisit ses images.


Photo par William Brawley (cc-by) remixée par Owni

La « négation de la démocratie » du sénateur Marini

Ce lundi soir, Philippe Marini, président de la commission des finances du Sénat, répondait aux questions des internautes sur une bulle vidéo Google+ (ce qui est assez drôle en passant, au vu de ce que Google encaisse en ce moment) et sur YouTube. Modéré (et motivé ?) par Erwann Gaucher, Antoine Bayet, Richard Menneveux et Guillaume Champeau, le sénateur de l’Oise présentait sa « fiscalité numérique neutre et équitable ». Florilège des questions sur la concurrence, l’optimisation fiscale des géants du web et leurs bénéfices records.

Le point de départ

La position de Marini est assez claire (sur le site du Sénat en tout cas) : les profits qu’engrangent les grandes entreprises du Net grâce à la fiscalité est devenue « une véritable question de société ». Il explique :

Les médias ont popularisé le sujet et évoquent de plus en plus les montages fiscaux et les sommes soustraites par ces entreprises, du fait des insuffisances de législation.

Les insuffisances de législation taclées par Marini ne sont autres que la facilité (la dextérité ?) avec laquelle les géants du Net vont chercher de meilleurs taux d’imposition au Luxembourg et en Irlande, et jouent avec la TVA sur les biens immatériels. Stratégies infaillibles. Le cas d’Apple ayant payé 7 millions d’euros d’impôts en France alors qu’il ne déclare « que » 257 millions d’euros de chiffre d’affaires (officiellement, puisqu’officieusement, ses revenus français avoisinent 3,5 milliards), est édifiant. Google l’est tout autant et il y a fort à parier que Microsoft, sous le coup d’un contrôle fiscal – et d’une descente musclée d’officiers de police judiciaire – en juin dernier, fasse les frais d’un redressement du même ordre que celui demandé à Google.

Le point Lex Google

Philippe Marini, interrogé par Antoine Bayet, précise dès le départ : l’origine des travaux émerge de la situation des finances publiques et du souci de « voir les assiettes fiscales les plus modernes (sic) échapper à une taxation ». La poursuite de cette mission a été le jeu d’auditions des acteurs : Dublin pour Google, Londres et Rome pour rencontrer les parlementaires et Bruxelles au lendemain de la Lex Google allemande pour participer à un forum organisé par des professionnels de grands groupes de services d’information et de culture. Devenu président de la commission des finances, Marini ne chôme pas et il l’assume.

Quelle est la ligne à ne pas franchir pour un parlementaire concernant la Lex Google a été le premier point soulevé par Guillaume Champeau de Numerama : pour justifier une redevance, la Lex Google oblige à créer un droit voisin, supérieur au droit d’auteur pour protéger les oeuvres et ajouter des interdictions. Effectivement, Cédric Manara, juriste spécialiste de la propriété intellectuelle et d’Internet, expliquait sur Owni :

C’est la création d’un droit qui protège les sociétés de presse. Même si elles publient trois ou quatre lignes sur n’importe quelle actualité, elles sont de fait protégées. Non pas pour leur contenu, mais en leur qualité d’organisme de presse. C’est la création d’un droit équivalent au système de l’Ancien régime, la création d’un privilège. Pourquoi protéger un organisme de presse plutôt que d’autres contenus ? C’est un problème. Et si c’est ça la politique actuelle à l’heure du débat sur la propriété intellectuelle à l’heure du numérique, alors ce n’est pas bon signe.

La ligne rouge, expliquée par le sénateur, est surtout la possibilité de faire comme les Allemands en créant un droit à l’indemnité : « si les deux parties, éditeurs et agrégateur ou moteur de recherche, sont d’accord, c’est très bien ». Si les deux parties ne s’entendent pas, les tribunaux pourraient intervenir pour valoriser ce que « l’agrégateur devra reverser à l’éditeur ou l’auteur du contenu, le texte ne se prononce en rien sur la valorisation ou l’évaluation des droits ». Ah.

Mais « si Google réplique ? » demande Erwann Gaucher, et supprime les sites d’informations de son moteur de recherche ? « Quand on écoute Google, et il faut toujours écouter toutes les parties dans un sujet complexe, la réalité apparait elle-même quelque peu nuancée » répond Marini. Nuancée ? Oui, parce que Google dit que son moteur de recherche et Google News ne font pas apparaître d’insertion de publicité de manière directe ou systématique. Mais la réponse de Google ne tient pas compte du fait qu’elle est aussi une société dont la finalité est « la captation du marché publicitaire » précise le sénateur :

L’exploitation des supports publicitaires sur la toile est le coeur du réacteur Google, tout le monde le sait et c’est une évidence et il y a là une réalité qui peut rendre complexes les évaluations des dommages versés à des éditeurs dont les contenus seraient exploités à des fins différentes de celles pour lesquelles ils ont été conçus. La menace de représailles qui émane de Google et qui a un carcatère très antipathique est à l’opposé de l’image que voudrait donner la firme. La menace publique est assez difficile à accepter ((La diffusion de la note blanche aux cabinets ministériels « pour les mettre en garde », ndlr)) et je mesure mes mots. Cette réaction assez déplorable a été un peu comme un masque qui tombe, un masque de bonne intention.

Nous n’aurons pas la réponse du cas où Google répliquerait. Dommage.

Le point fiscalité numérique

À la Lex Google succède celui sur la fiscalité numérique, enchaînement limpide : après discussion sur la possibilité de taxer une entreprise telle que Google pour son indexation des sites de presse et les enjeux d’une telle mesure, rien de tel pour continuer que de définir les politiques fiscales. En l’occurrence Philippe Marini attend avant tout de l’exécutif (en félicitant « le pouvoir » de la mission dite Collin et Colin – du nom de leur rapporteurs – et la mission « très ambitieuse » confiée à Pierre Lescure sur l’acte II de l’exception culturelle à la française) qu’il prenne position et agisse sur trois plans distincts : national, européen « qui suppose d’exprimer une volonté et de se placer clairement dans la logique de l’axe franco-allemand » et mondial « pour faire évoluer les concepts de la fiscalité ». Le chantier est bien vaste.

Richard Menneveux ((excusé)) a fait parvenir une question sur les pouvoirs de l’État en matière d’action pour développer une fiscalité européenne ou pour appliquer une autre fiscalité. Développer une fiscalité européenne c’est avoir un poids conséquent donc. Appliquer une autre fiscalité c’est utiliser la législation française en prenant garde de ne froisser aucun des acteurs. La diplomatie reste de mise, même quand il s’agit de milliards et pour Philippe Marini, rien ne différencie l’optimisation fiscale et la fiscalité du secteur numérique aux autres secteurs. Seulement :

Il existe des interlocuteurs très puissants avec une claire conscience de leurs intérêts et qui font de l’arbitrage de législation. On ne saurait leur reprocher, peut-être d’un point de vue moral, mais ce n’est pas leur première motivation. D’après ce que nous savons d’un journal satyrique du mercredi ((Le Canard Enchaîné, ndlr)), l’administration fiscale française a entrepris une campagne de vérification auprès d’un certain nombre de groupes et pas seulement Google. S’agissant de Google, on évoque un enjeu supérieur au milliard d’euros en droit à redresser. Mais ayant lu l’article je crois que ces informations sont puisées auprès d’une bonne source. […] Le fisc français est tout à fait dans son rôle lorsqu’il s’efforce de reconstruire la réalité économique au-delà des apparences juridiques et s’appuie sur la notion d’abus de droits.

La question – pour Guillaume Champeau – se pose aussi hors les optimisations fiscales et autres manipulations de trésorerie « scandaleuses » : même en s’attaquant à la fiscalité des grands groupes, « c’est pas plus facile que d’aider les petites entreprises à devenir grandes ? »

La tentation de glisser sur la Google à la française – ou à l’européenne – est bien grande, tentation sur laquelle ne glissera pas le sénateur. Il expliquera quand même que l’Europe « bat sa coulpe » parce que les problèmes économiques et le système ont fait défaut pour concurrencer le géant de la recherche en ligne. Et ce, même si certains régimes fiscaux favorisent l’innovation « comme pour les entreprises innovantes » et que le sénateur reste sceptique sur ces mesures d’une « grande complexité » :

Un écosystème permettant de faire émerger de grands acteurs est-il possible ? C’est une question qui demeure ouverte. On ne peut pas se satisfaire d’une situation où l’on dépend complètement d’un algorithme fait ailleurs ou de clés d’accès pour certains programmes qui peuvent être utilisées et où les conditions peuvent varier de façon arbitraire.

« Négation de la démocratie »

Mais le calendrier de la législation est un calendrier lent, loin de celui du web ; et le sénateur est bien impuissant à expliquer que les discussions avec l’OCDE peuvent prendre 5 à 10 ans avant d’aboutir, quand la directive qui permettra de taxer les entreprises vendant de l’immatériel dans le pays de l’acheteur commencera à entrer en vigueur en 2015 jusqu’en 2019. « Le différentiel entre le taux de TVA français et celui du Luxembourg, c’est une hémorragie » pour la France ajoute le sénateur.

Et de préciser suite à une question Twitter que l’État perd 500 millions en ressources et un peu moins d’un milliard en TVA. Soit pour Philippe Marini, 1,3 milliard d’euros de manque à gagner. Mais le temps numérique encore une fois est un temps rapide et « ces chiffres progressent vite parce que le marché publicitaire sur le net est en forte expansion – 15% par an en ordre de grandeur – donc les enjeux sont extrêmement croissants ».

Conclusion « le sujet est extrêmement difficile […] mais en même temps c’est un sujet qui concerne l’ensemble des internautes, donc le grand public et c’est même presque un sujet de société car des entreprises, aussi remarquables soient-elles, qui créent et imposent leurs lois sur notre territoire dans une pure logique économique et d’optimisation fiscale, c’est une négation de la démocratie ».

À l’expression négation de la démocratie, il fallait entendre que les bénéfices devraient être également répartis grâce à une régulation et une politique bien à sa place.


Illustration par psd [CC-by]

Les cerveaux piratés du livre numérique

Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition - Photo par Claire Berthelemy (cc)

Hier avaient lieu les 9e assises du livre numérique, organisées par le Syndicat national de l’édition (SNE) à l’Institut Océanographique de Paris. La salle – pleine – a donc eu le privilège d’assister à trois conférences : le livre numérique en bibliothèque, les livres indisponibles, et les DRM/MTP ((moyens techniques de protection)). Avec, en bonus, les résultats du sondage SNE/SGDL (( Société des gens de lettres ))/SOFIA et OpinionWay sur les usages du numérique.

Le piratage comme baseline

Les DRM et MTP et leurs enjeux, la dernière conférence de la journée, tombait à point nommé alors que le Syndicat national de l’édition et 6 éditeurs dont Albin Michel, Hachette et Editis entre autres portent plainte contre la TeamAlexandriz, site de mise en ligne de livres numériques, pour l’amour de l’art et des livres gratuits et « bien numérisés ».

« Quels enjeux pour la protection ? » (vaste question), laissait en réalité apparaître en filigrane de toute la journée la crainte – qui a secoué en amont l’industrie du disque et touche l’industrie de l’édition, sans possibilité de quantifier – celle du piratage. Tout au long de la journée, a été évoquée cette peur latente pour les éditeurs de voir les oeuvres spoliées et distribuées gratuitement, courant à leur perte. Comme le numérique aurait tué l’industrie du disque, le piratage en premier responsable, tuerait celle du livre.

Vincent Montagne, président du SNE entamait la journée par une courte introduction en apostrophant les géants du Net – qui n’étaient pas présents – et déclarait surtout l’ouverture des hostilités contre les pirates-pilleurs :

Face à la gratuité, le droit d’auteur n’est pas un obstacle à la diffusion des connaissances mais la juste rémunération de la propriété intellectuelle. Pourquoi le travail de l’esprit aurait moins de valeur que la production de matériel ?

On vous offre ici la métaphore de l’éditeur et du jardinier, le « métier est complexe et aux multiples facettes, il s’efface devant ce qu’il promeut comme un jardinier qui planterait une graine qu’il aiderait à grandir, jusqu’à devenir un arbre magnifique et solide ». De rien c’est cadeau et c’est joliment dit.

Mais très vite, la baseline de la journée s’est surtout reposée sur cette assertion du président du SNE : « nous défendons le droit d’auteur contre le piratage et le mythe de la gratuité ». On l’aura compris le mal est un pirate. Même si se remettre en question comme peuvent l’expliquer certains éditeurs à Owni est en cours d’élaboration, la prégnance de la peur du piratage, qu’on pourrait voir comme sporadique est bien là. Et bien ancrée. Comme l’industrie musicale, qui a déclaré la guerre à toute une génération de jeunes, les éditeurs se tournent à présent vers la répression. Et ont fini par récemment attaquer la TeamAlexandriz, dont la manifestation sauvage sur Twitter a rassemblé (au départ) des comptes majoritairement inactifs ou presque, un ou deux abonnés, un ou deux tweets à leur actif (( de vrais comptes )).

Des comptes « plus sérieux » se sont ensuite joints au hashtag #aln et ils ont dénoncé l’inaction des éditeurs, la pauvreté du catalogue légal et la qualité des ouvrages. En y ajoutant #alexandriz.

L’illicite minoritaire

Mais Geoffroy Pelletier, intervenant au cours du bonus-sondage « les usages du numérique », et par ailleurs délégué général de la Société des gens de lettres (SGDL), l’exprimera pourtant assez rapidement :

L’illicite minoritaire, c’est 4% seulement de peer-to-peer pour l’acquisition de livres numériques et 1% en streaming, contre 41% d’achats sur Amazon, Apple et Google (28% pour la Fnac, Cultura et autres). Dans le même sondage, 17% des lecteurs de livres numériques ont déjà eu recours à une offre illégale de livre numérique. Parce que l’offre légale est trop chère (pour 69%) et que l’offre numérique légale n’était pas disponible (40%). De façon minoritaire, le piratage concerne les lecteurs ayant un problème d’usage lié aux DRM (14%).

L’empire contre attaque avec des DRM

Dans cette conférence pour le moins attendue et « alléchante » est intervenu pour les problématiques techniques des DRM, Bill Rosenblatt de GiantSteps. Qui a passé quelque temps sur le côté technique des moyens de protéger les oeuvres immatérielles contre les pirates. Jean Martin, avocat conseil pour le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) – celui qui s’est étouffé au moment où le SNE a déclaré qu’il portait plainte contre la Team AlexandriZ – s’est quant à lui exprimé sur les enjeux juridiques de ce type de protection.

« Aujourd’hui la définition est plus succinte : c’est une technologie [les DRM] qui utilise le cryptage pour protéger du contenu numérique d’utilisation non autorisée », a attaqué Bill Rosenblatt avant de passer à l’histoire des DRM, les technologies découlant aujourd’hui de celles qui étaient en cours dans les années 90. Un petit décalage pour Le Labo de l’édition :

Le système n’a pas changé donc. Rien de rassurant, mais d’un point de vue marketing, les ouvrages sans-DRM peuvent aussi être un argument de vente. Et si à l’origine les watermarks (filigrane) ou empreintes sont deux procédés techniques différents, pour Bill Rosenblatt, le système de surveillance (utilisé notamment par Hadopi permet de vérifier les contenus non autorisés) ne sont pas des systèmes de protection et sont « easy to circumvent », autrement dit facilement hackable, en général, quel que soit le média. Et il précise même :

Les filigranes pour les ebooks sont faciles à hacker.

En attendant, qu’ils soient facilement hackable ou pas, les DRM, qualifiées de « ralentisseurs de rues pour les hackers » par Rosenblatt, provoquent un certain nombre de difficulté d’interopérabilité notamment. Et de conclure :

Les éditeurs qui croient dans les DRM présupposent que ça ait une utilité même si elle est difficile à mesurer.


Photo par Claire Berthelemy pour Owni (cc)

La presse prend cher

Mercredi matin à l’Assemblée, le député Michel Françaix présentait les conclusions de ses travaux sur les médias et la situation de la presse française, dans le cadre des auditions et votes du projet de loi de finances 2013. L’occasion pour Owni de dévoiler le contenu de son rapport (dont une copie est présente en intégralité au bas de cet article). Critique à l’égard des aides, caustique sur les journaux papiers, il est aussi tourné vers l’avenir, qui pour le député se joue sur le numérique.

Obsolète

Sur les trois sections de la mission, le rapport sur la presse est donc à la fois le plus dense et le plus véhément. Michel Françaix est catégorique :

La mutation vers le numérique s’accélère pour toutes les familles de presse, y compris pour la PQR, qui s’y trouve d’ailleurs concurrencée et dont les recettes sur Internet atteignent désormais 10% du chiffre d’affaires. […] Dans le contexte de révolution industrielle que vit la presse, le rôle des pouvoirs publics ne doit pas être d’empêcher mais d’accompagner une mutation irréversible.

Pour le député de l’Oise, présent à la troisième journée du la presse en ligne : « l’ancien monde n’arrive pas à mourir quand le nouveau n’arrive pas à naître. » Comprendre à travers cette citation d’Antonio Gramsci (membre fondateur du Parti communiste italien, écrivain et théoricien politique), la presse papier et le régime de coopération sont obsolètes. Pour autant, la presse française est la plus soutenue.

Seulement, les aides ne permettent pas à un nouveau système viable pour la presse d’émerger et sur les 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires de la presse, 11% provient des aides à la presse. Et dans ce milliard, l’essentiel des ressources est à destination du modèle ancien, « indépendamment de toute réflexion sur leur finalité, leur pertinence et leur viabilité ». L’utilisation de l’argent des contribuables dans ce cadre laisse songeur. Le député cite l’exemple du versement des 50 centimes par exemplaire pour « retarder la mort de France Soir » et aux milliers d’euros dépensés pour permettre au groupe Hersant de garder la tête hors de l’eau.

En somme, les contribuables, par le biais des aides directes versées à la presse (hors TVA à 2,10 % pour la presse écrite, considérée comme aide indirecte), n’ont pas réussi à sauver France Soir et ont dépensé des sommes considérables pour … rien.

Ainsi, selon le parlementaire, les aides à la presse, vaste manne financière pour les journaux, en majorité papier, sont à remettre à plat et à redistribuer. Pour évaluer ce qu’elles représentent de nos jours, voici un aperçu de leur ventilation, le fonds stratégique de modernisation de la presse (FSMD) étant budgété à hauteur de quelques 33,5 millions d’euros pour 2013 :

On apprend également que certains titres bénéficient de l’aide au maintien du pluralisme dont L’humanité (3,08 millions d’euros en 2012), La Croix (2,94 millions) et Libération (2,87 millions) ; un pluralisme qui en 2012 se limiterait donc encore à l’offre du papier. Mais parmi ces aides, il en est une encore plus absurde et mal ciblée que les autres. L’aide au transport postal des journaux de presse écrite. Le député précise que « le coût de ce moratoire représente pour quatre titres de presse télévision ((Télé 7 jours, Télé star, Télé loisirs et Télé Z, ndlr)) deux fois plus que pour la totalité des titres de la presse quotidienne nationale ».

La Direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC) a répertorié dans un tableau en pages 28 et 29 du rapport ce que chacun touchait (passez le curseur sur les rectangles de couleur pour faire apparaître les montants précis) :

Subventions à la presse (2011)
en euros

Autre constat, les aides directes ne prennent pas en compte le super taux réduit de TVA pour la presse papier à 2,1%. Pour Michel Françaix, la répartition de la contribution publique par “famille de presse” hors aide postale et aide directes, soit les aides fiscales, bénéficient le plus à la presse magazine (35% des bénéficiaires) contre 24% pour la PQR et 15% pour la PQN. L’idée ? Cibler davantage et attribuer un taux de TVA réduit sur “la presse d’information citoyenne”. Autrement dit ni Gala ni Voici ni les magazines de golf, qualifié par le rapporteur de presse de loisirs ou ”presse récréative” et de fait pour lesquels le taux de TVA à 2,1% n’est pas justifié. Le député précise :

Le principe de solidarité qui sous-tend le système coopératif de distribution de la presse trouve déjà sa contrepartie dans l’application de tarifs postaux préférentiels qui bénéficient encore largement à la presse magazine.

Les taux de TVA différentiels appliqués en fonction de l’objet du journal, pourquoi pas. Même Bruxelles ne pourrait avoir à notifier la France d’un infraction au droit communautaire : la Belgique applique déjà un taux à 0% pour les quotidiens d’information générale et 6% sur les autres publications. Ce serait donc possible de taxer Voici à 7% quand Libération resterait à 2,1%.

Mutation

Mais le député ne se contente pas dans son rapport de parler de presse écrite et il souligne l’importance du passage au numérique pour une partie de la presse :

Il faut en avoir conscience, d’ici une dizaine d’année, peut-être moins, la presse quotidienne papier sera distancée par la presse en ligne. L’hypothèse actuellement retenue de diminution de la vente au numéro pour les quatre prochaines années est de 25%.

L’optimisme de Françaix pour le numérique fait chaud au coeur et il continue sur sa lancée d’une ode à la presse en ligne, en taclant au passage la presse papier : ”Trop occupé à tenter de préserver l’existant, le secteur oublie d’innover et de consentir les nécessaires investissements d’avenir”. Dommage pour les pros du secteur mais il est possible d’enfoncer le clou un peu plus loin en expliquant que les aides à l’investissement sont ”trop souvent des aides déguisées au fonctionnement”. 20 millions d’euros sur presque 1,2 milliards d’aides pour l’aide au développement de la presse en ligne. Un tout petit rien.

Parmi les obstacles restant, la TVA à 19,6 pour la presse en ligne est l’un des points qui vaut l’ire de Michel Françaix. Le même contenu sur un support différent devrait être taxé de la même manière, par souci de ”neutralité technologique”, explique le député.

Le fonds stratégique, grand lésé

Considéré par le rapporteur comme étant l’élément clé de la réforme des aides à la presse, le fonds stratégique n’est que que la fusion de « de trois fonds au sein d’un fonds, qui comporte trois sections correspondant aux fonds fusionnés ». Effectivement, pour une réforme de grande ampleur, soulignée en juin 2009 par le rapport Cardoso à la suite des États généraux de la presse, la fusion manque d’envergure.

Le fonds d’aide au développement de la presse en ligne fait partie des plus lésés du projet de loi de finances 2013 mais, si le bilan est mitigé, le ciblage des aides est ”très discutable”. Manque de transparence dans les critères d’attribution de l’aide selon le rapporteur sur le projet de loi de finances 2011 et ouverture du fonds SPEL en 2009 avec une enveloppe de 20 millions d’euros ”sans aucune réflexion préalable, ni sur son montant, ni sur son ciblage”. De quoi calmer les ardeurs des défenseurs des subventions sous perfusion, puisque le député assassine clairement le fonds et son fonctionnement :

Il en est résulté un guichet supplémentaire et un saupoudrage inéluctable des crédits. Surtout […] les dépenses éligibles comprenaient des dépenses de fonctionnement, en particulier les salaires bruts des journalistes affectés au numérique. Ont ainsi été inclus dans le champ des dépenses éligibles des salaires de rédactions entières “réaffectées” du “papier” vers le “web”, ce qui a donné lieu à un important effet d’aubaine et gâchis d’argent public.

Avec son rapport, on dirait bien que Françaix compte mettre un coup de pied dans la fourmilière. Reste à voir si la portée des constats est à la hauteur des attentes du député. Et d’une partie de la presse.


Plf 2013


Photo du kiosque par Raph V. [CC-byncsa] remixée par Ophelia Noor pour Owni /-)