#3

Tu sais pertinemment que je ferai des aller retour dans ta vie jusqu’à n’en plus pouvoir. Que brusquement je sonnerai à ta porte ou que j’appellerai ton répondeur. Tu sais que c’est une sorte de manège, de circuit. Des va et des viens. Et tu saisiras ce que tu veux pour moi. Tu n’oublieras pas. Je ferai en sorte que mon sourire te soit gravé au fond des yeux, que pour les mauvais jours, là, de loin, tu aies l’impression que je sois juste à tes côtés.

#2

Je voudrais te parler de Paris, du Paris qui voit nos vies se déverser chaque jour aussi vite que coule l’eau dans la Seine. Je voudrais te compiler tous les moments qui ont façonné ceux que nous sommes devenus. Ce couple en perdition. Que tu comprennes ce que nous avons raté. Aussi ce que nous avons aimé partager. Ce que je vais te raconter va commencer ici, dans cet appartement aux appliques modernes et au parquet ciré, à l’escalier tapissé d’une moquette rouge, aux grandes fenêtres et lourds rideaux blanc cassé. Je vais te parler d’amour et de paix, de haine et de cris projetés dans cette chambre, témoins de nos moments doux comme de nos disputes incessantes.

Le MOX revient à la réalité

Pendant que le Parti socialiste et Europe Écologie-Les Verts s’écharpaient à propos d’un paragraphe de leur accord se référant au MOX, le groupe EDF, lui, intensifiait son lobbying pour alimenter avec ce fameux MOX (le plus radioactif des combustibles nucléaires) deux réacteurs de la centrale du Blayais, près de Bordeaux.

Une enquête publique [PDF], démarrée lundi 14 novembre, permet aux habitants et acteurs locaux de poser des questions à l’un des trois commissaires enquêteurs désignés – dont un ingénieur retraité d’EDF – pour effectuer des permanences d’information au public, comme nous avons pu le constater sur place.

Le MOX est une spécialité française : combustible de deuxième génération, composé d’un mélange de plutonium (7%) et d’uranium (93%) et fabriqué à Marcoule par Melox (une entreprise du groupe Areva), il est élaboré à partir des matières recyclées à l’usine de retraitement de La Hague. Des experts sollicités par Greenpeace soulignait dès 2001 l’extrême dangerosité de ce mélange, présent en nombre dans les réacteurs de Fukushima.

À la centrale du Blayais, pour permettre l’arrivée de ce MOX dans deux nouveaux réacteurs, EDF presse les autorités de modifier le décret autorisant l’installation nucléaire locale. En prenant acte, notamment, que les deux premiers réacteurs du Blayais fonctionnent déjà au MOX depuis 1994 et 1997.

Dossier imprécis

Cependant, un avis de l’Autorité environnementale du Ministère de l’écologie et du développement durable (AE), datant de juillet dernier, pointe un certain nombre de défaillances dans le dossier remis par EDF et disponible sur le site du groupe. Michel Badre, président de l’Autorité environnementale nous précise :

Nos avis sont obligatoirement sollicités par les maîtres d’ouvrage, dès qu’il y a étude d’impact et enquête publique. Ils n’ont pas de valeur contraignante, mais doivent être joints au dossier d’enquête publique, et publiés sur site internet (le nôtre, et celui de l’autorité qui instruit le dossier). Tout le monde peut donc y avoir accès, et les utiliser en cas de recours.

Saisie par la Direction générale de prévention des risques du ministère de l’Écologie et du Développement durable, l’Autorité environnementale a rédigé son avis délibéré le 20 juillet. 26 pages techniques et critiques. Au départ, le texte concernait l’évaluation environnementale du dossier de demande de modification du décret.

Mais très vite, la question seule de l’emploi du MOX s’est imposée sur les autres : la centrale prélevant et rejetant son eau dans l’estuaire de la Gironde, lui même site protégé – classé site Natura 2000 pour la préservation des espèces. L’étude d’impact sur l’introduction du MOX dans les réacteurs 3 et 4 de la centrale s’est transformée en une mise à jour de celle de la fin des années 70 :

Dans les faits elle se présente comme une actualisation, pour l’ensemble du site du Blayais, de l’étude d’impact de la fin des années 1970. Il faut par ailleurs garder en mémoire qu’une telle actualisation était considérée comme opportune par de nombreux partenaires concernés par les impacts du CNPE [Centre nucléaire de production d’électricité, NDLR]

Le rapport met surtout en évidence des manquements d’EDF dans les dossiers de présentation. Et pointe du doigt les enjeux sur la santé, l’environnement  et « la prévention des risques accidentels ».

Dans les faits, EDF souhaite introduire le MOX pour des motifs de rentabilité. Or l’avis de l’Autorité environnementale souligne l’absence de bilan de l’entreprise sur sa stratégie environnementale. Et son silence sur l’impact de ses activités :

La justification du choix de « moxer » les réacteurs 3 et 4 du Blayais en un peu plus de trois pages ne peut cependant pas être considérée comme satisfaisante. […] Aucun développement n’est proposé sur cette nouvelle filière technologique et sur ses perspectives opérationnelles raisonnables à échéance de 2050. La conclusion semble dès lors hâtive : « En définitive, le traitement et le recyclage, avec les installations existantes, constituent aujourd’hui une filière industrielle totalement maîtrisée pour gérer les combustibles usés...».

Pour le rapport, le plutonium, retrouvé en grande quantité dans le combustible nucléaire irradié, est un des éléments « qui pose le plus de problèmes à la filière de retraitement, compte tenu de ses caractéristiques qui le rendent très dangereux (très forte radiotoxicité et durée de demi-vie de 24 000 ans pour le Plutonium 239) ». Le groupe prédit même un avenir qu’il n’est pas en mesure d’estimer concernant un second recyclage du plutonium contenu dans le MOX, dont les pastilles sont un million de fois plus radioactives que celles d’uranium (( selon l’avis de l’AE )) . Le retraitement du plutonium est, pour EDF, une certitude :

Bien qu’il n’existe actuellement aucune perspective validée en France de recycler une seconde fois le plutonium (contenu dans les assemblages MOX usés), le maître d’ouvrage estime que « les combustibles MOX usés permettent ainsi de constituer une réserve de plutonium pour EDF » dans la perspective d’une nouvelle génération (dite IV) de réacteurs à horizon 2050.

« Du pire au super-pire »

Mais le comble, pour un dossier consultable par le public, concerne son manque de lisibilité. Il est jugé par l’Autorité environnementale comme étant « difficile à lire, tant par sa longueur et son organisation générale (renvoi de parties essentielles dans des annexes) que par sa rédaction ». Sur le site d’EDF, 1448 pages en format flash, non téléchargeables.

L’Autorité environnementale recommande de trouver un mode de présentation qui permette de mieux hiérarchiser les enjeux que l’étude d’impact doit prendre en charge, du double point de vue des impacts sur l’environnement et la santé humaine et de celui de l’information du public. […] l’Autorité environnementale recommande au maître d’ouvrage de mettre à disposition, lors de l’enquête publique, des moyens informatiques permettant de retrouver rapidement les pages concernées par des mots clés qui pourraient être identifiés notamment avec la contribution de la Commission locale d’information du site nucléaire du Blayais.

Pour Stéphane Lhomme, président de l’Observatoire du nucléaire, ancien porte-parole du réseau Sortir du nucléaire et président de l’association Tchernoblaye :

C’est encore pire avec le MOX en cas de catastrophe. En plus de tous les produits qu’il y a dans les réacteurs, il y aura du plutonium. On en est à comparer le pire avec le super-pire. EDF, après Fukushima continue et veut ajouter du MOX comme s’il ne s’était rien passé. On sait à l’avance que le verdict final sera positif pour EDF même si tous les gens qui viennent à l’enquête publique ajoutent des annotations contre la modification du décret. Même si dix mille personnes le refusent.

Le Ministère de l’écologie aura le dernier mot.


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La lettre de Baroin à Areva

OWNI s’est procuré une copie (accessible au bas de cet article) d’un courrier de quatre pages du ministre de l’Économie, des finances et de l’industrie, François Baroin, adressé à Jean-Cyril Spinetta, président du Conseil de surveillance d’Areva. Le ministre y détaille les résultats financiers désastreux du groupe et fixe des objectifs de rentabilité peu compatibles avec les leçons de l’après Fukushima. Avec un flux de trésorerie négatif après cession de plus d’un milliard d’euros pour les années 2009 et 2010, François Baroin impose une accélération « des efforts de redressement de la rentabilité » de l’entreprise. Et demande une marge opérationnelle à deux chiffres.

Rapidité, efficacité et rentabilité

Les annexes détaillées sont claires : priorité aux partenariats avec EDF et aux finances pour améliorer le bien-être des actionnaires. La sécurité n’est plus la première exigence et s’est éloignée des objectifs fixés par l’État. Pour le ministre, il faut garder à l’esprit :

face aux enjeux majeurs qui se présentent après Fukushima, la nécessité de restaurer la rentabilité du groupe pour lui permettre de financer ses projets de développement.

Précisément, cette nécessité économique se présente comme ”une attente forte de l’État”. Le Directoire doit se contenter d’appliquer les recommandations ”dans de brefs délais”. Rapidité et efficacité. On peut comprendre la crainte des salariés et leur attente du plan d’action stratégique, prévu pour mi-décembre.

Concernant les finances du groupe, François Baroin ne laisse pas d’autres alternatives que la transparence de leurs finances et choix stratégiques :

La stratégie industrielle d’Areva aura vocation à être déclinée rapidement en un certain nombre d’objectifs concrets, chiffrés et qualificatifs, pour chaque unité opérationnelle.

Le mot d’ordre : rapidité. Areva est prise dans un étau et a pour seule solution d’obéir aux impératifs ministériels.

Dans ces conditions […] il apparaît plus essentiel encore d’accélérer les efforts de redressement de la rentabilité. Ces efforts apparaissent d’autant plus nécessaires qu’Areva doit reconstituer ses marges de manœuvres financières pour pouvoir poursuivre une politique d’investissement, certes plus équilibrée, mais tout aussi critique pour son développement sur le long terme. Le Directoire devra s’efforcer d’atteindre les nouveaux objectifs fixés pour 2012 et une marge opérationnelle à deux chiffres le plus rapidement possible, et en tout état de cause à l’horizon 2015 au plus tard. Le groupe devra par ailleurs s’astreindre à la plus grande transparence vis à vis de ses actionnaires.

L’intention de François Baroin est louable. L’État, actionnaire à plus de 90 % est en droit de demander des comptes. Et l’entreprise de s’y plier. Reste que les autres actionnaires, plus petits mais néanmoins importants, exigent des résultats. Total, EDF et KIA (( le fonds du Koweit ayant participé à hauteur de 600 millions d’euros à la recapitalisation de décembre 2010 )) pèsent lourd dans les choix stratégiques. En atteste l’exigence suivante :

Ces objectifs visent à créer de la valeur pour les actionnaires du groupe, à la fois du fait de l’amélioration de la valorisation du titre et de la capacité à mieux rémunérer le capital investi, mais aussi pour l’entreprise en lui donnant les moyens d’investir pour l’avenir.

Plus loin encore dans la feuille de mission :

En complément, il devra proposer un plan de financement réaliste et conforme aux intérêts des actionnaires.

Et François Baroin d’enfoncer le clou : impossible pour le Directoire de refuser la cession de ses parts dans ERAMET et l’ouverture du capital de sa filiale minière.

Dans ce travail, le Directoire n’exclura aucune hypothèse, notamment s’agissant des modalités de financement du groupe. La cession de la participation d’Areva dans ERAMET et l’ouverture du capital de la filiale minière (dont la possibilité a été laissée ouverte par le Conseil de Politique Nucléaire) devront être analysées en fonction de leur opportunité stratégique et patrimoniale.

Pour parvenir à redresser la barre, rien de mieux qu’un rapprochement stratégique avec EDF, grand ennemi d’hier. Les objectifs fixés par le Conseil de Politique Nucléaire (CPN) du 21 février 2011 précisent comment Areva doit se situer vis-à-vis d’EDF. Le partenariat stratégique met en avant l’importance du rapprochement et l’entreprise de Proglio n’est plus seulement client mais surtout ”partenaire essentiel”. Étrange façon de forcer la relation des deux géants du nucléaire en dehors d’un consortium.

Et non seulement, Areva est sommé de s’entendre avec EDF mais elle se doit de trouver un accord d’approvisionnement en uranium avec Proglio. Alors même que les mines viennent d’être filialisées et pourraient être ouvertes à des fonds étrangers.

Le Directoire devra par ailleurs veiller à conclure un accord d’approvisionnement de long terme d’EDF en uranium.

Il faut de la rentabilité. Surtout pour les actionnaires. Et tisser des liens jusqu’alors in-tissables avec EDF. Une idée pour les mois à venir.

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Illustrations via Flickr par Victor Herz [cc-by]

Illustration de Marion Boucharlat pour Owni.

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Areva embarque la presse

Hier, 8 novembre, le groupe Areva organisait un voyage de presse sur le chantier de l’EPR en Finlande, pour faire oublier ses nombreux ratés. Un aller-retour d’une journée par avion privé en forme d’opération de séduction. OWNI est monté à bord pour observer la communication d’Areva autour de la fabrication de son EPR, Olkiluoto 3 (OL3).

Le retard sur le chantier finlandais dépasse deux ans. Les pertes sèches du contrat, pointées du doigt par le rapporteur spécial Marc Goua, sont estimées à 2,6 milliards d’euros, selon Pierre Aubouin, directeur financier du groupe sur place hier. Quant aux pertes assumées par les co-contractants, Siemens et Areva, elles avoisinent les 3 milliards d’euros.

Dans ce contexte, la priorité est de redorer le blason du consortium franco-allemand auprès des analystes et journalistes invités. Autre enjeu de taille pour Areva : le projet de fabrication d’un quatrième EPR sur la même île. L’appel d’offre de Teollisuuden Voima Oyj (TVO) pour la construction d’OL4 n’est pas officiel, mais cinq candidats sont en lice. Dont le constructeur français.

Un étalage de chiffres et de projets

Le menu du voyage express est un plan comm’ bien huilé : un étalage de chiffres et de projets de la part de TVO, l’équivalent finlandais de l’EDF français, un déjeuner-briefing avec Jean-Pierre Mouroux, le chef de projet de l’OL3 et une visite chronométrée et au pas de course des différentes parties du réacteur en petits groupes de salariés, journalistes et analystes.

Dans un amphithéâtre moderne, deux cadres de TVO présentent leur site. Installations en marche, modernité de leurs procédés, place importante à la sûreté, le discours est bien rodé. Une télécommande laser pointée sur un power-point accompagne la cadre de TVO dans son éloge sur leurs solides installations. Quelques questions fusent dans l’assemblée. Une des deux responsables martèle :

L’EPR entrera en service en 2014 (( NDLR : mise en service prévue à l’origine en 2009 )) .

Concernant le contrat avec Areva et Siemens, verrouillage rapide. TVO, le client réputé compliqué, répond laconiquement :

Nous ne commentons pas le retard ni ses coûts.

Malheur à ceux venus pour éviter les réponses conventionnelles. Rien de plus que ce qu’aurait pu expliquer une plaquette de communication en papier glacé ne filtre ici. Les relations sont visiblement tendues. Un porte-parole d’Areva confirme : « Et encore, ça va beaucoup mieux qu’il y a quelques temps ». Mais le temps est compté et la visite guindée doit se poursuivre.

L’amertume du français

Dans un préfabriqué d’Areva, la soupe de présentation continue. Jean-Pierre Mouroux, successeur de Philippe Knoche, l’ancien chef de projet de l’OL3, oscille entre explications techniques, justification des coûts et confiance pour l’avenir. Mais TVO vient de confirmer une mise en service de l’EPR pour la fin de l’année 2014 – cinq ans après la date de mise en service initiale. De quoi titiller la curiosité des journalistes.

À l’entrée du site, un compteur digital d’heures travaillées et de journée sans accident prévient le visiteur : 6ème jour sans accident. Alors après une belle démonstration d’un projet pharaonique, par sa taille, le nombre d’ouvriers et son coût, Mouroux martèle pour les sceptiques :

Ce chantier représente 36 millions d’heures travaillées sur le site depuis la début de la construction de l’EPR.

Mais des documents sont attendus par l’ASN finlandaise, la Stuk, en provenance de TVO. Et TVO les attend du côté d’Areva. Commence alors une énième joute verbale entre les journalistes et analystes et le chef de projet. Quid des documents sur le contrôle commande à remettre à la STUK ? La tension entre TVO et Areva se palpe :

Nous sommes en train de les remettre à jour. Mais TVO met du temps à les envoyer.

Et TVO, l’inspecteur des travaux finis, continue d’en prendre pour son grade :

Le pourcentage de contrôle d’Areva est modulable au sein du consortium. Celui de TVO et de la Stuk aussi. Sauf que ces deux derniers ont tendance à augmenter leur part de contrôle pour passer du simple contrôle à une surveillance.

Mais le temps imparti aux questions est – rapidement – écoulé. Et en petits groupes sous l’égide d’un salarié d’Areva, la visite des différentes parties du réacteur commence. Dans les couloirs et les souterrains de l’EPR, des ouvriers salariés ou sous-traitants travaillent à ce que l’EPR avance. Et rapidement. Un salarié se réjouit : « Vous vous absentez une semaine du chantier et vous remarquez tout ce qui a pu être fait. Nous avançons. »

On l’aura compris, OL3 avance tant bien que mal. Le message est passé. Mais subsistent des questions sur la possibilité d’un consortium Areva/EDF pour OL4 et l’étendue des dégâts des finances concernant le retard entre autres. Question à laquelle l’équipe d’Areva répond :

Les retards concernant OL3 n’auront que peu d’incidences sur les provisions.

Un ordre de grandeur sans doute.


Photos via FlickR CC [by] bolkm [by-nc-nd] marcovdz

Le sens caché des discours

L’utilisation de logiciels d’analyse lexicale sur les discours (( Les discours des candidats sont disponibles ici : Données par candidat ))des candidats à la présidentielle de 2007 met en évidence quelques surprises. Car l’analyse mathématique de leur langue, de leur parole au jour le jour, montre qu’ils abordent souvent des sujets éloignés des thématiques auxquelles leur personnalité publique est associée (( manquent à l’appel Arlette Laguillier, Frédérique Nihous et Philippe De Villiers dont les discours de candidature ne sont pas disponibles ou introuvable » )). À la veille de l’échéance de 2012, ce retour sur expérience devrait nous inviter à écouter avec distance les discours de la prochaine présidentielle.

Un peu comme si les règles du marketing politique gouvernant l’écriture des discours se trouvaient mises à nu. Confirmant l’impression que ces interventions – largement mises en scène dans les meetings – ne consistent pas à approfondir les thèmes que les candidats sont supposés incarner. Mais davantage, par de savants dosages, à séduire des électeurs qui ne se seraient jamais reconnus dans tel ou tel candidat.

Une gauche plus à droite

En traitant les discours avec un logiciel de text mining – technique statistique permettant d’automatiser le traitement de gros volumes de contenus texte, en isolant les tendances et les sujets évoqués par les candidats – trois des candidats à la présidentielle 2007 se détachent des autres. L’infographie ci-dessous (cliquez pour voir en grand format) répertorie visuellement les thématiques principales des orateurs. À l’image de leurs convictions, les discours sont plutôt représentatifs de leur vision politique du pays, à quelques exceptions près.

Pour Nicolas Sarkozy, les thématiques du travail, de l’école, des moyens, des enfants, de la République et de la morale sont majoritaires. Fidèle à sa vision du « travailler plus pour gagner plus » et de son idée d’une République méritocratique, son long discours aura eu tendance à noyer l’auditeur dans des valeurs républicaines, chères à l’hyper-président.

Malgré tout, le candidat du slogan « ensemble tout devient possible » est en lien avec celui qui s’est auto-proclamé candidat des maires de France, Gérard Schivardi. Notamment sur les questions concernant l’Europe et Maastricht et sur l’importance de l’école, et un peu plus à l’écart, l’importance des parents, de la démocratie et des droits. Schivardi se démarque par ailleurs sur le thème de l’égalité et… des amis. Contrairement à Jean-Marie Le Pen, opposé à Nicolas Sarkozy, dont les principales problématiques tournent autour de la nation, du peuple, de la victoire (notamment celle de Valmy cité quinze fois) et des Français.

Plus étonnant, la sécurité – ou l’insécurité – est une occurrence qui se retrouve souvent dans la bouche des candidats de l’extrêmegauche (Marie-Georges Buffet, José Bové et Olivier Besancenot). Et que Ségolène Royal utilise une dizaine de fois. La gauche abandonne ainsi certains de ses thèmes et intervient sur le sujet phare de l’ancien ministre de l’Intérieur.
Autre surprise de ce text-mining : en associant au sein de ce groupe « à gauche » différents mots, ressort « Ensemble tout devient possible » le slogan de l’UMP.

Diversité quantitative

Avec Tropes, autre logiciel d’analyse sémantique, le style du discours peut être défini et permet d’aborder le point de vue qualitatif de leur prose respective. D’abord le style diffère selon qui prononce son discours. Ensuite la répartition quantitative des noms, verbes et adjectifs n’est pas la même. La majorité des candidats de cette présidentielle-là a adopté un style argumentatif, défini par le logiciel, comme étant celui qui discute, compare ou critique. Les candidats étant majoritairement opposés à la droite en place, les critiques et la discussion sont la suite logique de leur argumentation.

Quand la narration prime dans le discours de Dominique Voynet, José Bové adopte lui un style descriptif et reste dans la position de constat. Quant à Nicolas Sarkozy, en position de force, il est le seul à user d’un discours énonciatif, soit “qui établit un rapport d’influence ou révèle un point de vue”.
Correspondant finalement à ce qu’il est possible d’observer en règle générale chez ces candidats ou au sein de leur parti.

Deux catégories de candidats se distinguent concernant l’utilisation des pronoms. Si Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Pen et Ségolène Royal ont un langage plutôt centré sur le « Je » (à relativiser pour le cas de Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen qui couplent le Je et le Nous mais qui figurent tout de même juste derrière Nicolas Sarkozy), les autres sont plus modestes. Les premiers usant et abusant de la première personne du singulier. Je, donc.

Et ceux qui ont l’esprit d’équipe (José Bové, Dominique Voynet et François Bayrou) et s’expriment surtout avec la première personne du pluriel (Nous).

À noter que Dominique Voynet et José Bové n’utilisent que très peu la première personne du singulier.

Dans la catégorie nombre de mots : la palme d’or du candidat le plus prolixe est attribuée à l’actuel Président de la République, qui le 14 janvier 2007, Porte de Versailles, a tenu en haleine son auditoire avec 8 233 mots. Suivi de très loin par Ségolène Royal et son discours, prononcé trois jours après, qui comptabilise 4 045 mots. Soit la moitié. Sur la dernière marche du podium monte Jean-Marie Le Pen, qui le 20 septembre 2006 au moulin de Valmy, abreuve ses auditeurs de 3781 mots.

Viennent ensuite Gérard Schivardi, Dominique Voynet et François Bayrou avec respectivement 3 423, 2 289 et 1 812 mots. Quant à Olivier Besancenot et José Bové, leurs deux courts discours tiennent en 1 586 et 1 390 mots. Ou un cinquième et un sixième du discours de Nicolas Sarkozy.

Quand on veut, on peut

En triant le nombre de verbes par leur fréquence, être et avoir reviennent le plus souvent. Ensuite pour Olivier Besancenot et Gérard Schivardi, falloir et avoir remportent tous les suffrages. José Bové reste en marge avec être, vouloir et devoir dans son trio de tête.

Mais ce qui correspond le plus à ce que les candidats représentaient il y a cinq ans tient souvent en un seul verbe, le plus emblématique du personnage. Aussi, si le charismatique Jean-Marie Le Pen utilise sensiblement les mêmes verbes que ses concurrents de l’époque, son trait de caractère qui le différencie est incarné par… le verbe incarner.

De la même manière, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Olivier Besancenot (Gérard Schivardi également) ont en commun la notion du vouloir/pouvoir, à rapprocher de la maxime « quand on veut on peut » et d’un idéal méritocratique. Le trio José Bové, Dominique Voynet et François Bayrou sont plutôt dans le « faire » que le falloir.

Le mot de la fin

Dans certains discours, à l’exception de ceux José Bové, Ségolène Royal et François Bayrou, le seul nom propre est prononcé est… Nicolas Sarkozy. Un indice pour déterminer quel sera le prochain Président de la République : chercher dans les discours de candidature de la présidentielle 2012 qui est cité le plus par chaque candidat.


Données qualitatives traitées par Birdie Sarominque avec le logiciel DTMVic5.2 développé par Ludovic Lebart, ancien directeur de recherche au CNRS. Pour la méthodologie, le tri des données a été effectué en sélectionnant les occurrences supérieures à 7 pour chaque mot.

Infographie réalisée par Marion Boucharlat.

Le nucléaire en grève

Selon des informations obtenues par OWNI, demain matin, entre 11 heures et midi et entre 13 et 14 heures, les salariés d’Areva FBFC à Dessel en Belgique, effectueront un débrayage de deux heures au moins pour protester contre les fermetures et les licenciements prévus par les dirigeants du groupe Areva.

L’annonce de la fermeture de leur site, employant 152 personnes, avait fait grand bruit le 25 octobre dernier et déclenché une avalanche de communiqués contradictoires des syndicats. Selon ces derniers le groupe voudrait se séparer de 3 000 salariés sur 41 000 restants (ils étaient 79 000 fin 2009).

À en croire le groupe et le gouvernement, il s’agit de restaurer sa capacité de produire de la monnaie sonnante et trébuchante pour combler le gouffre financier que représente l’EPR finlandais d’Olkiluoto. À commencer par réduire les coûts d’exploitation et la masse salariale du groupe.

La direction du groupe dément la suppression des postes, mais il n’en reste pas moins un doute sérieux quant au reclassement des 152 salariés de la filiale. Et les sites dont l’activité est la même qu’à Dessel : Pierrelatte et Romans en France mais aussi Lingen en Allemagne seraient directement menacés par cette fermeture.

La fermeture de l’usine de Dessel répond à cette nécessité de gagner quelques euros. Pourtant selonune étude du cabinet de conseil Secafi qu’OWNI a consulté, et remise à l’entreprise, la branche combustible d’Areva a surtout subi :

la tension de la relation avec EDF en vue des re-négociations de volumes [de combustibles, NDLR] concernant 2013/2017 : volonté supposée de l’opérateur de réduire la part de marché d’Areva.

Areva n’aurait pas besoin de fermer le site mais de renégocier ses contrats avec EDF. Question de rentabilité à moyen terme à résoudre en négociant mieux. Mais en plus des relations tendues, l’étude montre qu’en 2010, “les volumes EDF ont été inférieurs à l’engagement contractuel.”

Si Dessel ferme, c’est avant tout parce que le site a pour principal client EDF. L’usine Melox reprend en interne son activité d’assemblage du combustible MOX dans le courant de l’année 2013. Et contrairement aux deux autres spécialistes de l’assemblage de combustibles – Romans et Lingen – Dessel n’a pas d’autre client que le royaume d’Henri Proglio.

Pire encore :

Avec une capacité industrielle qui se révèlerait limitée sur Romans […], les trois sites [NDLR : Romans, Dessel et Lingen] seraient nécessaires pour passer l’année 2015.”

Et l’étude de conclure qu’aucune décision de restructuration ne devrait être prise avant la fin de l’année 2012. Pourtant Luc Oursel n’est pas engagé dans cette voie-là. Après la création de la filiale mines – qui permettrait l’entrée du Qatar au capital -, la démission subite du PDG allemand Ulrich Gräber qu’il justifie officiellement par son âge (( de source interne, il s’agit plutôt d’un désaccord sur l’absence de communication au sein des équipes dirigeantes )) et la vente récente de la filiale Canberra fabriquant des appareils de radioprotection entre autres les confettis du groupe et les salariés sont en passe d’être répandus et/ou vendus un peu partout.

Alors que la dernière grande réunion du groupe a eu lieu fin octobre, le plan d’action stratégique doit être rendu le 12 décembre prochain. Mais déjà, selon des informations internes, l’avenir ne parait pas radieux pour les salariés : le départ de Jean-Cyril Spinetta du conseil de surveillance se confirme, les mines et leur baisse de valeur plombent les finances, des nouveaux retards sur OL3 sont à attendre, la filialisation des mines permettraient l’ouverture du capital au fonds Qatar et … à un fonds chinois et, surtout, le Koweit serait inquiet de la baisse de valeur des actions du groupe et menacerait de retirer ses parts.


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