L’armée de petits soldats

C’est l’histoire d’une armée de petits soldats disloqués, les membres mous, les gestes las d’être répétés aussi souvent du soir au matin. Qui gobe les pubs autant qu’elle avale sa peine et la boit cul sec attablée avec d’autres petits soldats. La même armée instaure une position défensive. Face à l’amour même pas peur ! On se fera jamais avoir hein. Face à la mort jusqu’à la première perte c’est loin c’est rien. Ils avancent tête baissée le matin dos courbé le soir, attrapant le dernier métro le premier bus de nuit ou les clefs de la voiture après une soirée avec un petit groupe de l’armée. Souriants, optimistes et volontaires, asservis à la cause d’une vie épanouie et chargée, remplie de tout mais surtout de rien. Rêvant de ne jamais marcher sur leurs idéaux pourtant piétinés en douceur avec toute la violence que la société leur accorde alors qu’ils veulent penser différent sans faire partie de la masse. Ils sont nombreux ils sont des milliers à avancer à gober à boire à sortir à rire à travailler avec pour aucune autre injonction que celle de ne pas marcher dans le rang en même temps que le reste de leurs congénères. Toujours un temps d’avance toujours plus vide ce qui est vieux de quelques jours n’a d’autre valeur que celle qui est assénée à celui qui est en retard. En retard sur quoi ? Où vont-ils ?

La petite armée de soldats disloqués aux gestes nonchalants brasse l’air aussi rapidement qu’elle le peut, aussi promptement qu’on le lui demande. Parfois elle se retourne et retrouve ses souvenirs anciens où elle pensait révolutionner le monde et changer la planète, sauver les populations de la famine et les enfants malnutrits au ventre gonflé, faire cesser les guerres. Et puis c’est la loi de proximité ou le mort kilométrique qui ouvre les journaux de 20 heures. Il est loin le temps insouciant où elle pouvait penser l’armée sans se prostituer socialement pour pouvoir de loger. Il est loin aussi le temps chez papa et maman où le seul souci de la diversité dans l’assiette primait sur le reste. Depuis, l’armée de petits soldats disloqués a pris le chemin de sa vie d’adulte responsable.
Alors elle gobe les pubs et avale sa peine en buvant cul sec attablée avec ses semblables.

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